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    Critique cinéma

    «120 battements par minute» — Les vies fauves

    14 octobre 2017 |François Lévesque | Cinéma
    La mise en scène épouse les atours sans fard du documentaire, avec caméra furtive, à l’affût, jamais aléatoire.
    Photo: Céline Nieszawer La mise en scène épouse les atours sans fard du documentaire, avec caméra furtive, à l’affût, jamais aléatoire.

    Le film démarre dans les coulisses — littéralement — d’une action militante sur le point de se produire. Pendant qu’un orateur endort la salle à l’arrière-plan, à l’avant, des silhouettes indistinctes murmurent et se préparent. On ignore qui sont ces gens. Le film se termine comme il a commencé : avec une action militante. À la différence, cette fois, qu’on voit les activistes s’affairer en pleine lumière. Et à la différence, surtout, qu’on sait désormais qui sont ces gens. Dans l’intervalle, la mort frappe, car au début des années 1990, le sida se propage, pandémique. Or, il est des condamnés qui font de ce qu’il leur reste de vie un ultime acte de résistance. Le film 120 battements par minute, c’est entre autres leur histoire.

     

    Grand Prix à Cannes, cette chronique de Robin Campillo (Les revenants) est autant un hommage à l’association de lutte contre le sida Act Up-Paris et à ses membres qu’un rappel qu’il fut une époque pas si lointaine où on laissait les gais, les prostituées, les drogués et les prisonniers crever en détournant le regard. Pamphlétaire, le film l’est certainement. Un pamphlet à fleur de peau, en l’occurrence, et cinématographique de bout en bout.

     

    Aller voir «120 battements par minute» ou pas? La réponse de François Lévesque 
     


    Au risque d’user d’un cliché, la mise en scène épouse les atours sans fard du documentaire, avec caméra furtive, à l’affût, jamais aléatoire, le cinéaste sachant à l’évidence ce qu’il souhaite montrer, ce qu’il souhaite qu’on voie. On ne détecte cela dit aucun effort ; ça coule (Robin Campillo a lui-même monté son film).

     

    Le groupe, le couple

     

    Graduellement, la focalisation change, la vue d’ensemble se muant en récit intime : nouveau venu à Act Up-Paris, Nathan, séronégatif au militantisme passif, n’a d’yeux que pour Sean, séropositif aux convictions radicales, et qui a par surcroît le courage de celles-ci. On les suit en réunion, en boîte, lors de manifestations, au lit…

     

    Alors que les cernes sous les yeux de Sean se creusent et que son corps se couvre de taches sombres, l’amour des deux jeunes hommes prévaut.

     

    Du macro au micro, on se concentre sur un groupe, puis deux de ses membres, avec la tragédie ordinaire d’un couple touché par la maladie sur fond de grande lutte pour que cesse l’indifférence.

     

    Plus des étrangers

     

    Certes, on craint, vers le début, que Campillo s’empêtre dans un didactisme de bonnes intentions alors que s’enchaînent les scènes dépeignant les rencontres hebdomadaires d’Act Up-Paris. Les personnages, dont on ne sait rien à ce stade, expliquent, puis s’expliquent, parlent, débattent, parlent encore…

     

    On se dit que c’est peut-être trop bavard comme approche, sans pour autant détacher les yeux de l’écran ni échapper le moindre mot. On se dit cela tandis que l’histoire progresse, et progresse… Lorsque Jérémie, personnage tertiaire peu loquace à l’air gamin attachant, meurt, on se surprend à essuyer des larmes.

     

    On s’étonne, aussi, de se souvenir de son prénom avant même de voir les pancartes que brandissent ses amis.

     

    On comprend, alors, ce qu’a accompli Robin Campillo avec son approche. Les personnages expliquent et s’expliquent, ils parlent et débattent, puis ils parlent encore. Ce faisant, ils ne font pas que sensibiliser, ce qui est déjà énorme : ils se dévoilent. Ce ne sont plus des étrangers.

     

    L’indifférence, alors, devient impossible.

     

    120 battements par minute
    ★★★★
    Chronique de Robin Campillo. Avec Nahuel Pérez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel, Antoine Reinartz. France, 2017, 140 minutes.












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