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    Critique cinéma

    La Russie éternelle de Kontchalovski

    17 juin 2017 |Odile Tremblay | Cinéma
    Le film d’Andreï Kontchalovski est tour à tour comique et mélancolique, avec une porte ouverte sur le merveilleux.
    Photo: ASC Distribution Le film d’Andreï Kontchalovski est tour à tour comique et mélancolique, avec une porte ouverte sur le merveilleux.

    Lauréat du Lion d’argent de la meilleure mise en scène à la Mostra de Venise en 2014, Les nuits blanches du facteur ne s’est pas pressé pour gagner nos salles.

     

    Andreï Kontchalovski, issu d’une lignée de peintres et poètes, frère du cinéaste Nikita Mikhalkov, est un vieux routier du cinéma. Il avait cosigné les scénarios de films du grand Andreï Tarkovski, dont le chef-d’œuvre Andreï Roublev au milieu des années 1960, adapta Tchekhov, osa en 1979 sous l’Union soviétique une fresque sur la Sibérie (Sibériade). D’un film satirico-naturaliste comme Riaba ma poule (1994) à une plongée dans l’Holocauste (Paradise en 2016) — Lion d’argent à Venise aussi), en passant par des productions hollywoodiennes réussies ou pas (Runaway Train, The Nutcracker in 3D), le cinéaste s’égare parfois. Il n’est jamais si à l’aise qu’à travers la farce poético-nostalgique, telle Les nuits blanches du facteur, ode au quotidien comme à la Russie éternelle tissée et nourrie au documentaire, sans scénario, ou presque, sur une histoire cousue surtout au montage.

     

    Tour à tour comique et mélancolique, avec une porte ouverte sur le merveilleux, dans la lignée de son Riaba ma poule, mais en plus épuré, sans la note grotesque, ce film réalisé avec trois sous, parfois improvisé, est joué (à une exception près : la comédienne Irina Ermolova) par des habitants de régions éloignées coupées de la route.

     

    Ils incarnent leur propre rôle dans une nature idyllique au lac clapotant sous le Requiem de Verdi, parmi les courtes nuits nordiques de l’été russe.

     

    Si la mise en situation peut paraître lente et tâtonnante, cette plongée dans une Russie quasi médiévale fascine rapidement. Seul le facteur (Alekseï Triapitsyn, vrai facteur) qui se déplace en canot à moteur relie les villageois au reste du pays. L’alcool fait des ravages, entre deux pêches plus ou moins légales, et la livraison des pensions bientôt bues. L’un d’eux, Youri, semble incarner l’âme russe dostoïevskienne, entre neurasthénie et désir de meurtre. Un autre se noie dans sa vodka. Les nuits blanches évoque la novella de Dostoïevski Les nuits blanches. Tout s’inscrit sous l’aile de l’auteur de Crime et châtiment.

     

    Immobilisme social

     

    Alekseï a le béguin pour une amie d’enfance, Alicia, qui ne le prend pas au sérieux mais lui refile son petit garçon à garder plus souvent qu’à son tour. On lui a volé le moteur de son canot de facteur et Irina part vivre en ville. Il ne pourra plus raconter des histoires de sorcières à Liocha. Sa vie bascule. D’autant plus qu’un chat gris imaginaire le nargue devant sa couche…

     

    C’est la mélancolie qui domine ici et l’immobilisme social : maisons de bois, chants traditionnels, abîmes intérieurs, personnages touchants et authentiques en marge d’une modernité qui les a oubliés. Tout cela sur des images magnifiques, un espoir perché sur une branche fragile et des vérités attrapées au vol, composant la note bleue du film.

     

    Les nuits blanches du facteur plaira aux esprits contemplatifs et aux amateurs de fiction chargée de documentaire. Les autres s’y ennuieront sans doute. Dommage pour eux. Une poésie enveloppe ces croquis du quotidien d’une grâce et d’une lumière collées aux films de jeunesse de Kontchalovski. Le film évoquera aussi aux cinéphiles québécois les meilleures œuvres du direct, notre propre berceau cinématographique.

    Les nuits blanches du facteur
    ★★★ 1/2
    Drame d’Andreï Konchalovski. Avec Alexeï Triapitsyne, Irina Ermolova, Timur Bondarenko. Russie, 2014, 101 minutes. V.O. russe avec s.-t. français.












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