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    Montréal fait son cinéma (3/6) – Montréal, ville ouverte… et orange

    25 juillet 2017 | André Lavoie - Collaborateur | Cinéma
    Peu importe la saison, Patricia Bergeron espère qu’un jour, les autorités municipales lui permettront de montrer la ville autrement.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Peu importe la saison, Patricia Bergeron espère qu’un jour, les autorités municipales lui permettront de montrer la ville autrement.

    Paysage incontournable du cinéma québécois, décor interchangeable pour les cinéastes américains, Montréal constitue un vaste plateau de tournage aux possibilités infinies. Les artisans de l’industrie connaissent bien les beautés et les vices cachés d’une métropole désireuse de tirer son épingle de jeu sur le grand échiquier du cinéma international. Tout au long de l’été dans Le Devoir, certains d’entre eux évoquent cette ville sous le prisme de leur profession. Aujourd’hui, Patricia Bergeron, directrice de production, qui ratisse Montréal de jour comme de nuit, pour l’amour du septième art.


    Pendant ses études en cinéma à l’UQAM, Patricia Bergeron a surtout vu Montréal… en noir et blanc. Au début des années 1990, l’Office national du film du Canada (ONF) avait pignon sur rue dans le Quartier latin alors que la CinéRobothèque rendait accessible une partie de sa collection. Celle qui n’avait jamais imaginé se retrouver du côté de la production (« Ce n’est pas un métier qui s’apprend sur les bancs d’école. ») a visionné tellement de films de l’ONF du temps de sa glorieuse époque « [qu’elle ne voyait] plus du tout le Montréal d’aujourd’hui ».

     

    Elle y travailla pendant un certain nombre d’années, pour ensuite s’engager dans une autre phase de sa carrière, cette fois à titre de directrice de production auprès de cinéastes indépendants qui ont une haute exigence de leur métier, mais doivent souvent faire des miracles avec des bouts de ficelles.

     

    Oser Montréal autrement

     

    Cette Montréalaise pur béton a longtemps eu la bougeotte, mais dans le même (grand) carré de sable : Quartier latin, Plateau-Mont-Royal, Mile-End. « J’ai commencé à voir Montréal autrement quand j’ai déménagé à Pointe-Saint-Charles, il y a 11 ans. C’est un coin que je connaissais surtout à travers les films de l’ONF, dont ceux de Maurice Bulbulian, mais qui est encore trop peu vu au cinéma. On tourne beaucoup dans les mêmes quartiers, dont le Plateau et le Mile-End, où on a décrété un moratoire pendant un certain temps : les citoyens sont parfois exaspérés… mais nous aussi, comme spectateurs. »

     

    Son travail de conciliation entre les rêves des cinéastes et les conditions matérielles pour les réaliser l’amène à ratisser la ville de long en large : une tâche, oui, mais jamais une corvée. « Pour trouver la bonne location, il faut la chercher. Après, c’est un compromis entre l’espace, la lumière, l’horaire… et la couleur du mur ! Chaque membre de l’équipe doit lâcher quelque chose pour arriver à un bon résultat. C’est pour ça que je n’aime pas tourner en studio, car ce n’est pas le réel, et on l’oublie vite. »

     

    Au fil des productions, le réel, Patricia Bergeron l’a trouvé aux quatre coins de la ville, comme à Montréal-Nord pour Simon Galiero dans La mise à l’aveugle (2012), confessant qu’elle n’était « jamais allée aussi loin » dans sa propre ville. Mis à part le défi de dénicher 30 lieux pour un tournage de 27 jours, c’est de l’hospitalité des gens qu’elle se souvient. « À cause d’un changement d’horaire, il a fallu trouver un dépanneur en cinq minutes. Nous avons visité celui qui était situé le plus près, le propriétaire a accepté, et la scène fut bouclée rapidement. » De cette expérience, elle tire un constat positif : « Certains arrondissements ne sont pas encore tannés de voir des équipes de tournage, et les gens sont fiers de leur commerce, de leur maison. La magie du cinéma opère encore. »

     

    Un beau zoo la nuit

     

    Cette magie lui apparaît plus facile à recréer lorsque la nuit tombe sur Montréal, surtout en hiver. « Travailler à -20 en janvier plutôt qu’à 40 en juillet, ça change tout : plus de temps pour tourner, et des accès plus simples. En été, Montréal est occupée, et les gens affichent vite leur ras-le-bol. » Et celui du 375e, comme beaucoup de gens dans l’industrie, elle va s’en souvenir longtemps. « Je traversais le pont Jacques-Cartier avec une équipe de tournage, et on ne voyait que de l’orange ! Des cônes partout le long de René-Lévesque ! Le Bureau du cinéma et de la télévision a sûrement mal à la tête, mais nous aussi ! » Car festivités, rues bloquées, tournages, et travaux d’aqueduc ou d’asphaltage ne font pas bon ménage…

     

    Alors, vivement les charmes sombres de l’hiver, comme dans Montréal la blanche (2016), de Bachir Bensaddek, où il fallait recréer l’ambiance des Fêtes pendant un tournage débutant en janvier, alors que trois jours avant le premier coup de claquette il n’y avait pas eu un seul flocon de neige. « Il y avait beaucoup de scènes nocturnes en taxi, et on devait voir des lumières de Noël. On a réussi à convaincre l’Association des marchands de la rue Saint-Hubert de laisser les leurs jusqu’à la mi-février, question d’assurer la continuité. » Et c’est avec une émotion non dissimulée que la directrice de production évoque ces nuits de tempête avec Alexandre Landry dans L’amour au temps de la guerre civile (2014), de Rodrigue Jean. « Je revois certaines scènes, j’en ai des frissons… et pas seulement parce qu’on a eu froid ! »

     

    Peu importe la saison, Patricia Bergeron espère qu’un jour, les autorités municipales lui permettront de montrer la ville autrement (« Le port, le bord de l’eau, le métro, c’est inaccessible, ou hors de prix, surtout pour le cinéma québécois. »). Et après cet été de tous les excès, elle ne formule qu’un souhait : « Que Montréal se repose un peu. »


    Quel est le film qui représente le mieux Montréal? « Quand j’ai vu Eldorado(1995), de Charles Binamé, au moment de sa sortie, j’ai découvert, pour la première fois, que Montréal pouvait être un personnage. J’avais aussi l’impression que l’on montrait ma vie, car l’âge des personnages correspondait au mien, et ils fréquentaient des lieux que je connaissais, dont les Foufounes électriques ; étudiante à l’UQAM en cinéma, je tournais aussi des films là ! Lorsque je marche sur l’avenue du Mont-Royal près de la rue Saint-Dominique, là où est situé l’immeuble qu’habitait Pascale Montpetit dans Le coeur au poing (1998), le deuxième film de sa trilogie, j’y repense immédiatement. »












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