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    Pour la suite du documentaire

    Le genre à l’origine d’un cinéma proprement québécois est dans un état critique

    31 mai 2017 |Caroline Montpetit | Cinéma
    «Pour la suite du monde», de Pierre Perrault et Michel Brault
    Photo: Office national du film «Pour la suite du monde», de Pierre Perrault et Michel Brault

    Depuis deux ans, tout le milieu cinématographique demande que le film Pour la suite du monde, de Pierre Perrault et Michel Brault, tourné en 1962 à l’île aux Coudres, soit reconnu comme « événement historique ». Considéré comme un chef-d’oeuvre, ce film rappelle l’importance du documentaire dans la tradition cinématographique québécoise, une tradition qui bat de l’aile aujourd’hui faute d’être mieux soutenue, soutient l’Observatoire du documentaire.

     

    Le film Pour la suite du monde, « c’est le début d’un genre qu’on a créé, qui est une spécificité québécoise, qui caractérise la culture cinématographique québécoise. Moi, je dis que c’est à la fondation de notre cinéma national, incluant la fiction.Beaucoup de cinéastes documentaires sont aussi devenus des cinéastes de fiction », disait mardi le réalisateur Hugo Latulippe, qui préside l’Observatoire.

     

    Mardi, toute une brochette de représentants de l’industrie du documentaire était réunie dans les locaux de l’Association des réalisateurs et des réalisatrices du Québec pour livrer un état des lieux de la situation critique du documentaire au Québec. En effet, alors que la production de documentaires explose un peu partout dans le monde, le financement de ce genre stagne, voire décline au Québec, précisément au moment où il doit relever le défi du virage numérique.

    Photo: Manifestes en série / Esperamos Films «On a besoin d'initiatives de l'État pour que la profession de documentariste continue d'exister», explique Hugo Lapointe. 
     

    « Notre milieu, notre écosystème, ne va pas bien. C’est un peu un signal d’alarme qu’on veut envoyer […], poursuit Hugo Latulippe. On voit d’un assez mauvais oeil ce qui se présente. On pense qu’on est rendus à négocier un virage important, et qu’on a besoin d’une vision d’État, autant au niveau québécois que canadien. On a besoin d’initiatives de l’État pour que la profession de documentariste continue d’exister […]. On est arrivés à un moment critique. »

     

    Un modèle à repenser

     

    Pour assurer sa survie, le milieu demande qu’on procède notamment à la taxation de grands diffuseurs comme Netflix et qu’on leur impose un quota de contenu canadien. Du côté québécois, on propose aussi la perception d’une taxe culturelle, sur les appareils par exemple, à la manière de l’écofrais, perçu pour assurer la sauvegarde de l’environnement. L’Observatoire du documentaire du Québec, qui organisait la rencontre d’hier, relève que le budget d’ICI Radio-Canada, comme celui de l’Office national du film, a baissé depuis 10 ans.

     

    « Alors qu’il y a 10 ans Radio-Canada produisait, ou coproduisait, ou participait au financement de 25 unitaires documentaires par année, cette année on est rendu à 12. Et ça continue, le jeu de massacre continue », disait Bruno Boulianne, réalisateur et membre du conseil d’administration de l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec.

     

    On cite aussi le fait que le Fonds canadien du film et de la vidéo indépendants a disparu en 2008. Et on relève que le Fonds des médias du Canada est surtout financé par les câblodistributeurs, dont les abonnements sont en chute libre.

     

    « Les contributeurs au Fonds des médias du Canada, que sont les Vidéotron et Rogers de ce monde, sont aussi des fournisseurs de services Internet. Ils n’ont pas intérêt à ce que le modèle change. Une pression politique sérieuse doit être exercée », poursuit Bruno Boulianne.

     

    Un public au rendez-vous

     

    Pendant ce temps, 67 % des Canadiens disent toujours regarder des documentaires, et 41 % des productions originales des films de Netflix sont des documentaires.

     

    « Il y a une inadéquation entre ce que le public veut, ce que le public aime, et ce qu’on leur offre, dit Benjamin Hogue, producteur, réalisateur et directeur de l’Observatoire du documentaire. Ça nous apparaît anachronique que le documentaire soit de moins en moins bien financé alors que le public est au rendez-vous. Le documentaire coûte moins cher à produire que la fiction. En France et aux États-Unis, il s’en produit et il s’en consomme de plus en plus. Mais le Canada ne prend pas bien le virage. »

     

    Or le documentaire est, poursuit-il, « un outil culturel et citoyen de notre société ». En fait, selon la productrice Karine Dubois, les documentaristes, qui voient leur budget fondre, sont de plus en plus obligés de les réaliser bénévolement. Ce qui fait qu’au bout d’un ou de deux films, ils vont aller chercher un emploi dans un autre domaine.

     

    Or les grandes avancées technologiques, de la technologie en trois dimensions à l’invention des jeux vidéo, se font largement à partir de l’apport du documentaire.

     

    En Europe, poursuivent les représentants de l’Observatoire du documentaire, tous les ministres de la Culture se sont entendus pour imposer à Netflix un quota de contenu européen. « Ça n’est pas encore officialisé, mais c’est un pas dans la bonne direction », dit Benjamin Hogue, qui avance que l’Europe travaille également à imposer une contribution de Netflix qui permettrait de financer la production européenne.

     

    De son côté, l’Australie serait sur le point d’imposer une taxe à Netflix aussi tôt que cet été.

     

    Autant d’exemples qui pourraient inspirer le Canada, disent les représentants de l’industrie documentaire. « Il ne faut pas suivre le modèle américain », dit Benjamin Hogue.













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