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    L’Impérial et le FFM dans les limbes

    Odile Tremblay
    24 juin 2017 | Odile Tremblay - Cette chronique s’interrompt pour cinq semaines, sur la route des vacances. À bientôt ! Courriel: otremblay@ledevoir.com | Cinéma | Chroniques

    Souvent, en allant au Quartier des spectacles, j’arrête devant le cinéma Impérial, rue De Bleury. Le vieux palace est là, ancré sur son macadam depuis 1913, en survol du temps. Tout autour poussent des édifices, se dressent des tréteaux, crachent des fontaines pour mieux transformer le secteur en nombril des festivals et en agora culturelle.

     

    Ce temple de prestige devrait se trouver au centre de la fermentation artistique, mais pensez-vous ? En suspens, plutôt…

     

    Sous sa façade de terracotta toute sobre : un intérieur luxuriant, des fresques ornées d’angelots ou d’oiseaux, un médaillon d’armoiries, des appliques de plâtre ouvragées, des colonnades de faux marbre, des teintes cuivrées, une grâce baroque. Ajoutez le magnifique rideau de scène d’amiante d’Emmanuel Briffa orné d’une couronne.

     

    Je me souviens de sa renaissance en 2004, après que les trois paliers de gouvernement et de généreux donateurs eurent déboursé 5,5 millions. Quatre années de rénovation pour lui redonner sa splendeur d’antan et le mettre à jour sur le plan technologique. On applaudissait. Quelle splendeur !

    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Serge Losique, fondateur du FFM, devant l’Impérial, le plus beau cinéma de Montréal

    Le plus beau cinéma de Montréal (également scène de théâtre), classé bien patrimonial de tous bords, tous côtés, a une épée de Damoclès au-dessus de la marquise.

     

    Hypothéqué deux fois par son propriétaire, Serge Losique, par l’intermédiaire d’un organisme à but non lucratif, pour renflouer les caisses du Festival des films du monde, son sort inquiète.

     

    Le 25 avril dernier, La Presse révélait que deux prêteurs privés, Michel Constantin et Denis Hébert, à qui Serge Losique devrait, intérêts inclus, 4,3 millions, lui avaient envoyé un avis de 60 jours afin d’être en droit de saisir l’Impérial ainsi que sa propriété privée dans l’Estrie, si défaut de paiement.

     

    Or, les deux mois s’écoulent, l’hypothèque n’est pas remboursée, et qu’arrive-t-il ? Mystère ! Personne ne rend nos appels aux bureaux du FFM.

     

    Des délais à étirer

     

    Le directeur de l’Impérial, François Beaudry-Losique, fils de Serge, assure que si saisie il y a, celle-ci n’est pas pour demain. Dans la vraie vie, les délais de 60 jours peuvent s’étirer comme des ressorts, en semaines et en mois.

     

    Non consulté à l'heure d’hypothéquer l’Impérial, François Beaudry-Losique n’approuvait guère cette décision paternelle et fut placé devant le fait accompli. Il en profite pour remercier tous ceux qui ont soutenu le palace, mais vogue la galère…

     

    L’Impérial, chic et prestigieux, est loué par des festivals, des distributeurs pour des avant-premières, des producteurs pour un événement ou l’autre, moins souvent dernièrement, sous climat nuageux.

     

    Le directeur assure avoir refusé de louer la salle pour un avenir éloigné, ignorant aux mains de qui le palace pourrait tomber et si lui-même allait conserver son poste. « Mais l’automne devrait bien se dérouler, les ententes avec le FNC et Cinemania vont bon train », précise-t-il.

     

    L’avis de 60 jours, qui appuie la garantie d’un prêteur hypothécaire, doit, après échéance, être assorti d’une requête devant tribunal. L’emprunteur peut alors la contester, ou proposer une réorganisation de ses finances. Tout cela fait traîner des choses en longueur.

     

    Ce n’est pas comme si nul ne convoitait l’Impérial. Des acquéreurs se sont pointés depuis quatre ans, dont Ezio Carosielli, propriétaire du Théâtre Rialto. Ce dernier s’est fait crier des noms d’oiseau par Serge Losique après avoir évoqué l’éventuelle transaction avec une journaliste. Fin de la discussion.

     

    Vous demandez aux porte-parole de la Ville de Montréal s’ils ont des visées pour l’Impérial, ils rétorquent qu’à l’échelon municipal, on suit de près la situation, tout en demeurant en lien avec les principaux intervenants du dossier. Ça semble un peu court…

     

    Au ministère de la Culture, l’attaché de presse Karl Filion répète que nul ne peut transformer ou endommager un bâtiment patrimonial.

     

    On doute que la Ville ou le Québec l’acquièrent comme temple culturel de prestige, mais ne pourraient-ils pas l’acheter en attendant de trouver preneur, histoire de le sortir des griffes des prêteurs ?

     

    Si un acquéreur privé se pointe, il pourrait laisser dormir le palace sans l’opérer, mais ce faisant, devrait payer des taxes foncières astronomiques, dont un organisme à but non lucratif est exempté. Des images du vieux cinéma Séville (1929), décoré par Briffa, bâtiment patrimonial que ses propriétaires laissèrent pourrir sur pied jusqu’à odeur de bouilli, afin de le raser (fait accompli en 2010) pour construire du neuf, nous reviennent en mémoire. On chasse ces évocations comme des mouches.

     

    Un FFM en août ?

     

    Autre mystère : le sort du Festival des films du monde. Officiellement, son site confirme la tenue d’une 41e manifestation du 24 août au 4 septembre. Oui, mais encore ? Le FFM, réfractaire au changement, délaissé par le milieu, n’est plus soutenu financièrement par la SODEC, Téléfilm et la Ville de Montréal depuis 2014. Entre les branches, d’anciens employés du FFM assurent que la société de mécènes chinois Gold Finance Group, qui y récompensait en 2016 les lauréats des Chelem d’or, aurait retiré ses billes pour 2017 dans un contexte chaotique : employés non rémunérés, cinéastes laissés à eux-mêmes, séances annulées, défection de plusieurs salles. Le désastre de 2016 peut-il se prolonger en 2017 ?

     

    Le président du festival serait, dit-on, en quête de bénévoles pour remettre le couvert (faudrait quand même payer les fournisseurs !!!). François Beaudry-Losique a bloqué les dates du FFM, libérant son Impérial au cas où…

     

    Allez y croire ! La ténacité de Serge Losique a beau impressionner, on le voit courir à sa perte. Même son vaisseau amiral part à la dérive. Et c’est ce qui désole le plus. Pas question de laisser ce magnifique palace se ternir en silence. Les journalistes, du moins, reviendront à la charge auprès de l’État et de tout ce qui bouge, pour l’empêcher de sombrer. On garde l’oeil ouvert. On a peur aussi.













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