Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Denis Côté, de chair et d’âme

    Dans «Ta peau si lisse», le réalisateur met en scène six montagnes de muscles

    2 décembre 2017 |Manon Dumais | Cinéma
    Fidèle à lui-même, le cinéaste joue avec les méninges des spectateurs, les amenant d’une scène à l’autre là où ils ne l’attendaient pas.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Fidèle à lui-même, le cinéaste joue avec les méninges des spectateurs, les amenant d’une scène à l’autre là où ils ne l’attendaient pas.

    « Combien tu benches ? » n’est pas le genre de question qu’on entend dans Ta peau si lisse, film d’art et d’essai de Denis Côté portant sur le culturisme. Parce que Denis Côté ne s’intéresse pas à ce sujet-là. Certes, il s’est entretenu avec les six hercules dont il trace un portrait atypique, mais ne comptez pas sur lui pour vous livrer leurs réponses à propos de leur alimentation, de leur discipline, de leur entraînement. Parce que là n’est pas le sujet.

     

    « Je ne voulais pas faire un autre Pumping Iron. Je sais ce qui a été fait sur ce sujet-là et j’ai la prétention de penser que ce que je propose, c’est un peu nouveau en 2017 », explique Denis Côté, rencontré après une tournée de 34 jours dans les sept pays où il a présenté Ta peau si lisse dans des festivals.

    Le plus beau compliment qu’on puisse me faire, c’est de dire qu’il y a seulement Denis Côté qui aurait pu faire ce film-là
    Denis Côté

    Denis Côté ne le cache pas, le culturisme n’est pas sa tasse de thé. Loin de lui l’envie de démystifier ceux qui incarnent à ses yeux des « superhéros des temps modernes d’une virilité anachronique ». Comme pour chaque film, le prétexte est de s’amuser avec le langage cinématographique. Pour ce faire, le réalisateur s’est imposé des règles : pas de place pour l’ironie, ni pour le cynisme.

     

    « Il n’y avait pas de danger que je tombe amoureux de mes sujets, mais après 40 secondes, ils m’ont fait craquer et je me suis retrouvé dans une dynamique d’admiration. Je ne voulais pas les filmer comme des objets avec une caméra sur trépied, je les ai approchés avec une caméra à l’épaule. C’est devenu un film plus gentil que prévu, bien que pas fait par un gentil, un film où je n’ai pas le choix de protéger ces gars-là qui sont d’une fragilité pas possible, des enfants cachés sous des gros muscles. »

     

    Côté doux

     

    Par sa façon singulière de cadrer ces six culturistes, qu’on entend très peu s’exprimer, Denis Côté semble signer ici le pendant humain de Bestiaire (2012), où il croquait les bêtes d’un zoo sous des angles inédits. « Je n’adore pas ça quand on rapproche ces deux films, mais je comprends qu’il y a dans cette remarque mon allergie aux conventions. Je veux seulement donner l’impression qu’il y a quelqu’un derrière la caméra, qu’il s’agit d’un film personnel. Le plus beau compliment qu’on puisse me faire, c’est de dire qu’il y a seulement Denis Côté qui aurait pu faire ce film-là. »

     

    Fidèle à lui-même, le cinéaste joue avec les méninges des spectateurs, les amenant d’une scène à l’autre là où ils ne l’attendaient pas. « La notion de surprise, désarçonner le spectateur, le sortir de sa zone de confort, ce sont tous des clichés, mais je m’y accroche. Pas par souci de provocation, pas pour faire des objets radicaux, pas pour faire l’intéressant, mais parce que j’ai besoin de me désennuyer quand je fais des films. Je porte mon bagage cinéphile partout où je vais, je continue à voir plein de films dans des festivals, mais je ne suis jamais rassasié en divertissements ou en nouvelles formes. J’ai donc envie de les créer. »

     

    De son propre avis, Ta peau si lisse, son dixième long métrage en 10 ans, en salle le 8 décembre, serait un film plus doux que ceux qu’il a tournés auparavant. L’ex-critique de cinéma du défunt ICI se serait-il assagi ? Serait-il moins arrogant ? Aurait-il mûri ? Faudrait-il s’en inquiéter ? « Il y a eu de tout au début de ma carrière, dont une recherche de reconnaissance. Est-ce qu’il s’agit d’assagissement, de maturité ? Ta peau si lisse est un film sage, mais tu sais bien que le prochain pourrait être dix fois pire. Artistiquement, je ne suis pas calmé, je ne suis pas résigné. Je suis seulement content qu’il y ait un respect autour de mon nom », affirme celui qui vit de son cinéma.

     

    S’il ne cherche plus à appâter tous les spectateurs, Denis Côté se soucie toutefois de leurs réactions depuis Bestiaire. « J’ai vu que les discussions du public sur les intentions d’un film étaient extraordinaires et là, j’ai adoré le public. Et ç’a donné Vic + Flo ont vu un ours, un film entièrement construit sur les attentes du public. »

     

    Putasserie ? « Non, parce que c’est toujours fait avec la tête et non avec le coeur. À 98 % du temps, on fait des films avec le coeur au Québec ; on est dans une dictature de l’émotion, où faire des films avec la tête paraît suspect, et je n’en fais pas partie. Je suis très en paix avec mon parcours ; je vais être un petit peu secoué quand j’ai un échec. Je ne suis pas en crise, je ne suis plus dans des combats de me trouver un nouveau public. J’aime chercher, mais je ne me cherche pas. Dix longs métrages, c’est une oeuvre… mais est-ce vraiment une réussite ? » T’es sérieux, Denis ?













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.