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    Entrevue

    La manière douce de Sébastien Laudenbach

    Le cinéaste français revisite «La jeune fille sans mains», d’après les frères Grimm

    12 août 2017 |François Lévesque | Cinéma
    Pour Sébastien Laudenbach, «La jeune fille sans mains» est une histoire cruelle, mais racontée de manière douce.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Pour Sébastien Laudenbach, «La jeune fille sans mains» est une histoire cruelle, mais racontée de manière douce.

    Il était une fois un père qui, par cupidité, vendit sa fille à Lucifer. Touchée par la grâce, elle échappa au Malin qui, courroucé, lui coupa les mains. Ne succombant pas au chantage, elle alla son chemin et trouva refuge en un merveilleux jardin. La jeune fille sans mains n’est, pour dire le vrai, pas l’oeuvre la plus connue des frères Grimm. Ce qui n’a pas empêché Sébastien Laudenbach d’en tirer un film d’animation remarquable.

     

    Ce conte, pour le compte, le cinéaste ne le connaissait pas du tout avant qu’un producteur lui en parle. De cela, et de la pièce qu’en avait tirée Olivier Py. C’était en 2001 et, après sept ans d’efforts, ce premier projet d’adaptation tomba à l’eau.

     

    « On n’est pas arrivés à réunir les fonds, ce sujet faisant grincer », explique Sébastien Laudenbach.

     

    Vrai que du Grimm, ce n’est pas du Disney.

     

    « En même temps, d’emblée, je m’étais dit qu’il ne fallait pas que je mette mes tripes sur la table, parce que ce serait trop dur si, justement, ça ne fonctionnait pas. »

     

    Hanté par cette histoire dure mais inspirante, Sébastien Laudenbach y revint, irrésistiblement.

     

    Fluidité envoûtante

     

    Laissant de côté la version scénique, il s’en tint alors au conte originel, fort riche au demeurant.

     

    « J’ai été séduit par la trajectoire de cette jeune fille ; il y avait une dimension féministe inhérente au récit. Le thème de l’émancipation est récurrent dans les contes, mais je ne l’avais jamais vu traité de cette façon-là. »

     

    La dénonciation du patriarcat et de la misogynie tous azimuts est manifeste dans l’adaptation, davantage encore que dans le conte, issu du reste d’un autre temps, or, jamais le film ne succombe au piège de la thèse. La narration coule, à l’instar de l’animation, d’une fluidité envoûtante.

     

    « À terme, j’ai fait une lecture psychanalytique du conte : je me suis demandé ce que ça me racontait à moi. Je me suis dès lors retrouvé dans plein d’aspects de cette histoire. D’où sans doute la nécessité d’y revenir. »

     

    L’héritage McLaren

     

    Juste avant de rempiler avec La jeune fille sans mains, Sébastien Laudenbach réalisa un court métrage en expérimentant avec des techniques d’animation nouvelles pour lui.

     

    « Elles m’ont été inspirées par un génie de chez vous, Norman McLaren. Ce court métrage, je l’ai réalisé tout seul en un mois, et je me suis dit qu’en recourant aux mêmes techniques, du dessin sur papier très traditionnel dont la couleur est ensuite transformée par ordinateur, je parviendrais peut-être à réaliser un long métrage tout seul, en un an. Ç’a pris plus qu’un an, mais j’ai été immergé dans le film ; c’était presque une transe. »

     

    Rien de ce qui avait été développé pour la première tentative ne fut utilisé. À partir du conte, Sébastien Laudenbach improvisa un scénario au gré d’esquisses qui jaillissent les unes des autres en un flot d’une force d’évocation remarquable.

    Aux parents qui m’ont demandé s’ils pouvaient amener leurs enfants, j’ai répondu : c’est une histoire cruelle, mais qui est racontée de manière douce
    Le réalisateur français Sébastien Laudenbach
     

    « L’ironie, c’est que contrairement à la mise en garde que je m’étais faite des années auparavant, je n’ai fait que cela, mettre mes tripes sur la table. C’est pour ça que je ne peux pas voir le film : je m’y reconnais trop. Je me reconnais dans tous les personnages, à commencer par celui de la jeune fille. Au commencement, on m’a confié ce projet que j’ai aimé et nourri ; je l’ai illustré. Puis, on me l’a enlevé : on m’a coupé les mains. Après, comme la jeune fille, il a fallu que je m’isole et fasse pousser un jardin, que je développe mon univers créatif, pour finalement faire fleurir le film, autrement. »

     

    L’art et la manière

     

    Qui peut voir La jeune fille sans mains ? En France, le film a été permis à tous, à partir de l’âge de 8 ans.

     

    « Aux parents qui m’ont demandé s’ils pouvaient amener leurs enfants, j’ai répondu : c’est une histoire cruelle, mais qui est racontée de manière douce. Le concevoir sans pression commerciale, ça voulait dire personne pour venir s’opposer à tel ou tel élément. C’est pour ça que beaucoup de films d’animation sont un peu coincés. Ce film-ci ne l’est pas. Il est certes étrange, avec cette jeune fille inachevée et ces dessins qui le sont aussi, le fond et la forme fusionnant… Un film étrange, donc, mais ouvert. Et libre. »

     

    Lauréat du Prix du jury au Festival international du film d’animation d’Annecy, La jeune fille sans mains prend l’affiche le 18 août.













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