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    Critique cinéma

    «Rumble – The Indians Who Rocked the World» — L’empreinte musicale

    Bainbridge et Maiorana éveillent les consciences avec un dynamisme contagieux

    9 septembre 2017 | André Lavoie - Collaborateur | Cinéma

    Dans le documentaire L’empreinte (2015), les réalisateurs Carole Poliquin et Yvan Dubuc ont sûrement causé quelques frayeurs aux racistes de tout acabit : depuis la fondation de la Nouvelle-France, l’histoire du Québec porte la marque profonde du métissage avec les peuples autochtones, et la société d’aujourd’hui en est encore imprégnée.

     

    À leur manière, Catherine Bainbridge et Alfonso Maiorana établissent le même constat dans Rumble – The Indians Who Rocked the World, un documentaire musical débordant de personnalités exceptionnelles, d’images d’archives d’une grande éloquence et de quelques destins tragiques dont le monde artistique a depuis longtemps le secret. En filigrane, cette idée, qui en étonnera plus d’un, que la culture amérindienne s’entend aussi bien dans le blues du Mississippi (sous l’influence de Charley Patton) et le jazz vocal (celui de la chanteuse Mildred Bailey, dont Tony Bennett se réclame) que dans le métal hurlant d’Ozzy Osborne (grâce à son célèbre batteur, Randy Castillo).

     

    Cette plongée historique à travers un siècle de musique s’amorce avec Link Wray et son succès instrumental Rumble : sa puissance rebelle et ses effets de distorsions à la guitare ont secoué bien des oreilles à la fin des années 1950. Même si les radios ont préféré le retirer des ondes, il a vite trouvé son chemin jusqu’aux oreilles et au coeur de ceux qui plus tard feront vibrer les foules, dont Iggy Pop, ou Jimmy Page du groupe Led Zeppelin. Or son héritage shawnee échappait à tout le monde, une invisibilité qui ne relevait pas du hasard, étant donné la violence avec laquelle on a cherché à faire disparaître les Premières Nations, aux États-Unis comme au Canada.

     

    Robbie Robertson, guitariste à la feuille de route exceptionnelle, membre du groupe The Band dont Martin Scorsese a immortalisé le concert d’adieu dans The Last Waltz (1978) et un des musiciens de la tournée « électrisante » de Bob Dylan au moment où ce dernier tourne le dos au folk en 1966, résume parfaitement le malaise : « Be proud you’re an Indian, but be careful who you tell. » Plusieurs préféraient, et de loin, ne le dire à personne…

     

    Tous, heureusement, n’ont pas opté pour la même discrétion, à commencer par Buffy Sainte-Marie, dont la présence illumine le film, qui évoque ses débuts dans le tumulte des années 1960, insistant sur l’acharnement du gouvernement américain à faire taire cette militante d’origine crie pendant plus d’une décennie. D’autres, comme Randy Castillo, Jimi Hendrix ou les membres du groupe Redbone (on peut entendre leur succès de 1973, Come and Get Your Love, dans Guardians of the Galaxy), ont affiché leurs origines amérindiennes avec une fierté ostentatoire qui souvent détonnait dans le paysage musical.

     

    De la même manière que Catherine Bainbridge avait abordé l’image des Amérindiens dans le cinéma américain avec Reel Injun, Rumble – The Indians Who Rocked the World éveille les consciences avec un dynamisme contagieux, une vaste perspective historique, regorgeant d’extraits musicaux et d’interlocuteurs avisés dont l’éloquence peut à elle seule susciter une légitime, et nécessaire, fierté.

    Buffy Sainte-Marie
    Rumble – The Indians Who Rocked the World
    ★★★ 1/2
    Documentaire de Catherine Bainbridge et Alfonso Maiorana. Canada, 2017, 102 minutes.












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