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    Critique

    «The Square» — Une Palme d’or décapante

    25 novembre 2017 |Odile Tremblay | Cinéma
    La présence d’une journaliste américaine (Elisabeth Moss, très tonique) nous donne des scènes d’anthologie.
    Photo: EyeSteelFilm La présence d’une journaliste américaine (Elisabeth Moss, très tonique) nous donne des scènes d’anthologie.

    Rarement les comédies obtiennent la Palme d’or à Cannes, mais le genre produit des perles, et en mai dernier The Square, du Suédois Ruben Östlund, recevait la statuette convoitée sur la Croisette.

     

    Cette fable cinglante, intelligente et loufoque mérite les honneurs, avec ce miroir tendu à une gauche caviar bien-pensante, qui rit jaune dans les rangs des spectateurs devant son féroce reflet. Les pirouettes scénaristiques fourmillent d’idées en autodérision décapantes.

     

    Dans son film précédent, Force majeure, le cinéaste suédois démontait déjà brillamment les rouages de la mauvaise foi masculine à travers un thriller psychologique, où un père de famille patinait sur sa lâcheté. Si cette fois la grande ambition de la satire en dilue parfois l’unité, sa mise en abîme impressionne, avec divers morceaux de bravoure servis bien crus, sur canevas analogue : un mâle dominant, confronté à ses contradictions sur un chemin semé d’embûches, s’enfarge dans ses lacets et perd pied.

     

    Par cet antihéros aux allures de jeune premier, c’est toute une société de privilèges que le cinéaste dynamite, à l’échelle occidentale, la couleur suédoise se contentant de conférer une touche plus socialisante aux luttes de pouvoir rencontrées partout.

     

    The Square repose sur une thèse : l’échec de la civilisation et sa mise à mort prochaine, visité avec des similarités par Michael Haneke dans Happy End. Ruben Östlund le fait sur un scénario qui n’en finit plus de dévier de sa trajectoire apparente, en égarant les pistes avec un plaisir contagieux, sur des répliques savoureuses et une mise en scène inventive et rebondissante.

     

    Gros plan sur Christian, beau, grand et sans reproche conservateur de musée à Stockholm (le Danois Claes Bang, impeccable). Il appuie des causes nobles, sans percevoir son propre statut de privilégié. Mais voici qu’après s’être fait dérober son portefeuille et son cellulaire en volant au secours d’une passante, il ne recule devant aucune méthode douteuse pour les récupérer et finit par dévoiler ses préjugés cachés.

     

    Quant à la nouvelle expo du musée, a priori destinée à créer un espace de générosité et de partage, elle se révèle une arnaque, sous campagne publicitaire honteuse, qui fera scandale.

     

    La présence d’une journaliste américaine (Elisabeth Moss, très tonique) nous donne des scènes d’anthologie : une entrevue, une partie de jambes en l’air avec tribulation d’un condom sur guerre des sexes larvée, d’un comique achevé.

     

    Autre clou du film : le dîner-bénéfice du musée avec de chics invités, qu’un agent provocateur, homme singe harceleur et grossier (Terry Notary, acteur de rôles simiesques dans La planète des singes et le dernier King Kong), vient perturber, sur des scènes brûlantes de malaises en série, poussées à une limite où quelque crédibilité s’égare, mais non la puissance de l’animalité jetée en pâture aux civilisés de salon.

     

    Ruben Östlund parvient à marier les tons de son trépidant scénario, qu’il épluche comme les couches d’un oignon. Chaque trappe ouvre sur une autre, parfois jusqu’à la démesure, mais sur un humour grinçant irrésistible et une violence psychologique d’une efficacité redoutable. Le cinéaste ne fait de quartiers à personne : ni au public, ni aux artistes, ni aux directeurs des chics institutions, ni même aux déshérités, envers qui nul n’est solidaire, renvoyant dos à dos tout un chacun, jusqu’à l’absurde dont le spectateur se repaît avec délice.

    The Square
    ★★★★
    Comédie grinçante de Ruben Östlund. Avec Claes Bang, Elisabeth Moss, Dominic West, Terry Notary, Christopher Laesso. Suède–États-Unis–France–Danemark, 2017, 142 minutes.












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