Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Ces films de vos vies

    «Nashville», de Robert Altman

    Une série où les lecteurs partagent un coup de coeur cinématographique

    18 avril 2017 |François Lévesque | Cinéma
    Avant même sa sortie en 1975, «Nashville» fit l’objet de critiques dithyrambiques, quelques journalistes triés sur le volet ayant pu visionner un montage préliminaire du film.
    Photo: Paramount Pictures Avant même sa sortie en 1975, «Nashville» fit l’objet de critiques dithyrambiques, quelques journalistes triés sur le volet ayant pu visionner un montage préliminaire du film.

    Vous êtes tombé dessus par hasard à la télévision ou l’avez choisi par dépit au club vidéo. À l’inverse, vous avez ardemment attendu sa sortie au cinéma. Vous savez, ce film qui vous a marqué.


    L’un des genres cinématographiques les plus casse-gueule, tant d’un point de vue technique que narratif, est sans contredit le film choral. Il est facile, en effet, de perdre le fil de l’intrigue principale ou de s’emmêler dans ceux des différentes sous-intrigues. Une myriade de personnages et de lieux, une focalisation qui change constamment… L’ampleur inhérente à ces propositions commande un souffle que tous les cinéastes ne possèdent pas. En la matière, le maître incontesté demeure Robert Altman qui, parce qu’il n’eut jamais peur d’expérimenter, innova plus souvent qu’à son tour. Ce fut notamment le cas avec Nashville, coup de coeur de Réjean Martin.

     

    Campé dans la mecque de la musique country, Nashville s’attarde aux destins croisés d’une galerie de personnages disparates sur fond de primaire présidentielle : chanteur don juan, avocat, magnat, vedette dépressive et « wannabe », journaliste groupie, épouse esseulée, consultant fourbe, vétéran hanté…

     

    Une faune qui devient nation dans une ville qui se meut en microcosme.

    Photo: Paramount Pictures L’affiche originale de «Nashville», de Robert Altman
     

    Reculer pour mieux voir

     

    « C’est avec Nashville que j’ai découvert Robert Altman, en 1975, au cinéma Capitol du centre-ville de Trois-Rivières. À quel point ai-je apprécié le regard de ce dernier sur son pays et les gens qui l’habitent ! Le film offre pas moins de vingt-quatre personnages qu’on suit à la trace, après les avoir tous vus au départ dans un immense embouteillage. On est d’emblée témoin de leurs préoccupations diverses, eux qui sont plongés dans cette ville kitsch à souhait où va se tenir un grand rassemblement politique dont le décor est cette reproduction grandeur nature du Parthénon, sise au coeur de la ville.

     

    Quel talent prodigieux, me suis-je dit, ébahi. Car il en faut pour résumer ainsi tous ces personnages, en un clin d’oeil, et nous garder ensuite alertes pendant 160 minutes !

     

    Le cinéaste raconte en même temps une Amérique parfaitement de son époque, avec des stars capricieuses d’un côté, des êtres tyranniques de l’autre ; des gens obnubilés par leurs affaires, d’autres à qui l’occasion profite et puis, quelques fêlés aussi…

     

    Ce film fut, je dirais, la "distance Altman" révélée à moi : le regard non dénué d’ironie d’un drôle de témoin de son époque.

     

    Ici, à Trois-Rivières, grâce à notre formidable club de cinéma Ciné-Campus, j’ai revu ce film en 1978 (en est témoin le programme que je conserve précieusement), mobilisant alors bon nombre d’amis et connaissances afin que ceux-ci soient, comme moi, soufflés ! »

     

    L’épreuve du temps

     

    Avant même sa sortie en 1975, Nashville fit l’objet de critiques dithyrambiques, quelques journalistes triés sur le volet ayant pu visionner un montage préliminaire du film. Pauline Kael, dans l’un de ses textes les plus mémorables, compara le travail de Robert Altman sur ce film à celui de James Joyce dans Ulysse.

     

    Lors de la ressortie du film en France en 2011, Gilles Renault résuma dans Libération : « Quand il tourne Nashville, l’éclectique Robert Altman a déjà 50 ans et un palmarès enviable derrière lui (M.A.S.H., Le Privé…). Plus tard, il consolidera sa renommée avec des films tels que Short Cuts ou The Player, dont la fameuse construction chorale compose, au demeurant, l’ADN dudit Nashville[…]. Oeuvre au long cours bouillonnante, contestataire, potentiellement déconcertante par endroits aussi, Nashville utilise le contexte musical (avec, au passage, un Oscar de la meilleure chanson pour I’m Easy) comme un levier pour brasser les thèmes politiques et sociaux de l’époque. »

     

    Or, les observations d’Altman se révèlent aussi pertinentes aujourd’hui qu’hier. De fait, Nashville n’a guère vieilli.

     

    Une méthode atypique

     

    Sans doute l’une des clés du succès du film, et d’Altman comme cinéaste, était la propension de ce dernier à faire fi des conventions et des dogmes qui empêchent parfois le cinéma d’avancer. Altman n’avait pas peur de concevoir le cinéma autrement (quitte à se tromper de temps en temps). À cet égard, Nashville, dont la seule conception sonore pourrait justifier un livre entier, constitue un triomphe sur tous les fronts.

     

    En entrevue au Filmmaker’s Newsletter, le monteur Sid Levin jeta un peu de lumière sur le processus altmanien. « Il ne recourt pas à un style classique. Par classique, j’entends l’utilisation conventionnelle du plan large, moyen, et du gros plan. À la place, nous avions souvent ce qui pourrait être considéré comme trois ou quatre angles différents de la même séquence filmée en plan large, chacun d’eux captés avec une légère variation dans l’angle de la caméra. Toutefois, étant donné qu’Altman voulait que les acteurs disposent du plus de latitude possible dans le développement de leurs personnages, il y avait souvent d’énormes variations dans le dialogue et le contenu dramatique d’une même scène. Il y a eu, je crois, environ dix bonnes scènes [mises de côté] pour chacune de celle qui s’est retrouvée dans le film terminé. »

     

    L’ami critique

     

    Devenu au fil des ans un ami intime du cinéaste, Roger Ebert mit le film à l’étude dans l’un de ses séminaires où il demandait d’office à ses étudiants : « De quoi parle cette histoire ? »

     

    Sa réponse ? « Le film pourrait bien être grand parce qu’on ne peut pas vraiment répondre à cette question ».

     

    Selon Ebert, Nashville est autant un film musical qu’un docudrame à propos d’une ville phare ; une satire féroce autant qu’une ode aux laissés pour compte. Il y voit en outre « une parabole politique », rappelant que le film fut écrit et réalisé en plein scandale du Watergate — Richard Nixon démissionna pendant le tournage.

     

    Dans sa critique originale de 1975, Ebert concluait : « C’est un film qui parle de l’Amérique. Il traite de nos mythes, de nos aspirations, de nos ambitions, et de la perception que nous avons de nous-mêmes. Il sait comment nous nous exprimons et comment nous nous comportons, et il ne nous flatte pas, mais il nous aime. »

     

    Manifestez-vous
     

    Quel est votre film coup de coeur ? Dans quel contexte l’avez-vous vu ? Pourquoi vous a-t-il plu ? En 250 mots environ, la parole est à vous à l’adresse cesfilms@ledevoir.com


     












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.