Voir Istanbul à hauteur de chat dans «Kedi»

À Istanbul, les chats sont considérés comme des symboles culturels.
Photo: EyeSteelFilm À Istanbul, les chats sont considérés comme des symboles culturels.

Il y a Sari la maman débrouillarde, Bengü l’amoureux, Psikopat la psychopathe jalouse, Deniz le sociable, Aslan Parçasi le chasseur, Duman le gentleman glouton, Gamsiz le joueur un peu brute, Ginger le petit nouveau dans le quartier, Bombis le capitaine du bateau. Kedi suit la vie des chats harets d’Istanbul. Il y en a des milliers.

Les Stambouliotes interviewés dans ce documentaire ne sont pas des spécialistes ou des académiciens. Ce sont des citoyens qui vivent leur vie en interaction avec les chats de leur quartier. Leurs commentaires sont contemplatifs, spontanés et profonds. Ils ont pris la responsabilité de s’occuper de ces chats, de les nourrir, de les amener chez le vétérinaire — et d’additionner les ardoises ! — ou, plus révélateur encore, de simplement les observer. Ils connaissent la personnalité de chaque félin, leurs préférences, ce qu’ils détestent, et se souviennent de leur première rencontre.

Ils confient volontiers à la caméra de la documentariste Ceyda Torun ce que ces chats apportent à leur existence. Ces poilus jouent différents rôles pour les humains qu’ils choisissent : psychologue, confident, ami, gardien, exterminateur (au plus grand contentement des restaurateurs), soigneur. Ces chats, arrivés de partout dans le monde sur des bateaux, ont vu des empires se construire et s’écrouler, de Constantinople jusqu’au XXIe siècle. Mais eux, ils sont toujours là, partout, couchés en boule sur un tabouret de bistro, sur un capot de voiture, sous la table d’un café, dans le port, sur les toits, au bas des portes d’entrée, sur le bord des fenêtres, sous les étals des marchés à attendre la moindre graine de nourriture tombée.

Dans d’autres villes, ils seraient vus comme une nuisance. À Istanbul, les chats sont considérés comme des symboles culturels. Les images de ce documentaire, souvent prises à hauteur de chat, sont absolument magnifiques, et font voir cette métropole à la frontière de l’Europe et de l’Asie d’un autre oeil. Certains sujets d’actualité sont soulevés, comme le féminisme en Turquie de nos jours et la gentrification des vieux quartiers, qui voient leurs arbres abattus pour laisser place à la construction de condos. « Que vont devenir les chats dans cette modernité sans verdure ? » s’inquiète une dame.

Un autre film sur les chats, pensez-vous ? L’attention est portée sur ceux-ci, mais c’est vraiment un portrait de société. Une lettre d’amour à cette mégapole dont les chats constituent l’âme. Plus émouvant encore, la cinéaste a réussi à capturer dans son documentaire remarquable la bonté humaine et animale dans sa forme la plus pure.

Horaire en salles

Kedi

★★★★

Turquie, 2016, 80 minutes. Documentaire de Ceyda Torun.

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 26 mai 2017 13 h 24

    J'ai vu un documentaire sur les passereaux cette semaine à la télé

    Les chats domestiques tueraient sur la planète jusqu'à 1,4 milliard d'oiseaux par année. Une vraie plaie ! Dans le nord de Montréal, je suis bien content de voir depuis quelques années des renards s'en occuper. Mais il n'y en a manifestement pas assez.

    Les chats domestiques que leurs propriétaires laissent sortir devraient obligatoirement être munis du gadget au cou qui alarme les oiseaux de leur soudaine arrivée.