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    Ces films de vos vies

    «Billy Elliot», de Stephen Daldry

    Une série où les lecteurs partagent un coup de coeur cinématographique

    6 mars 2017 |François Lévesque | Cinéma
    Affiche originale du film «Billy Elliot»
    Photo: Working Title Universal pictures Affiche originale du film «Billy Elliot»

    Vous êtes tombé dessus par hasard à la télévision. Surpris par la pluie, vous l’avez choisi par dépit au cinéma ou au club vidéo. À l’inverse, vous avez ardemment attendu sa sortie. Vous savez, ce film qui vous a marqué.


    Un film peut émouvoir, ébranler, chavirer, pour une foule de raisons. Toutefois, la réaction sera toujours plus viscérale si le sujet touche le spectateur à un niveau personnel, intime. Qui plus est lorsque le traitement apparaît authentique, honnête. Cette rencontre, cette communion, entre le cinéma et le cinéphile, est quelque chose de rare et précieux. Le lecteur Gilles Castonguay en fournit un bel exemple cette semaine avec son film coup de coeur, Billy Elliot.

     

    Sorti en 2000, le film se déroule en 1984, dans le nord de l’Angleterre, en pleine grève des mineurs, l’un des épisodes les plus infâmes de l’ère Thatcher. Le personnage du titre est un garçon de 11 ans qui, par hasard, se découvre une passion, et un don, pour le ballet. Entraîné de manière clandestine par Mrs Wilkinson, une professeure bourrue mais dévouée, Billy s’attire la sympathie de sa grand-mère un brin sénile, mais surtout la colère et l’embarras de son père et de son frère, tous deux mineurs.

     

    Courtisé par la fille de sa professeure ainsi que par un jeune voisin, Billy préfère la danse.

     

    Un film miroir

     

    « Comme la majorité des amateurs de films, j’ai plusieurs coups de coeur, mais le plus récent porte le titre de Billy Elliot, confie Gilles Castonguay. Je l’ai vu à la télévision à plusieurs reprises, sinon, chaque fois qu’il passait et repassait et que je prenais connaissance de sa programmation.

     

    Non seulement ce film m’a énormément plu, mais il m’a surtout profondément touché puisque, très jeune, je voulais moi aussi danser.

     

    Or en 1949, au Québec, à l’époque de mes 13 ans, le ballet était mal vu pour un garçon. Surtout par une mère trop catholique.

     

    Il m’a fallu attendre mes 17 ans pour — en cachette — suivre des cours de ballet à l’École Lacasse-Morenoff. Ayant un certain talent naturel, j’ai tout de même eu une carrière en danse. À 27 ans, j’ai par exemple fait partie de la troupe folklorique Feux-Follets.

     

    Dès 1966, j’ai enseigné à l’école des Grands Ballets Canadiens pour ensuite enseigner le ballet classique à l’École de la troupe Nouvelle aire où, pour un temps, par intérim, j’en ai été l’administrateur et codirecteur artistique.

     

    À 80 ans bien sonnés, mes maux de jambes et de dos sont les preuves d’une courte, mais très intensive carrière.

     

    Billy Elliot a eu plus de chance que moi. »

    Photo: Working Title Universal Pictures Billy Elliott et sa professeure de danse Mrs Wilkinson en pleine action
     

    Débuts prometteurs

     

    Difficile à croire, mais Billy Elliot était l’oeuvre, à l’époque, de néophytes du septième art. En effet, il s’agissait là du premier film réalisé par le — très respecté — metteur en scène de théâtre Stephen Daldry. Le scénario original du dramaturge Lee Hall était également son premier. Tous deux, à l’instar du film, reçurent des nominations aux Oscar.

     

    De résumer le New York Times en prenant pour exemple la séquence d’ouverture :

     

    « Dans les premières scènes, Billy, après avoir sauté partout dans sa chambre au rythme de Cosmic Dancer, de T. Rex, court dehors pour aller chercher sa grand-mère. Sur la colline en surplomb de leur lotissement de logements sociaux en brique rouge, presque hors du cadre, un groupe de policiers se rassemblent, armés de boucliers antiémeutes et de matraques. La police rôde aux abords du film, et le désespoir des mineurs se voit sur les visages du père de Billy et de son frère, Tony. »

     

    Majeur contre mineur

     

    En l’occurrence, le scénario de Lee Hall réunit dans un même récit deux enjeux qui sont en apparence aux antipodes : l’épanouissement par l’expression d’une forme d’art classique, et un conflit de travail inéquitable sur fond de lutte des classes. Après avoir été compromis par le second, le premier se réalise grâce à lui. De fait, après s’être vertement opposé aux desseins de son fils cadet, le père de Billy se ravise et l’aide à poursuivre son rêve avec le soutien — lire, la solidarité — des autres mineurs en grève. Et si « un des leurs » s’en sortait, se demandent-ils de concert, eux qui sont issus d’un milieu où l’on descend « dans le trou » de père en fils depuis des générations.

     

    Comme il le révèle en introduction de la version publiée de son scénario, c’est en écho à son propre cheminement, à sa propre jeunesse défavorisée, que Lee Hall eut recours à cette conjoncture dramaturgique particulière.

     

    « Le “Grand Art” était alors perçu par la majorité comme une connerie prétentieuse et dépassée — un symbole des pires caractéristiques des classes supérieures — tandis que, d’autre part, les formes d’art populaires qui parlaient à cette majorité étaient régulièrement jugées comme formellement simplistes, ou rejetées car sentimentales, comme si c’était une faute en soi. Il y avait des snobs des deux côtés. »

     

    Avec Billy Elliot, Lee Hall se proposait de raconter une histoire « populaire » qui parlerait de « Grand Art ».

     

    Déceler le potentiel

     

    Stephen Daldry, qui réalisa ensuite le magnifique Les heures, fut à l’évidence très inspiré par ce qu’il lut. En l’occurrence, tant le récit que la réalisation allient, en guise d’influences, deux parangons du cinéma britannique, à savoir un mélange de réalisme social impitoyable représenté par Ken Loach (Mon nom est Joe, Moi, Daniel Blake), et une vision poétisée d’un quotidien difficile dont Terence Davies (Distant Voices, Still Lives, The Long Day Closes ; sans VF) est le plus illustre tenant.

     

    Et c’est ainsi que Billy Elliot, future comédie musicale à succès sur les planches, prit son envol sur les écrans du monde et connut un triomphe critique et populaire complètement inattendu, quoique parfaitement mérité.

     

    « J’avais cru que le sujet serait trop terne pour un metteur en scène doté d’un tel flair visuel et d’un sens du spectacle aussi évident, explique encore Lee Hall. Mais Stephen a repéré un potentiel dans le scénario auquel j’étais aveugle. »

     

    Ce faisant, Stephen Daldry aura été pour Lee Hall, dans la vie, ce que Mrs Wilkinson est pour Billy dans le film : un découvreur de talent capable de changer le cours d’une existence.

     

     

    Manifestez-vous

     

    Quel est votre film coup de coeur ? Dans quel contexte l’avez-vous vu ? Pourquoi vous a-t-il plu à ce point ? La série durera tant qu’il y aura des films. En 250 mots environ, la parole est à vous à l’adresse cesfilms@ledevoir.com.

     













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