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    Avoir Antoine Bertrand et Omar Sy sur un plateau

    Hugo Gélin raconte «Demain tout commence», qui a fait un malheur en France

    1 avril 2017 | Odile Tremblay à Paris | Cinéma
    Aux yeux du cinéaste, Antoine Bertrand, ici avec Omar Sy dans une scène de «Demain tout commence», a tout pour réussir à Paris.
    Photo: Films Séville Aux yeux du cinéaste, Antoine Bertrand, ici avec Omar Sy dans une scène de «Demain tout commence», a tout pour réussir à Paris.

    Les chemins qui mènent à Paris pour un acteur québécois passent par nos films distribués en France. Dans le cas d’Antoine Bertrand, le déclencheur fut Starbuck de Ken Scott, où il jouait l’avocat, ami du donneur de sperme campé par Patrick Huard. D’ailleurs, il a hérité en France d’un rôle un peu similaire dans Demain, tout commence d’Hugo Gélin : celui de Bernie, confident du héros qu’incarne la méga vedette française Omar Sy (césarisé pour son rôle dans Intouchables et désormais domicilié à Los Angeles).

     

    Starbuck lui a également ouvert la porte du plateau français du Petit locataire de Nadège Loiseau, avec Karin Viard. L’interprète de Louis Cyr s’était filmé avec son iPhone en guise d’audition. Ç’a marché deux fois plutôt qu’une. Demain, tout commence aussi ; plus de trois millions d’entrées en France : un très gros succès.

     

    « Je cherchais un acteur pour jouer le meilleur ami du héros, quelqu’un de charismatique, de drôle et j’avais aimé Antoine Bertrand dans Starbuck, évoque le cinéaste Hugo Gélin. Il est peu connu en France, mais j’avais une marge de manoeuvre pour choisir qui je voulais. Antoine pouvait prendre sa place à côté d’Omar Sy, sans s’effacer. Il est intelligent et adore faire rire. Ça tombe bien, car Omar aime rigoler des farces des autres. Antoine avait joué au théâtre l’adaptation théâtrale au Québec d’Intouchables où il tenait le rôle d’Omar. Ça créait une sorte de cousinage. »

     

    Aux yeux du cinéaste, Antoine Bertrand a tout pour réussir à Paris (s’il le veut) : « Il est dans un créneau inoccupé : il est difficile de ne pas l’aimer, si généreux, rondouillard et bien dans sa peau. On a envie de le prendre dans nos bras. »

     

    Enfant de la balle

     

    Grand, maigre avec des lunettes semblant sortir d’une boîte à surprises, Hugo Gélin ne se décrit pas comme un enfant de la balle, mais admet qu’il a baigné dans la marmite du théâtre et du cinéma ; ce qui aide beaucoup à s’y sentir à l’aise. Son grand-père, Daniel Gélin, grand acteur français, jouait entre autres dans la deuxième version de The Man Who Knew too Much d’Hitchcock. Sa grand-mère, Danièle Delorme, qui devait refaire sa vie avec le cinéaste Yves Robert, fut l’interprète de Gigi d’après Colette et de la machiavélique Catherine de Voici le temps des assassins de Duvivier. Son père est l’acteur Xavier Gélin. « J’ai été élevé dans un milieu de passionnés. Quelle chance de raconter à leur suite des histoires. »

     

    Cette grand-mère qui avait connu à la fois la gloire et son lot d’épreuves personnelles regardait en avant et disait toujours : « Demain, tout commence ! » D’où le titre du film.

     

    En 2009, le premier long métrage d’Hugo Gélin, Comme des frères, road-movie de potes, fut un franc succès. Il travaillait sur son prochain film, comédie romantique repoussée du coup, quand ses producteurs lui ont conseillé de lire le scénario du remake d’un film mexicain d’Eugenio Derbez de 2013 Ni repris, ni échangé, dans lequel Omar Sy était déjà impliqué.

    J'ai été élevé dans un milieu de passionnés. Quelle chance de raconter à leur suite des histoires.
    Hugo Gélin

    Du rire aux larmes

     

    Cette histoire d’un fêtard coureur de jupons à qui une conquête d’un été revient mettre son enfant dans les bras, avant de foutre le camp et de le transformer en papa poule marginal lui plaisait beaucoup, mais le scénario en français manquait d’étoffe.

     

    « Il fallait me l’approprier, dit-il. C’était un vrai film mexicain, par ses références, par le jeu d’acteurs. À tous les curseurs. »

     

    En France, Trois hommes et un couffin de Coline Serreau avait navigué dans les mêmes eaux en 1985, sur un air de comédie. Ce film avait bien eu une suite (mal reçue) en 2003. Ça datait.

     

    « On voulait côtoyer d’autres genres que la comédie », poursuit Hugo Gélin. Lui et Omar Sy cherchaient un ton drôle mais humain, sincère et pudique, avec une profondeur supplémentaire. Pour Hugo Gélin, les meilleures comédies possèdent un fond dramatique, à l’instar de la vie, teintée d’humour et de pleurs.

     

    Il pensait au film de Charlie Chaplin, The Kid, où l’homme éduque l’enfant comme il peut. « Également à La vie est belle de Roberto Benigni, pour cette façon de décider que la magie est plus forte que le réel. » Ses références comprenaient aussi Kramer vs. Kramer, sur fond de combat pour la garde de l’enfant. Avec le scénariste Mathieu Quillon, il a développé en trois mois les personnages, dont celui de Bernie, installant son héros dans le sud de la France et à Paris, puis déplaçant l’action à Londres, où père et fille déménagent, avec une maman inventée (mais la vraie reviendra se pointer pour le meilleur et pour le pire).

     

    Demain, tout commence repose beaucoup sur la relation entre Omar Sy et la petite Gloria Colston, qui se sont entendus comme larrons en foire sur le plateau. Hugo Gélin ne trouvait pas difficile de diriger Omar Sy : « Un acteur consciencieux, sérieux, qui s’intéresse à tous les autres personnages. » La chimie qui l’unissait à la jeune actrice jouant avec charme et aplomb sa fille à huit ans — son premier rôle à vie —, fut un don du ciel. L’acteur d’Intouchables la faisait rire entre les scènes, mais lui apprit à se concentrer quand la caméra tournait.

     

    Le personnage de Bernie, joué par Antoine Bertrand, tout en rondeur et en punch, élève la petite avec son copain, avec le côté « film de potes » déjà présent dans le précédent long métrage d’Hugo Gélin, Comme des frères. Prouvant que le cinéaste français a vraiment posé sa griffe sur ce remake d’une comédie mexicaine.

     

    Cet entretien a été effectué à l’invitation d’Unifrance.













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