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    Ces films de vos vies

    «Vol au-dessus d’un nid de coucou», de Milos Forman

    Une série où les lecteurs partagent un coup de coeur cinématographique

    13 février 2017 |François Lévesque | Cinéma
    Affiche originale du film «Vol au-dessus d’un nid de coucou»
    Photo: United Artists et Warner Bros Affiche originale du film «Vol au-dessus d’un nid de coucou»

    Vous êtes tombé dessus par hasard à la télévision. Surpris par la pluie, vous l’avez choisi par dépit au cinéma ou au club vidéo. À l’inverse, vous avez ardemment attendu sa sortie. Vous savez, ce film qui vous a marqué.


    L’annonce récente selon laquelle Jack Nicholson tiendra le rôle-titre dans un remake américain du succès allemand Toni Erdmann a surpris tout le monde. Depuis des années, des rumeurs persistantes de maladie d’Alzheimer circulent. Le monstre sacré a lui-même fait état de pertes de mémoire et n’a pas tourné depuis sept ans. C’est là une bonne nouvelle, quoi qu’on pense du projet comme tel. Il n’est en l’occurrence guère étonnant que Nicholson ait été séduit par ce film, avec son personnage de père envahissant et excentrique, limite cinglé, qui tombe pile dans le registre de prédilection de l’acteur. Cela n’a jamais été aussi apparent que dans Vol au-dessus d’un nid de coucou, coup de coeur de Jean-François Laferté.

     

    Vol au-dessus d’un nid de coucou (V. F. de One Flew Over the Cuckoo’s Nest) relate le parcours tragicomique de Randle Patrick McMurphy, un criminel récidiviste qui, après quelques mois de détention dans une ferme pénitentiaire pour viol sur une personne mineure, est transféré dans un hôpital psychiatrique.

     

    C’est pour s’éviter les travaux forcés qu’il a feint la folie. Seulement voilà, ce rebelle invétéré a tôt fait de réaliser que la vie en institution n’est pas une sinécure.

     

    D’autant que, derrière son ton doucereux, l’infirmière en chef Mildred Ratched se révèle d’une intraitable dureté.

     

    Épuisé d’émotions

     

    « Nous avons à Terrebonne, en 1975, le cinéma Le Figaro tenu par Mme Aubin, se souvient Jean-François Laferté. Arrive en programmation Vol au-dessus d’un nid de coucou, de Milos Forman.

     

    C’est mon premier film majeur : j’ai 18 ans.

     

    J’entre dans la salle en ne sachant trop ce qui m’attend… Les lumières se tamisent, puis la présentation commence.

     

    L’atmosphère, le jeu de Jack Nicholson, du “Chef”, des patients, mais surtout de cette femme infâme : l’infirmière Ratched qui fait monter en moi une rage telle que je vais jusqu’à mimer la scène où McMurphy tente de l’étrangler.

     

    Je suis en sueur…

     

    Je souris aux patients sur le bateau, lors de la scène de la fugue.

     

    Je sors de la projection épuisé d’émotions.

     

    Le film m’a gagné. »

     

    Une figure ambiguë

     

    Aussi attachant soit-il, McMurphy n’est pas un enfant de choeur. Conscient de cela, Milos Forman confia à Tim Cahill, de Rolling Stone, pendant le tournage :

     

    « McMurphy est-il fou ? Je ne veux pas le savoir. Est-ce un héros ? Je l’ignore également. Un héros moderne, c’est très ambigu. »

     

    Avec le recul, McMurphy s’impose plutôt comme un antihéros typique de la contre-culture américaine ayant eu cours du début des années 1960 jusqu’au milieu des années 1970. Comme Paul Newman en prisonnier dans Luke la main froide (Cool Hand Luke, 1967), son charisme lui gagne l’admiration de ses « codétenus » qui le suivent, un temps, dans une révolte avortée.

     

    Car l’autorité en place est implacable.

     

    Ainsi McMurphy se consume-t-il, comme Luke avant lui, après avoir brillé trop intensément. Mais le combat des deux personnages n’aura pas été vain : à la fin du film de Stuart Rosenberg, Dragline (George Kennedy) mythifie son ami Luke dans un ultime rejet de la réalité, tandis qu’à l’issue de celui de Milos Forman, le « Chef », ce grand Muscogee mutique (Will Sampson), « libère » McMurphy puis s’enfuit.

     

    Cette soif nouvelle de liberté, c’est à McMurphy qu’il la doit, à l’instar de l’indomptabilité que Dragline a héritée de Luke.

     

    Une « méchante » mémorable

     

    L’impact de McMurphy ne serait pas le même sans Ratched. Meilleur est le méchant, meilleur sera le film, soutenait Hitchcock. Ce qui est formidable avec la composition de Louise Fletcher, c’est sa retenue. Comme le relève Peter Kimpton dans The Guardian :

     

    « Louise Fletcher […] parvient à exprimer tout un éventail d’émotions malgré le fait que son visage demeure complètement immobile. Il n’y a rien d’unidimensionnel dans sa froideur calculée. Elle est mue par un code moral illusoire — à savoir qu’elle agit pour le bien de ses patients. »

     

    Dans son « Palmarès des méchants », la même publication renchérit :

     

    « La glaciale infirmière Ratched est une personnification enrageante de l’institution qu’elle représente — sincèrement convaincue qu’elle n’est cruelle que par bonté. »

     

    Contre toute attente

     

    Vol au-dessus d’un nid de coucou connut un énorme succès critique et populaire en 1975, remportant sept Oscar, dont Meilleur film, Meilleure réalisation, Meilleur scénario adapté, et Meilleures interprétations féminine et masculine. Pourtant, le film faillit ne pas voir le jour.

     

    Kirk Douglas acheta les droits du roman de Ken Kesey à sa parution, en 1962, dans le but de tenir la vedette de l’adaptation. En dépit de la popularité de la star, aucun studio ne se montra intéressé.

     

    Séduit par l’anticonformisme d’Au feu, les pompiers !, un film tchèque vu à Cannes en 1968, Douglas promit à son jeune réalisateur, Milos Forman, de lui envoyer le roman. Ce qu’il fit. Or, le colis fut confisqué aux douanes et Forman crut à une promesse brisée. Sans nouvelle, Douglas fut quant à lui vexé par ce qu’il interpréta comme une fin de non-recevoir.

     

    Se jugeant alors trop vieux pour le rôle, l’acteur renonça au projet. C’est son fils Michael Douglas qui mit au jour le malentendu en recontactant Forman lorsqu’il décida de produire lui-même le film.

     

    Rebelle, rebelle

     

    Pour le compte, Milos Forman était alors lui-même un rebelle : c’est ce qui le força à l’exil. De fait, après le Printemps de Prague, la répression soviétique s’accordait mal avec les accents iconoclastes de ses premiers films.

     

    En 2003, dans son retour sur Vol au-dessus d’un nid de coucou pour sa série « Grands films », Roger Ebert écrivit à propos de Forman :

     

    « Il voit sa terre d’adoption dans ses meilleures traditions anticonformistes et étrangères, à un moment où la conformité est la nouvelle croyance. Son McMurphy triomphe et prévaut en tant que personnage, en dépit des imperfections du film, parce qu’il représente cet esprit purificateur qui vient de temps en temps nous raviver. »

     

     

    Manifestez-vous

     

    Quel est votre film coup de coeur ? Dans quel contexte l’avez-vous vu ? Pourquoi vous a-t-il plu à ce point ? La série durera tant qu’il y aura des films. En 250 mots environ, la parole est à vous à l’adresse cesfilms@ledevoir.com.

     













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