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    TIFF: La fuite ou la vie selon Robin Aubert

    8 septembre 2017 | Odile Tremblay À Toronto | Cinéma
    Les cinéastes Robin Aubert et Denis Côté présentaient leurs œuvres en cette journée d’ouverture du Festival international du film de Toronto, jeudi.
    Photo: Chris Young La Presse canadienne Les cinéastes Robin Aubert et Denis Côté présentaient leurs œuvres en cette journée d’ouverture du Festival international du film de Toronto, jeudi.

    Robin Aubert lançait ses Affamés le soir de l’ouverture du Festival international du film de Toronto (TIFF). Pas idéal, ça ! C’est si gros, le TIFF. On atterrit souvent là où l’on peut.

     

    Déjà dans Saint-Martyrs-des-Damnés en 2005, l’acteur-cinéaste offrait à son premier long métrage un climat de surnaturel dans un petit village du Québec où le pire arrivait. Les affamés se déroule en terrain connu, d’autant plus que le film est tourné à Ham-Nord, dans le centre du Québec, près de chez lui…

     

    Il est venu à Toronto avec sa productrice, Stéphanie Morissette, et la comédienne Brigitte Poupart pour la première. À la projection de l’après-midi, quelques âmes sensibles allergiques au sang coulant du cou de personnages sans têtes quittaient la salle. D’autres appréciaient la beauté du film…

     

    Dans un petit village des Bois-Francs, on devient zombie sans crier gare, par manque de tout, entraînant l’exode des rescapés humains qui fuient carnages et monstres en cohortes à travers bois et chemins. Les politiciens ont laissé les campagnes sans secours et tentent de protéger les villes…

     

    Monia Chokri, Marc-André Grondin et la petite Charlotte St-Martin (talent précoce à suivre !) forment un trio de fugitifs en traversée de cauchemars. Mais c’est vraiment Grondin qui incarne l’alter ego du cinéaste, blaguant pour ne pas sombrer et pour se sentir vivant.

     

    Des hordes d’anciens humains mordent leurs victimes, qui mordent à leur tour.

     

    Micheline Lanctôt et Brigitte Poupart jouent également les survivantes, tantôt en déplacement, tantôt barricadées. Les caractères de tout un chacun se révèlent face à l’épreuve. Excellente distribution pour des êtres aux abois.

     

    Les films post-apocalyptiques n’ont pas la même portée aujourd’hui qu’à l’époque de Saint-Martyr-des-Damnés. En une décennie, le pire semble désormais possible et la métaphore des grandes migrations où deux camps s’affrontent possède des accents de signal d’alarme.

     

    Du film de zombies comme des beaux-arts

     

    Il s’agit du quatrième long métrage de Robin Aubert. Le cinéaste d’À l’origine d’un cri voulait revisiter le film de zombies-vampires à sa manière et d’après ses codes, avec une poésie et une sensibilité supplémentaire. Hémoglobine et beauté des images aux cadrages stylisés font excellent ménage.

     

    Des montagnes de chaises évoquent d’étranges sculptures, les morts sont parfois suggérées par des giclées de sang sur un pare-brise, les éclairages des sous-bois semblent tirés d’un conte de fées, mais allez-y voir…

     

    Nous voilà loin de la série B, plutôt dans un film d’auteur avec fine signature. Le cinéaste a beaucoup tourné depuis Saint-Martyrs-des-Damnés. Son style est plus coulant, mieux maîtrisé dans le genre. Il livre une sorte de fable.

     

    L’effroi ne vient pas que des images, beaucoup également de la musique et des bruitages. Grondements des morts-vivants, bourdonnement d’insectes, chants de gorge inuits : tout crie la menace constante, et malgré un léger essoufflement des Affamés à mi-parcours et un scénario qui aurait pu pousser sa charge, on peut parler d’une oeuvre vraiment maîtrisée, qui sort de sa case d’horreur pour s’incarner dans les préoccupations du temps.

     

    Tendres montagnes de chair

     

    Jeudi était présenté aux médias et à l’industrie le film de Denis Côté Ta peau si lisse, après lancement au Festival de Locarno. Place à un documentaire teinté de fiction presque tendre sur six hommes culturistes en entraînement avant un tournoi. Sous le doigté du cinéaste de Bestiaire, auquel le présent film s’apparente par sa poésie, le lyrisme jongle toujours avec le baroque.

     

    Chose certaine, à aucun moment Denis Côté ne juge ses modèles, tous québécois, très individualisés et en général attachants, découvrant dans chaque geste leur humanité. Il observe avec attention la discipline quotidienne et les régimes auxquels ces montagnes de muscles tatouées doivent s’astreindre, tous pectoraux dehors devant leurs copines, leurs mamans, leurs entraîneurs, sur fond d’inquiétude, de quête de perfection quasi métaphysique.

     

    Le film parle d’efforts et de sacrifices, d’un idéal de vie aussi, et Côté aborde la sculpture de leur chair comme un sport de haut niveau, avec force plans rapprochés, parfois décentrés à travers leurs lieux de vie et les paysages du Québec, entre nature en friche et baraques de laideur courante. Ce beau film ne connaîtra pas de sortie en salles comme telle, plutôt des projections ciblées. Il n’y a plus vraiment de place pour les regards de biais sur nos écrans commerciaux. On soupire en le constatant.

     

    Odile Tremblay est à Toronto à l’invitation du festival.













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