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    Entre Hamlet et Maria Chapdelaine, les projets cinéma de Sébastien Pilote

    Sébastien Pilote espère adapter à son tour le roman de Louis Hémon

    20 mars 2017 | François Lévesque à Saguenay | Cinéma
    Le réalisateur Sébastien Pilote tournera «La disparition des lucioles» dans quelques mois.
    Photo: Elias Djemil Le réalisateur Sébastien Pilote tournera «La disparition des lucioles» dans quelques mois.

    Le cinéaste saguenéen Sébastien Pilote tournera cet été La disparition des lucioles. Si tout va bien, il espère enchaîner avec une adaptation de Maria Chapdelaine, qui magnifia jadis le Saguenay–Lac-Saint-Jean.


    On savait Sébastien Pilote accaparé par deux projets, mais il était jusqu’ici resté discret à leur sujet. Entre deux discussions cinéphiles au festival de court métrage Regard, qu’il cofonda autrefois, le cinéaste a accepté de se faire plus loquace. Ainsi, après son troisième film, La disparition des lucioles, qu’il tournera durant la belle saison, il aimerait porter à l’écran le roman Maria Chapdelaine. Le scénario est déjà écrit et c’est, si l’on en croit le principal intéressé, son meilleur à ce jour.

     

    D’abord, pour ce qui est de La disparition des lucioles, le film s’annonce comme un tournant pour le réalisateur.

     

    « C’est un virage à 180 degrés, confirme-t-il. Pour la première fois, je m’éloigne de mes personnages d’hommes en fin de carrière ou en fin de parcours, après Le vendeur et Le démantèlement, et j’épouse le point de vue d’une jeune fille qui, elle, est au commencement de tout. Elle a 17 ans et s’appelle Léonie, “Léo”. On suit ses relations avec trois hommes : son beau-père, un animateur de radio vedette influent qui s’apprête à se lancer en politique, son père exilé dans le Grand Nord et un guitariste d’une quarantaine d’années, un “métaleux” qui vit chez sa mère. Avec lui, elle développe une amitié teintée d’attirance ; c’est aussi un père de substitution. Elle est séduite par sa naïveté. Léo est une jeune qui en a marre d’être cynique. Elle aimerait voir la vie autrement qu’avec des yeux de serpent, comme elle se plaît à le dire. »

     

    Shakespeare toujours

     

    Il faut savoir que Léo déteste son beau-père. En effet, l’usine locale a été fermée alors que son père y était représentant syndical. Plusieurs mécontents, dont le beau-père, s’en sont servis comme bouc émissaire. On reconnaîtra, en filigrane, le thème cher au cinéaste des difficultés économiques vécues en région. « C’est une situation à la Hamlet ; c’est fort, classique. J’étais bloqué dans le scénario jusqu’à ce que je songe à la dynamique de la pièce de Shakespeare. »

     

    On se souviendra que le scénario de son précédent film, Le démantèlement, lorgnait quant à lui du côté du Roi Lear, de Shakespeare aussi, et du Père Goriot, cette trame-là inspirée par la précédente.

     

    « C’est quand même un film que je veux avec de l’humour, précise Sébastien Pilote. Fulgurant, généreux. C’est un film qui est conçu pour sonner comme une chanson populaire ; une bonne, bien écrite, bien tassée, et qui reste en tête. J’ai écrit des scènes qui seraient plaisantes à tourner et seraient prétexte à pousser des idées de mise en scène. Je reviens au Saguenay après que mes deux autres films ont été tournés au Lac-Saint-Jean. On sera essentiellement à La Baie, sur le bord du fjord. »

     

    La disparition des lucioles sera produit par Bernadette Payeur et Marc Daigle, avec Michel La Veaux à la photo, tous des complices de longue date. La distribution devrait réunir Pierre-Luc Brillant, François Papineau et Luc Picard. Pour incarner Léo, Sébastien Pilote a jeté son dévolu sur Karelle Tremblay, jeune comédienne qui monte, qui monte…

     

    « Elle sera pratiquement de chaque scène. Karelle est une actrice d’exception, j’en ai la conviction. Sa photogénie, son intuition… Elle a le potentiel de devenir une star. Elle est faite pour le cinéma. »

     

    Quatrième vie pour Chapdelaine?

     

    Après avoir filmé le majestueux fjord, Sébastien Pilote rentrera « à l’intérieur des terres » afin de tourner, si les dieux institutionnels sont de son bord, sa version de Maria Chapdelaine, déjà adaptée par Julien Duvivier, en 1934, par Marc Allégret, en 1950, puis par Gilles Carle, en 1984. Au début du XXe siècle, au Lac-Saint-Jean, Maria, fille de colons, fait rêver trois hommes : l’un est bûcheron et sans attache, l’autre habite « aux États », tandis que le troisième est lui aussi un colon. Pour ce projet historique se déployant sur quatre saisons, Sébastien Pilote collabore avec le producteur Pierre Even (C.R.A.Z.Y., Rebelle).

     

    « Le roman, autant que le film de Gilles Carle, est associé à des souvenirs de jeunesse marquants, comme Les Plouffe, dit-il. Envisager une autre adaptation, ça m’intimidait. Et puis il y a quelques années, on s’est loué un chalet au Lac-Saint-Jean et le seul livre qui traînait était Maria Chapdelaine. En le relisant, j’ai été stupéfait de constater à quel point c’est cinématographique — c’est pas pour rien qu’on l’a adapté trois fois.

     

    «Si Louis Hémon vivait de nos jours, poursuit Pilote, il serait scénariste. C’est un Français qui a décrit le Québec et les Québécois avec une acuité remarquable. Je reconnais dans le roman des oncles, des grands-pères… Il a compris le lieu et ses habitants ; nos traits de caractère, notre manière de voir les autres. Il y a par ailleurs une foule d’éléments qui n’ont jamais été retenus dans les adaptations, entre autres que Maria était une toute jeune fille, et non une femme. »

     

    Différente, la vision de Sébastien Pilote tient en outre compte de ce qu’il estime être un grand malentendu.

     

    « On est restés avec cette idée que c’est un roman conservateur qui parle de religion, de curés, alors que c’est venu plus tard, quand l’intrigue a été détournée. Louis Hémon était une espèce de Jack Kerouac avant l’heure ; il n’allait même pas à l’église. Ça parle davantage de superstition. Il y a aussi un certain snobisme intellectuel qui entoure le roman, une œuvre populaire qui a mis au monde les éditions Grasset. Affronter ce snobisme-là, c’est stimulant. »

     

    L’est également le fait de se mesurer à un personnage devenu mythique.

     

    « François Paradis, et le père de Maria, et sa mère surtout : ce sont des archétypes puissants. La mère est selon moi le personnage central, comme le poêle dans une maison : toujours l’alimenter afin qu’il ne meure pas… Et puis, aller tourner dans le bois, avec des animaux, dans les mouches, dans des conditions pas évidentes, c’est un défi, c’est Apocalypse Now. Ce bois-là, c’est chez nous. C’est le sable drainé par la rivière Péribonka depuis des milliers d’années. Saint-Ambroise, où je suis né, Sainte-Monique, Péribonka : c’est le même sol. Je le connais, tout comme je connais la végétation qui pousse dessus, intimement. J’ai passé mon enfance à l’explorer, cette forêt-là. C’est une adaptation que je serais fâché de voir quelqu’un d’autre tourner. »

     

    À ce compte-là, on le serait aussi.

     

    François Lévesque se trouvait à Saguenay à l’invitation du festival Regard.













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