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    Ces films de vos vies

    «Love Story», de Arthur Hiller

    Une série où les lecteurs révèlent un coup de coeur cinématographique

    Affiche originale de «Love Story»
    Photo: Paramount Pictures Affiche originale de «Love Story»

    Vous êtes tombé dessus par hasard, au club vidéo ou à la télé. À l’inverse, vous avez ardemment attendu sa sortie au ciné. Vous savez, ce film qui vous a marqué.


    C’est une histoire toute simple. Une jeune femme, un jeune homme, quelques mots échangés… Un regard surtout et, dans celui-ci, l’évidence d’une attirance réciproque, d’un désir de se connaître, de tout partager. C’est aussi soudain qu’improbable. « Ça n’arrive qu’au cinéma », de claironner en choeur les cyniques. Quoi que l’on pense du genre, il reste que le cinéma n’a pas son pareil pour émouvoir avec des romances, grandes et petites. À cet égard, rares sont celles qui ont marqué une génération autant que le bien nommé Love Story, film coup de coeur de Johanne Aubry.

     

    Il s’appelle Oliver Barrett, quatrième du nom. Étudiant en droit à Harvard, il est l’héritier d’une vieille fortune de la côte est. Elle s’appelle Jennifer, « Jenny », et poursuit des études en musique dans un collège voisin. Issue de la classe ouvrière, elle mène une existence à des lieues de celle, privilégiée, d’Oliver. Et pourtant, dès leur première rencontre… Elle le taquine, il est conquis, ils se plaisent.

     

    Contre vents et marées, à savoir la réprobation d’Oliver Barrett père, les amoureux s’aiment et se marient, puis continuent de s’aimer, malgré les difficultés, malgré la maladie.

     

    Car Love Story, c’est aussi une tragédie.

     

    Jamais autant pleuré

     

    « On est en 1970, je suis dans les balbutiements de l’adolescence. J’habite depuis peu à Saint-Lambert, sur la Rive-Sud de Montréal où il y a encore des batailles entre les anglos et les francos. Un samedi après-midi je prends l’autobus et le métro pour aller à Montréal voir ce film dont toutes mes amies parlent : Love Story.

     

    Je le vois en version française parce que j’ai beau être entourée d’anglos, mon anglais est vraiment trop approximatif pour voir des films en version originale. Je suis dans la salle, le film commence et là, tout de suite, en entendant la musique, je suis conquise. Et je crois bien que de toute ma vie je n’ai jamais autant pleuré au cinéma.

     

    Je me suis longtemps demandé pourquoi ce film m’avait tant marquée, mais je pense que l’environnement dans lequel il se déroule est si près du mien que j’y ai adhéré sans réserve : Brian, mon voisin anglo et ado, que je trouve bien beau même si on ne se parle pas, ma voisine d’à côté Mme Taylor, et surtout son fils Michael, que je ne vois pas souvent parce qu’il étudie à Harvard, tout comme le séduisant et riche héros du film, Oliver, et Jennifer, son amoureuse à laquelle je m’identifie tellement parce qu’elle est pauvre parmi les riches.

     

    Et la musique, inoubliable, qui a un tel pouvoir d’évocation que je n’ai qu’à l’entendre pour aussitôt retomber en adolescence…

     

    Je suis allée à Boston pour la première fois en 1986 en compagnie de celui qui est aujourd’hui mon mari et je n’ai pu m’empêcher d’avoir une pensée émue pour l’adolescente que j’étais en 1970.

     

    “Aimer c’est n’avoir jamais à dire qu’on est désolé.”

     

    Celles qui ont vu le film reconnaîtront cette citation. »

     

    Un succès phénoménal

     

    Love Story connut un succès populaire phénoménal à sa sortie en 1970. Ce triomphe au box-office en étonna plusieurs, à l’époque. En effet, avec le recul, il est facile de croire qu’il s’agissait là d’une production sans risque, avec son histoire cousue main pour un vaste public (pas que féminin) et ses deux belles vedettes, Ryan O’Neal et Ali MacGraw.

     

    Or, c’était tout le contraire.

     

    Primo, Ryan O’Neal, qui obtint le rôle d’Oliver après que Beau Bridges, Jon Voight et Michael York l’eurent refusé, était un inconnu. Ali MacGraw aussi, quoiqu’elle venait tout juste de se signaler dans Goodbye Colombus, adaptation du roman de Philip Roth dans laquelle, ironiquement, elle incarnait la riche fiancée d’un étudiant sans le sou.

     

    Secundo, Hollywood vivait alors de profonds bouleversements. Après une série de flops coûteux, tous les grands studios confondus se demandaient comment les goûts d’un public qu’ils croyaient connaître avaient pu changer aussi radicalement.

     

    Bonnie and Clyde et Le lauréat avaient ouvert le bal, en 1967, en montrant ce qu’on ne montrait pas et en parlant de ce dont on ne parlait pas. En 1969, Midnight Cowboy et surtout Easy Rider étaient venus marquer le début officiel d’un second âge d’or fort différent du précédent : le Nouvel Hollywood, avec ses jeunes cinéastes barbus et à cheveux longs (les Coppola, De Palma, Scorsese, Spielberg, Lucas…), leur culture cinématographique peaufinée non plus au sein des studios, mais dans les universités dotées de ciné-clubs, ceux-ci ouverts sur le cinéma étranger.

     

    Roman, film et musique

     

    Bref, les dirigeants des studios ne juraient plus de rien et une histoire d’amour comme Love Story, sincère et complètement assumée dans son approche sentimentale, aurait très bien pu se solder par un échec de plus.

     

    Alors à la tête de Paramount, Robert Evans, peut-être parce qu’il était lui-même très jeune, était le plus habile à aller dans le sens du vent. En fonction de 1967 à 1974, soit de sa 37e à sa 43e année, il ramena Paramount de la dernière à la première place parmi les « majors » avec des succès répétés, et marquants, comme Serpico, Le bébé de Rosemary, Le parrain et sa suite, Chinatown… et bien sûr, Love Story. Le film ne coûta que 2,2 millions de dollars (les acteurs ne touchèrent que de maigres cachets, à l’instar du réalisateur Arthur Hiller, un troisième choix) et rapporta plus de 100 millions.

     

    Et c’est sans compter les revenus tirés de la vente de la très, très populaire musique composée par le complice de Claude Lelouch, Francis Lai, qui remporta un Oscar. Ajoutez la célèbre version chantée du thème principal enregistrée par Andy Williams…

     

    Avant tout cela, il y eut le roman commandé par le studio afin de promouvoir le film en amont, qu’Erich Segal tira de son propre scénario et qui se hissa en tête de liste des best-sellers.

     

    Un succès phénoménal, donc. Et un film qui demeure fichtrement romantique, n’en déplaise aux cyniques.
     

     

    Manifestez-vous
     

    Quel est votre film coup de coeur ? Dans quel contexte l’avez-vous vu ? Pourquoi vous a-t-il plu à ce point ? La série durera tant qu’il y aura des films. En 250 mots environ, la parole est à vous à l’adresse cesfilms@ledevoir.com
     













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