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    Cinéphilie ensoleillée au Festival de cinéma de la ville de Québec

    23 septembre 2017 | François Lévesque à Québec | Cinéma
    «Sambá», de Laura Amelia Guzman, double récit de rédemption avec pour protagonistes un ex-détenu dominicain forcé au combat de rue et un ex-pugiliste italien accro au jeu qui accepte de l’entraîner, a séduit le jury du FCVQ.
    Photo: Ecah Film «Sambá», de Laura Amelia Guzman, double récit de rédemption avec pour protagonistes un ex-détenu dominicain forcé au combat de rue et un ex-pugiliste italien accro au jeu qui accepte de l’entraîner, a séduit le jury du FCVQ.

    Le film de clôture du Festival de cinéma de la ville de Québec, Pieds nus dans l’aube de Francis Leclerc, a été projeté mercredi. Il n’empêche, c’est ce samedi que l’événement tire officiellement sa révérence. Alors que l’équipe du FCVQ s’apprête à tout remballer place d’Youville, l’heure est aux bilans.

     

    Plusieurs coups de coeur ont égayé cette édition s’étant déroulée par temps inhabituellement chaud. D’abord, la présentation de Lucky, premier film de John Carroll Lynch, a gagné en solennité avec l’annonce du décès de l’acteur Harry Dean Stanton, acteur discret s’il en fut, mais entouré d’une aura mythique grâce au Paris, Texas de Wenders. Enrichi de détails biographiques, Lucky conte un moment de vie d’un homme qui fait soudain face à sa propre mortalité. « Il y a une différence entre être seul et être solitaire », déclare-t-il, entre autres perles de sagesse. Une mention spéciale méritée de la part du jury.

     

    Et un Grand Prix tout aussi justifié pour le drame Sambá, double récit de rédemption avec pour protagonistes un ex-détenu dominicain forcé au combat de rue et un ex-pugiliste italien accro au jeu qui accepte de l’entraîner. La cinéaste Laura Amelia Guzman étonne et émeut là où elle aurait pu s’empêtrer dans les clichés.

     

    Autre favori : Thirst Street, de Nathan Silver, où la déchéance d’une hôtesse de l’air qui, fragilisée par le suicide de son conjoint, tombe éperdument amoureuse d’un pauvre type, barman coureur n’ayant rien à cirer d’elle. Silver évoque le cinéma de Fassbinder, tant dans la manière que dans la palette, avec cet exercice de style porté par la performance prodigieuse de Lindsay Burdge.

     

    D’enfance et de musique

     

    Conspué à Cannes, How to Talk to Girls at Parties, le plus récent film du talentueux réalisateur, dramaturge et acteur John Cameron Mitchell (Hedwig and the Angry Inch), a été présenté ici avec un enthousiasme débordant par les programmateurs. On y est témoin, dans l’Angleterre de 1977, de l’amour spontané entre un adolescent punk, aspirant bédéiste (Alex Sharp, parfait), et une extraterrestre en révolte contre le conformisme de sa colonie (Elle Fanning, merveilleuse). Avec aussi Nicole Kidman, déjà de Trou noir (Rabbit Hole), précédent film du cinéaste, réjouissante en papesse punk de pacotille. La réalisation énergique, très recherchée visuellement, est au diapason du sujet, mais aussi de l’époque. Ah, et la musique est fabuleuse. « Un vrai film punk, sur l’amour, l’amitié, la liberté, la spiritualité aussi », a relevé la présentatrice lors de projection. On est d’accord et on lui accorde une palme personnelle.

     

    Le choix d’ouvrir les festivités avec Les rois mongols, de Luc Picard, s’est avéré judicieux. Le film, une touchante ode à l’enfance avec la crise d’Octobre en toile de fond, a fait l’unanimité et est reparti avec le Prix du public. Autre film sur l’enfance, celle de Félix Leclerc en l’occurrence, Pieds nus dans l’aube, avec son approche contemplative empreinte de poésie, a permis de clore dans un esprit de continuité appréciable.

     

    Dans l’intervalle, deux cinéconcerts, l’un avec l’organiste Karol Mossakowski accompagnant La passion de Jeanne d’Arc de Carl Theodor Dreyer, l’autre avec le batteur Antonio Sánchez accompagnant Birdman d’Alejandro Gonzalez Iñárritu, ont su utiliser au mieux l’acoustique exceptionnelle du Palais Montcalm (sans parler de son grand orgue Casavant).

     

    Friand de collaborations, le FCVQ s’est associé à Antitube, un important levier de cinéphilie à Québec, pour la présentation du chef-d’oeuvre Bonnie and Clyde, d’Arthur Penn, qui célèbre en septembre ses 50 ans. Bonheur.

     

    De la même manière, Courts critiques, qui fournit plateforme de diffusion et espaces de parole à des cinéastes engagés oeuvrant en marge de l’industrie, a eu droit à sa soirée. Au coeur de l’action de Courts critiques : un cinéma de la conscience sociale. Essentiel.

     

    Damné beau temps

     

    Ironie du sort : la météo estivale qui a prévalu au cours des dix derniers jours ici a eu l’heur d’enchanter les touristes encore nombreux, mais elle a quelque peu nui au FCVQ. Qui veut s’enfermer au cinéma quand le soleil plombe et que souffle une brise délicieusement tiède ? Même si encore là, certaines oeuvres, comme le passionnant documentaire de Marc Séguin La ferme et son état, ont réussi à faire salle comble en dépit de cela, qui plus est lors de leur deuxième présentation.

     

    Qu’à cela ne tienne, si certaines salles étaient moins garnies durant la journée, elles l’étaient étonnamment plus le soir. Preuve, s’il en était besoin, que les gens de Québec aiment leur festival. Malgré cet improbable été tardif, le FCVQ a ainsi vu croître son achalandage par rapport à l’an dernier, poursuivant sa renaissance.

     

    En fonction depuis trois éditions, le directeur général Ian Gailer se plaît à répéter aux cinéphiles de la Capitale-Nationale : « C’est VOTRE festival. » Son message, à l’évidence, a été entendu.

     

    François Lévesque est à Québec à l’invitation du FCVQ.













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