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    Festival de Cannes

    Un clin d’oeil au passé, le regard tourné vers l’avenir

    Un menu brillant pour le 70e anniversaire de la fête du cinéma

    17 mai 2017 | Odile Tremblay à Cannes | Cinéma
    Le réalisateur Pedro Almodóvar préside cette année le jury des films en compétition.
    Photo: Anne-Christine Poujoulat Agence France-Presse Le réalisateur Pedro Almodóvar préside cette année le jury des films en compétition.

    Le joyeux bordel des veilles d’ouverture de festival vacille au vent de la baie dans le rouge des tapis déroulés. L’affiche géante et démultipliée de Claudia Cardinale, dont la taille affinée par les retouches du « Photoshop » n’a pas longtemps semé l’émoi, danse sous le soleil.

     

    Pour ce 70e anniversaire, Cannes, au rayon nostalgie, devra revenir sur ses faits d’armes, rappeler les glorieuses palmes d’hier, comme les scandales qui l’ont nourri. Évoquer au besoin ce moment de grâce quand Jeanne Moreau entonna Le tourbillon de la vie avec Vanessa Paradis à l’ouverture du 48e festival en 1995. A-t-on vraiment écrit sur la musicalité de ce festival-là ?

     

    Sur sa frivolité, oui. Tenez, Cannes a ramené cette année le concours des starlettes sur la plage, pour la couleur locale, sacrifié après mai 68, parce que ça ne faisait pas sérieux (mais longtemps en événement parallèle, mort d’essoufflement) désormais blanchi par un statut de « classique sur Croisette ». Des hommes concourent aussi. Fini la discrimination des genres ! On a changé de siècle, après tout.

     

    Ça se voit à son baril de poudre. Les mesures de sécurité sont maximales ; certains camions discrets postés à des ruelles, d’autres affichés. Des jardinières sont même disposées au long de la Croisette pour bloquer d’éventuels camions-béliers. À la porte du Palais, deux gaillards en uniforme rigolent, m’affirmant s’être dédoublés en 2017. Ils finissent par causer politique, comme tout le monde en France. Ici, la macromanie en délire fait de l’ombre au cinéma.

     

    Sinon, dans son combat des anciens et des modernes, Cannes mise sur l’avenir, tout en préservant ses acquis, ménage les exploitants de salles, sans vouloir s’aliéner les Netflix de ce monde. Il offre des vedettes à la pelle, multiplie les films de genre, tout en en gardant le cachet d’oeuvres d’auteurs engagés. Centriste comme le nouveau président français à l’Élysée. Position précaire et bonjour chez vous !

     

    Des inclassables et des désirables

     

    Dès ce mercredi, sur flonflons et pétards, Les fantômes d’Ismaël du Français Arnaud Desplechin part le bal. Le cinéaste de Trois souvenirs de ma jeunesse, de nouveau hanté par son passé, s’offre le concours de Louis Garrel, Mathieu Amalric, Marion Cotillard, Charlotte Gainsbourg, pour ses amours entrelacées. Son film est coupé de vingt minutes, ce que les critiques français déplorent, assurant que des liens marquants ont sauté.

     

    Signe des temps : un des sommets de l’édition est le lancement de la saison 3 de Twin Peaks de David Lynch. Le voici relégué aux « événements du 70e anniversaire », section qui regroupe bien des inclassables, dont une macédoine posthume de courts métrages d’Abbas Kiarostami, la saison 2 de la série Top of the Lake de Jane Campion, le court métrage de Kirsten Stewart et… Nos années folles d’André Téchiné. Comprenne ces amalgames qui pourra.

     

    Côté stars, Nicole Kidman, au poste quatre fois, sera trop m’as-tu-vu pour intriguer. En compétition comme directrice de pensionnat dans Les proies de Sofia Coppola, ainsi qu’en reine punk extraterrestre dans La mise à mort d’un cerf sacré de Yorgos Lanthimos, le brillant cinéaste de Lobster. Elle reviendra hors concours avec une comédie de science-fiction How to Talk to Girls at Party, comme dans la série Top of the Lake. À elle la couronne, mais d’autres stars montreront leurs beaux profils : de Joaquin Phoenix à Isabelle Huppert, d’Adèle Haenel à Marion Cotillard, de Colin Farrell à Monica Bellucci en maîtresse de cérémonie, avec jury glamour sous la houlette d’Almodovar. Les paparazzis en auront pour leurs clichés.

     

    Coureur de tête

     

    Sinon dans la course à la Palme d’or, Michael Haneke, qui brigue sa troisième palme pour Happy End, est le coureur de tête à dépasser.

     

    Bien des cinéastes adaptent, de Michel Hazanavicius avec Le redoutable, tiré du livre Un an après d’Anne Wiazemsky sur tournage de La Chinoise de Godard, à Polanski (hors compétition) avec D’après une histoire vraie, revisitant le roman de Delphine de Vigan, en passant par Wonderstruk de Todd Haynes, adapté du livre de Brian Selznick. Ajoutez Une femme douce du Russe Sergei Loznitsa, sur une nouvelle de Dostoïevski qui inspira auparavant Robert Bresson. Sofia Coppola y va aussi d’un remake : celui des Proies de Don Siegel. Tout a été dit au cinéma et en littérature. Reste à le montrer différemment.

     

    On est très curieux du Rodin de Jacques Doillon avec un Vincent Lindon (excellant dans les rôles très physiques), écho au Camille Claudel de Bruno Nuytten, cette fois du point de vue du sculpteur du Penseur.

     

    Les films Netflix vont causer un problème moral au jury : celui de primer ou non des oeuvres qui ne prendront pas l’affiche en salles françaises, mais ni Okja du Coréen Bong Joon-ho, sur fond d’animal géant, ni The Meyerowitz Stories de l’Américain Noah Baumbach aux démêlés père-fils, ne devraient être jugés autrement qu’au mérite.

     

    L’arrivée américaine des frères Josh et Benny Safdie en compétition avec Good Time (New York, en une seule nuit, sur deux frères en cavale) s’annonce trépidante. On a hâte de voir aussi The Square du Suédois Ruben Ôstlund, Nelyuboy du Russe génial Andreï Zviaguintsev (Le retour, Leviathan), L’amant double de François Ozon, In the Fade de Fatih Akin, Le jour d’après de Hong Sang-soo. Tant d’autres…

     

    Face aux nombreux refusés de la Sélection officielle, La Quinzaine des réalisateurs ne peut creuser sa marge, forcée de recueillir Jeannette de Bruno Dumont, Un beau soleil intérieur de Claire Denis, L’amant d’un jour de Philippe Garrel, dont les critiques français disent grand bien, aussi Alive in France, documentaire d’Abel Ferrara. Le menu général cannois nous apparaît surtout rempli de beaux mystères. Que la fête commence ! Comme dirait Bertrand Tavernier. Et qu’elle ne tourne pas au drame, surtout !













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