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    Cinéma

    Splendeurs et misères de Dalida

    Liza Azuelos raconte la course à obstacles que fut ce film sur la chanteuse tourmentée

    22 avril 2017 |Odile Tremblay | Cinéma
    L’actrice italienne inconnue Sveva Alviti (à gauche) incarne la «star» plus grande que nature dans le film de Liza Azuelos (à droite).
    Photo: Films Séville L’actrice italienne inconnue Sveva Alviti (à gauche) incarne la «star» plus grande que nature dans le film de Liza Azuelos (à droite).

    Le destin tragique de la chanteuse et actrice Dalida (Iolanda Gigliotti), née en 1933 au Caire de parents d’origine italienne, puis immense star planétaire établie en France, est entré dans la légende. Ses déboires privés semés de ruptures, de rêves d’enfantement et de morts violentes se concluaient par sa dépression et son suicide il y aura 30 ans le 3 mai prochain. Elle avait auparavant cartonné au sommet des ventes de disques (170 millions d’albums écoulés) sous le surnom de Mademoiselle Juke-Box avec des succès allant de Bambino à Gigi l’amoroso, en passant par Paroles, paroles. Dalida chantait en plusieurs langues, parlait l’arabe, l’italien, le français, l’anglais.

     

    Liza Azuelos (cinéaste de LOL) a connu les dessous du show-business durant sa propre enfance. Fille de la chanteuse Marie Laforêt, elle a vu sa mère traverser les illusions, les interdits des années 1970 et 1980 comme leur machisme, quand les hommes tenaient les commandes des carrières féminines. La cinéaste se sentait aussi des affinités avec le tempérament du personnage.

     

    Orlando, le frère de Dalida, longtemps son agent artistique, portait le projet de biopic depuis cinq ans à bout de bras. Il avait été question qu’il soit produit par un studio américain, mais leurs scénarios lui déplaisaient. Après avoir pensé abandonner, il fut mis en contact avec Liza Azuelos et le producteur Jérôme Seydoux. « Orlando a participé de façon active au projet », explique la cinéaste. Supervision du scénario, choix des interprètes pour le rôle de Dalida et le sien. En échange, il donnait accès aux archives familiales. Orlando avait déjà participé à un téléfilm de Joyce Buñuel sur Dalida en 2005 et à une bio écrite en 2004 par Catherine Rihoit.

     

    Rencontrée à Paris, Liza Azuelos revendiquait sa vision personnelle de Dalida : « Je n’étais pas une fan, mais en découvrant sa vie, j’ai été touchée par elle, poursuit-elle. Je suis partie du projet initial pour tout reprendre à zéro dans le scénario. La mort scande le film comme elle a scandé sa vie. Dalida était d’autant plus intense qu’elle savait qu’elle pouvait se donner la mort quand elle le voudrait. J’ai toujours pensé que je devais commencer le film ainsi : par sa première tentative de suicide, et montrer la personne derrière la vedette. Dalida cherchait l’amour à l’extérieur de son public, chez les hommes de sa vie. Elle s’en voulait d’avoir détesté son père. »

    La mort scande le film comme elle a scandé sa vie. Dalida était d’autant plus intense qu’elle savait qu’elle pouvait se donner la mort quand elle le voudrait. J’ai toujours pensé que je devais commencer le film ainsi: par sa première tentative de suicide.
    La cinéaste Liza Azuelos
     

    Dans Dalida, les amoureux (dont Nils Schneider en jeune amant artiste) se succèdent, les suicides sont nombreux. La scène artistique, surtout à l’Olympia parisien du temps de Bruno Coquatrix, renaît de concert, avec étapes de la fabrication d’une star.

     

    Une actrice inconnue

     

    Tout le processus de financement fut laborieux, la préproduction fut jalonnée de rebondissements, de retards. « De beaucoup de travail aussi », précise la maîtresse d’oeuvre.

     

    Il y eut changement d’actrices, faute d’atomes crochus entre la première pressentie, Nadia Farès, et la cinéaste. Après la recherche d’un autre réalisateur, Orlando revint à Liza Azuelos.

     

    Après plus de 200 auditions, le choix de l’Italienne Sveva Alviti, mannequin et ex-grande joueuse de tennis, actrice sans véritable expérience, établie à New York, ne s’est pas fait sans heurts. Elle ne parlait pas français, mais sut chanter sur son téléphone cellulaire Je suis malade de Serge Lama avec une émotion qui séduisit la cinéaste, concluant par « Je suis Dalida ».« Je sais », répondit la cinéaste. Sveva Alviti est née trois ans avant la mort de Dalida et ne connaissait que quelques chansons d’elle. « J’ai appris à la comprendre, comme star et comme femme, admirant sa fragilité et sa force. »

     

    L’interprète, désormais installée à Paris, dut suivre en neuf mois un cours accéléré de français, mais aussi de chant, de danse, de maintien. Sur le plateau, malgré une ressemblance avec la disparue, l’interprète passait quatre heures par jour au maquillage, portant nez et dents postiches pour le rôle. Les chansons étaient interprétées en présonorisation par Dalida. « J’y ai mis tout ce que j’avais en moi, précise Sveva Alviti, en découvrant des aspects de moi-même.Un rôle aussi fort, une actrice n’en joue qu’un ou deux dans sa vie. Je reçois des offres, mais attends de pouvoir incarner un personnage vraiment intéressant. »

     

    Dans la houle

     

    En France, le lancement du film le 11 janvier dernier, fraîchement reçu par la critique, avait été précédé par les hauts cris de Catherine Morisse, fille de Lucien Morisse — premier époux et manager de Dalida, incarné dans le film par Jean-Paul Rouve —, qui dénonçait le portrait paternel, jugé peu flatteur, présenté comme vivant des revenus de la chanteuse et père de substitution, beaucoup plus âgé que Dalida, alors qu’ils n’auraient eu que quatre ans de différence. Elle ne supportait pas non plus la mise en scène de son suicide, avec sang giclant sur le disque d’or de Dalida. « Une scène grotesque et totalement inventée », s’indignait-elle.

     

    Ajoutez que Sveva Alviti, surmenée, très investie dans le rôle, a fait une impressionnante crise de tétanie durant la campagne promotionnelle sur le plateau du Grand Journal à Canal Plus.

     

    « Catherine Morisse avait six ans à la mort de son père, rappelle Lisa Azuelos. J’ai fait attention de respecter la mémoire de tout le monde et ai contacté ceux qui sont dans mon film. Il est aussi une réhabilitation de cette artiste, dont le suicide a marqué les esprits. J’ai cru en Dalida et en Sveva Alviti. Je ne regarde pas les critiques. Le film est mon bébé et je l’aime ainsi. »


    L’entrevue avec Lisa Azuelos a été effectuée à Paris à l’invitation d’Unifrance.













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