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    Controverse

    L’équipe de «Ceux qui font les révolutions...» essuie vandalisme et intimidation

    Le distributeur a envisagé de porter plainte à la police, mais y a renoncé pour l'instant

    9 février 2017 |François Lévesque | Cinéma
    Le film de Mathieu Denis et Simon Lavoie a soulevé l’ire d’anciens acteurs du printemps 2012.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le film de Mathieu Denis et Simon Lavoie a soulevé l’ire d’anciens acteurs du printemps 2012.

    « Je n’ai jamais vu ça dans toute l’histoire du cinéma québécois ! » La déclaration émane de Louis Dussault, dont la société K-Films Amérique distribue le long métrage Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau, plongé en pleine tourmente depuis sa sortie le 3 février. En effet, malgré un accueil critique positif, le film de Mathieu Denis et Simon Lavoie a soulevé l’ire d’anciens acteurs du Printemps érable, qui ont pris la plume pour le dénoncer. Sans que ceci soit forcément relié à cela, les artisans du film ont par ailleurs fait l’objet d’intimidation et des affiches ont été vandalisées. On ignore qui est derrière cette cabale.

     

    Pour mémoire, cette chronique politique conte le quotidien, et revisite le passé, de quatre jeunes révolutionnaires dont l’idéalisme vire au fanatisme après qu’ils eurent décidé de vivre en retrait d’un monde qu’ils désirent pourtant changer.

     

    « Quand elles n’ont pas été arrachées, des inscriptions haineuses ont été écrites sur les affiches du film dans Hochelaga autant que dans Rosemont ou sur le Plateau ; ça n’est pas circonscrit à un quartier. Notre réseau Facebook a été infiltré ; on a eu du sabotage, du harcèlement. On remet en question le droit d’exister du film : c’est stalinien comme attitude », explique Louis Dussault, qui a envisagé de porter plainte à la police, mais y a renoncé pour l’instant.

     

    S’il n’a jamais rien vu de tel dans le cinéma québécois, le distributeur dresse toutefois un parallèle avec un film français fort controversé en son temps. « Quand La maman et la putain est sorti en 1973, tous les soixante-huitards ont dénoncé un film qui trahissait les idéaux de Mai 68. On évoquait une dérive de la droite. Ils n’avaient pas de recul et ont pris le film pour une tentative d’illustration de Mai 68 alors que ce n’était pas ça. De la même manière, le film de Mathieu et Simon n’est une illustration ni du Printemps érable ni du vécu de ceux qui l’ont fait. »

    Un malentendu ?

     

    Selon le distributeur, l’affaire tient du malentendu. Impression partagée par Mathieu Denis, coauteur du film avec Simon Lavoie.

     

    « Simon et moi, nous nous surprenions que le Printemps érable soit si vite disparu de la sphère publique ; qu’il ait été si vite occulté des débats publics. Nous avons donc voulu ramener certains questionnements soulevés à l’époque. En ce moment, il y a un groupe de personnes qui s’attaque à l’existence même du film, qui nous reproche de ne pas avoir reproduit fidèlement ce qu’a été l’expérience du Printemps érable de l’intérieur. Mais ce n’est pas du tout ce que nous prétendions faire. Notre film ne se passe pas en 2012 ; il n’est pas un compte rendu de ce qui s’est produit alors et il ne met pas en scène des personnes réelles. L’action se déroule aujourd’hui, avec des personnages fictifs qui tentent de rester engagés dans la durée tout en faisant face à des questionnements difficiles : comment se battre ? Et contre qui ? Pour moi, ces questionnements-là, oui, font écho à la lutte étudiante de 2012, mais ils résonnent de manière universelle au présent. En tant que société, en tant que collectivité, on doit tous se débattre avec cette problématique. Nous sommes plusieurs à craindre que notre société soit en train de foncer dans un mur, mais nous ne détenons pas la solution. S’attaquer de la sorte au film, c’est se tromper de cible. »

     

    Fédérateur néanmoins

     

    Invité à commenter l’affaire, le co-porte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) durant la grève étudiante de 2012, Gabriel Nadeau-Dubois, a avoué n’avoir prévu voir le film que le lendemain, tout en précisant du même souffle : « Depuis 2012, j’ai rarement vu autant de militants, qui proviennent de toutes sortes de tendances à l’intérieur du mouvement étudiant, être autant d’accord sur quelque chose. Des plus modérés au plus radicaux, les réactions sont unanimement négatives

     

    Pour autant, Mathieu Denis reste philosophe. « Dans la frange la plus furieuse, épidermique, de la réponse à notre film, je perçois ironiquement une ressemblance avec nos personnages qui portent en eux une fougue évidente, mais aussi une part d’amertume, ainsi qu’une colère qu’ils ne savent pas comment canaliser. Dans le cas présent, on dirait qu’il y a des gens qui ont canalisé leur colère contre notre film. Je ne suis pas prêt à dire que c’est mauvais, en cela qu’il y a de nouveau une prise de parole. On rediscute de l’héritage du Printemps érable… Même si c’est douloureux de subir certains commentaires, j’y vois du positif », conclut le coréalisateur qui, pour l’anecdote, arrivait d’une rencontre avec des étudiants en cinéma de l’UQAM au moment de rappeler Le Devoir.

     

    Lauréat du prix du meilleur long métrage canadien au Festival international du film de Toronto, Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau sera présenté ces jours-ci au Festival international du film de Berlin dans la section « Generation », consacrée à la jeunesse.













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