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    Le problème d’infiltration: Christian Bégin dévoile son côté monstrueux

    19 août 2017 |Manon Dumais | Cinéma
    Avec son interprète Christian Bégin, Robert Morin ne cache pas le plaisir qu’il a eu à jouer avec les genres et la forme.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Avec son interprète Christian Bégin, Robert Morin ne cache pas le plaisir qu’il a eu à jouer avec les genres et la forme.

    Si quelqu’un a des réserves quant au talent d’acteur de Christian Bégin, nul doute que celles-ci seront pulvérisées en le voyant dans Le problème d’infiltration, de Robert Morin (Le Nèg’, Que Dieu bénisse l’Amérique), où il incarne un médecin spécialisé dans la chirurgie des grands brûlés. Au sommet de son art, Christian Bégin porte sur ses épaules ce thriller psychologique d’horreur se déclinant en six plans-séquences.

     

    « Je n’aime pas dire que je porte un film sur mes épaules, parce que c’est me donner une responsabilité et que je ne veux pas l’appréhender comme ça. C’est la première fois, à 54 ans, qu’on me demande de jouer un rôle du début à la fin. J’ai voulu vivre cette expérience-là pleinement, car je ne sais pas si ça va encore m’arriver. C’est extraordinaire de jouer un tel rôle parce qu’on va se le dire : c’est ben plus intéressant les méchants que les bons gars », confie l’acteur.

     

    Et dire que ce rôle avait d’abord été offert à François Papineau plutôt qu’au chaleureux animateur de Curieux Bégin : « Sur le plateau, on l’appelait furieux Bégin. François n’a pas pu faire le film pour des raisons personnelles et, quand il l’a vu, il m’a dit qu’il n’avait jamais été aussi content d’avoir refusé un rôle »,explique Robert Morin, qui jure avoir écrit la scène du souper avant de confier le rôle à Christian Bégin.

     

    Sous ses dehors altruistes, Louis cache un monstre qu’un patient défiguré (Guy Thauvette) démasquera à la suite d’une troublante expérience. Alors qu’il se rend à la maison — un manoir semblant sortir d’un film d’horreur gothique —, il découvre que son fils (William Monette) et sa femme (Sandra Dumaresq) lui cachent certaines choses. À l’instar du mur du sous-sol, qui menace de s’effondrer en raison d’un problème d’infiltration, le masque de Louis se fissure.

     

    Docteur Jekyll et M. Hyde

     

    Afin d’illustrer la déconstruction du personnage, Robert Morin s’est inspiré de l’expressionnisme allemand. Sculptant la lumière, il plonge progressivement son personnage dans l’ombre jusqu’à ce que celui-ci s’en trouve transfiguré : « Le point de départ, c’était de m’inspirer des maîtres que j’ai eus en cinéma, qui sont avant tout les expressionnistes, les premiers des années 1920, Lang, Murnau, et ensuite, les modernes, Fassbinder, Herzog. Ces gens-là emprisonnaient les personnages avec les décors, les cadrages. Si j’ai choisi le plan-séquence, c’est qu’il ne permet pas au personnage d’échapper au moment ; quand il y a une coupe, il y a possibilité d’ellipse. »

     

    « Comment aborderaient-ils la monstruosité avec tout l’équipement d’aujourd’hui, avec la couleur qui change pendant une prise, avec le plan-séquence ? poursuit le cinéaste. Quel monstre choisiraient-ils ? Pour moi, le monstre contemporain, c’est le pervers narcissique.Je suis parti avec des images de Shining, des tensions montantes de Basic Instinct, de Play Misty for Me. Je souhaitais explorer l’idée d’un crescendo, comme dans Docteur Jekyll et M. Hyde, où l’on sent la souffrance du personnage, qui n’est pas que monstrueux. Nosferatu souffre de son état. Je voulais montrer que ces personnages sont déchirés, pris dans la peau d’un monstre. »

     

    Pas de deux

     

    Non seulement Robert Morin emprisonne-t-il ce pervers narcissique dans une suite de plans-séquences de plus en plus anxiogènes, il le cerne sans répit avec une caméra qui semble possédée par une entité maléfique. « Ce qui est fascinant, c’est que le kodak est tellement dans ta face que ça devient un partenaire de jeu », affirme Christian Bégin à propos du travail de Jean-Sébastien Caron. Tout est tellement précis, tout est tellement un dialogue avec la caméra qu’à un moment donné, tu n’as plus grand-chose à faire, c’est beaucoup la caméra qui fait le travail. En fait, la continuité de la caméra, la chorégraphie, le plan-séquence, tout ça contribue à nourrir le genre et à bonifier mon jeu. »

     

    Bien que souvent isolé, tapi dans l’ombre, Christian Bégin n’a jamais ressenti de solitude sur le plateau : « Pour les pervers narcissiques, qui sont super manipulateurs et contrôlent tout, l’échec est inadmissible. Louis est toujours habité par ses démons, toujours en relation avec le scénario qu’il se fait de cette vie qui lui échappe, il n’est donc jamais seul. »

     

    Fier de son nouveau long métrage, qui marque 40 ans de carrière — « Je ne regarde pas en arrière, comme dans la toune de Bob Dylan She Belongs to Me : “She’s an artist / She don’t look back” » —, Robert Morin ne cache pas le plaisir qu’il a eu à jouer avec les genres et la forme. « Tout ce truc-là est un exercice de style, le plaisir de jouer avec la bebelle, la patente cinéma. Le cinéma roule sur lui-même, mais il y a encore l’espoir d’innover sur le plan formel, avec tout ce qui est de l’ordre du CGI [computer generated imagery]. J’ai 68 ans et je sais que je ne ferai pas des tonnes de films, et c’est dommage, car c’est maintenant que le cinéma peut incarner les rêves, parce qu’il a tout l’équipement pour le faire », conclut le cinéaste.

    Le problème d’infiltration
    En salle le 25 août












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