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    Netflix divise les membres du jury au Festival de Cannes

    18 mai 2017 | Odile Tremblay À Cannes | Cinéma
    La maîtresse de cérémonie d’ouverture du 70e Festival de Cannes, Monica Bellucci, a beaucoup fait parler d’elle — et de sa robe —, mercredi, notamment en embrassant langoureusement l’acteur français Alex Lutz.
    Photo: Alberto Pizzoli Agence France-Presse La maîtresse de cérémonie d’ouverture du 70e Festival de Cannes, Monica Bellucci, a beaucoup fait parler d’elle — et de sa robe —, mercredi, notamment en embrassant langoureusement l’acteur français Alex Lutz.

    Avec ses éternelles lunettes noires voilant son regard de grand timide, ses cheveux un peu plus blancs d’une année à l’autre et ce quelque chose de vulnérable qui le rend attachant… L’amateur de corridas ne parle qu’espagnol, brandit sa langue comme la muleta d’un torero. La plupart des cinéastes européens étrangers balbutient le franglais à Cannes. Pas lui. (Ni l’Italien Nanni Moretti, au fait.) C’est beau à voir, en plein vent de mondialisation. Des patriotes purs et durs.

     

    Pedro Almodóvar a toujours regretté de ne pas être palmé d’or — franche injustice, les bonzes de Cannes en conviennent —, mais octroiera ce privilège à quelqu’un d’autre cette année, à titre de président du jury. Maigre consolation ! On le rencontrait hier avec son groupe hétéroclite chargé de forger un palmarès pour ce 70e festival.

     

    Il avait préparé en espagnol une déclaration brève (pas si brève que ça, avec les traductions en deux langues), certain que le tison Netflix — la cause de l’heure à Cannes — viendrait lui chauffer les oreilles en conférence de presse. Comme de fait…

     

    Rappelons que deux films achetés par Netflix sont en compétition à Cannes, et qu’en vertu d’une réglementation française ils ne peuvent sortir sur une plateforme numérique que plusieurs semaines après avoir pris l’affiche en salle. Sautant cette première étape, ceux de Netflix se livrent à ses seuls abonnés. La perspective d’une Palme d’or octroyée à une oeuvre invisible sur grand écran avait fait bondir en amont une partie du milieu hexagonal. Si bien que l’an prochain, faute de sortie en salle, les films Netflix ne pourront concourir, avaient décidé la semaine dernière les dirigeants du festival.

     

    Que faire avec les deux oeuvres présentées cette année, The Meyerowitz Stories de Noah Baumbach et Okja de Bong Joon-ho ? Almodóvar, qui voit là un énorme paradoxe, a tranché ce mercredi : pas de palme Netflix. Oui, mais des membres de son jury sont d’un autre avis. Foire d’empoigne en perspective… Voici en gros le discours du cinéaste de Tout sur ma mère sur cette inflammable question :

     

    « Les plateformes numériques sont une nouvelle façon d’offrir des oeuvres, ce qui est enrichissant et positif, estime-t-il. Mais elles ne doivent pas se substituer aux autres, comme aller au cinéma, ni altérer en aucun cas les habitudes des spectateurs. »

     

    À son avis, les nouvelles plateformes doivent accepter les règles en place adoptées par l’ensemble des réseaux, seul moyen de survie pour le cinéma. « Je ne peux concevoir que la Palme d’or ou un autre prix soit accordé à un film qui ne sera pas vu en salle. Ça ne signifie pas que je ne suis pas ouvert et favorable aux nouvelles technologies. Je crois que ce qui est déterminant quand on voit un film pour la première fois, c’est la taille d’un écran. Il ne devrait pas être plus petit que la chaise sur laquelle vous êtes assis. »

     

    Almodóvar imagine mal avec raison qu’un film puisse être vu sur le timbre-poste d’un écran de téléphone. Mais les enjeux des nouvelles plateformes sont complexes.

     

    Le cinéaste et acteur américain Will Smith, de son jury, ne l’entend pas de cette oreille : « Les enfants de 18 ans vont au cinéma deux fois par semaine et voient des films sur Netflix aussi, déclare-t-il. Chez moi, ça n’empêche pas les jeunes d’aller en salle, mais les aide à se connecter au monde. Ensuite, ils entrent en contact avec les artistes via les réseaux sociaux. Ça leur apporte une meilleure compréhension cinématographique mondiale. »

     

    La scénariste, actrice et cinéaste française Agnès Jaoui trouve de son côté qu’il serait dommage de se braquer contre Netflix. « Il faut revoir la chronologie des médias. Il serait absurde de pénaliser les réalisateurs dont on va voir ici les films sur grand écran, comme de pénaliser les spectateurs qui ne pourront les voir ensuite en salle. »

     

    D’autres jurés n’ont pas pris position sur le sujet : les cinéastes Park Chan-wook, Maren Ade et Paolo Sorrentino, les actrices Fan Bingbing et Jessica Chastain, le compositeur Gabriel Yared. Mais entre eux, ça ne saurait tarder.

     

    Voeux pieux

     

    Ces conférences de presse de jury sont l’occasion de lancer au vent des voeux pieux. Tous veulent aborder leur expérience avec une virginité retrouvée, puis ça se corse en cours de route.

     

    « Mon espoir : que nous ressentions les mêmes émotions que les premiers spectateurs de Viridiana et d’Apocalypse Now, les palmes d’or qui me viennent à l’esprit », émet Almodóvar.

     

    La rousse Jessica Chastain, à l’affiche du prochain film de Xavier Dolan, The Death and Life of John F. Donovan, rappelle à quel point sa carrière a vraiment débuté à Cannes. The Tree of Life, chef-d’oeuvre de l’Américain Terrence Malick, avait été palmé d’or en 2011, lançant son interprète féminine parmi les étoiles.

     

    Le compositeur Gabriel Yared a fait la musique de Juste la fin du monde et de John F. Donovan de Dolan. Le nom du cinéaste québécois résonnait mercredi à Cannes comme s’il y était.













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