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    Ces films de vos vies

    «Fahrenheit 451», de François Truffaut

    Une série où les lecteurs partagent un coup de coeur cinématographique

    6 février 2017 |François Lévesque | Cinéma
    Affiche originale de «Fahrenheit 451», de François Truffaut
    Photo: Universal Pictures Affiche originale de «Fahrenheit 451», de François Truffaut

    Vous êtes tombé dessus par hasard à la télévision. Surpris par la pluie, vous l’avez choisi par dépit au cinéma ou au club vidéo. À l’inverse, vous avez ardemment attendu sa sortie. Vous savez, ce film qui vous a marqué.


    L’une des premières consignes de Donald Trump à titre de président des États-Unis a été de retirer du site de la Maison-Blanche la page consacrée aux changements climatiques. Cela, accompagné de mesures bâillons visant les agences scientifiques. Bref, c’est pour la censure qu’a d’office opté le nouveau gouvernement. Puis, sont venus les fameux « faits alternatifs », et tout à coup, la science-fiction du roman 1984 est apparue bien réelle. Sachant cela, on peut craindre que le propos d’un autre classique du genre devienne prophétique : Fahrenheit 451, de Ray Bradbury, qui se déroule dans un monde où la lecture, et donc le savoir, est interdite. François Truffaut en tira autrefois un film. C’est le coup de coeur de deux lecteurs : Brian Melanson et Louis-Philippe Lamy.

     

    Le futur proche

     

    Créée par un régime totalitaire, l’escouade des sapeurspompiers est chargée de débusquer et de brûler les livres (qui s’enflamment à 451 degrés Fahrenheit). Guy Montag (Oskar Werner) est l’un d’eux, et il n’a jamais remis en question ce mandat. Or voilà qu’un jour, une jeune institutrice, Clarisse (Julie Christie), lui demande s’il a déjà osé lire ne serait-ce qu’un seul roman avant de le réduire en cendres.

     

    Ébranlé, Guy se met à lire en cachette, au grand dam de son épouse Linda (Christie également), qui y voit une menace à leur ascension sociale.

     

    Éveiller la conscience
     

    « Je revois parfois Fahrenheit 451, confie Brian Melanson. C’est un film qui décrit la liberté que confèrent la littérature, la poésie et le théâtre, lorsque les totalitarismes de toutes sortes enchaînent le monde. Aujourd’hui, l’économisme triomphant joue ce rôle de domination, d’exploitation et d’asservissement des masses et des institutions les plus légitimes.

     

    Le film a éveillé ma conscience sur tout ce qui mine l’expression des idées, et sur les actions qui enferment la civilisation dans un cul-de-sac abrutissant. Pourrons-nous un jour chasser l’emprise de l’argent et du pouvoir pour accéder, tous, à la liberté de la parole et de l’écrit ? »

     

    « Le film Fahrenheit 451 m’a toujours beaucoup touché, explique pour sa part Louis-Philippe Lamy, un amoureux des livres. On y voit toute l’importance de l’image qui remplace l’écrit : la première scène, avec les antennes de télévision, les téléviseurs à écrans suspendus aux murs [eh oui !] diffusant des émissions interactives dignes de Big Brother… La dureté et le sens du devoir des pompiers chargés de brûler les livres s’opposant à la douceur des “gens du livre” luttant à leur manière pour ne pas voir un patrimoine littéraire anéanti : c’est le Bien contre le Mal, selon le côté d’où on se situe.

     

    Deux scènes me reviennent toujours en mémoire tant elles sont puissantes : la dame qui préfère brûler au milieu de ses livres et la scène finale où des hommes et des femmes marchent dans la nature sous la neige, récitant l’oeuvre qu’ils ont apprise par coeur. Sur le point de mourir, un vieil homme transmet alors la sienne à un jeune garçon, qui la récite. »
     

    Photo: Télé-Québec L’escouade des sapeurs-pompiers est chargée de débusquer et de brûler les livres dans le film «Fahrenheit 451».
     

    Livres vivants

     

    Malgré la présence au générique de la star britannique Julie Christie (Le docteur Jivago) et de son acteur de Jules et Jim Oskar Werner, François Truffaut estimait que ces derniers n’étaient pas les véritables vedettes de son film.

     

    Dans son autobiographie Truffaut par Truffaut, il précise : « Nous étions vraiment dans un film où les personnages principaux sont les livres. […] Mon travail consistait à essayer d’émouvoir avec ces brûlages de livres comme s’il s’agissait d’animaux martyrisés ou même de gens. Donc tout le travail était d’animer le plus possible, de rendre vivants ces livres avant de les faire mourir. Alors on a passé beaucoup de temps là-dessus, pour montrer les pages qui se tordent, se recroquevillent, qui noircissent. Et on s’est aperçu que c’est d’ailleurs très difficile de brûler des livres. Certains opposaient une très grande résistance… »

     

    Expérience en demi-teinte

     

    Dans le même ouvrage, Truffaut note qu’il s’est agi là de son expérience professionnelle la plus frustrante, d’abord à cause de diverses interférences du studio Universal, ensuite à cause de l’attitude d’Oskar Werner : « On ne se parlait plus à la fin du film. »

     

    À l’inverse, il n’a que de bons mots pour Julie Christie : « Julie Christie était épatante, aussi facile à travailler que Jeanne Moreau ou Françoise Dorléac ; comme elles, faisant confiance, ne chipotant jamais et ne posant jamais de questions abstraites, du genre : “Que ressent-elle quand elle dit patati, patata… ?” Dans le rôle de Linda, je la filmais généralement de profil, réservant la face pour le rôle de Clarisse. Son profil était justement très beau, à la manière d’un dessin de Cocteau ; le nez droit fantastique et la lèvre supérieure très ourlée. Ce métier, qui décidément ne convient qu’à un homme sur dix, va comme un gant à neuf femmes sur dix. »
     

    Photo: Universal Pictures François Truffaut dirigeant Julie Christie
     

    Triste ironie

     

    Lorsque le roman de Ray Bradbury fut publié en 1953, les États-Unis étaient en plein maccarthysme. « J’ai écrit ce roman il y a quatre ans, à un moment où je m’inquiétais de la manière dont allaient les choses dans ce pays. Trop de gens avaient peur de leur ombre ; la menace de brûler des livres planait. Plusieurs ouvrages étaient retirés des tablettes à l’époque. Évidemment, les choses ont beaucoup changé en quatre ans. Les choses vont de nouveau dans une direction très saine », concluait l’auteur dans une entrevue radiophonique de 1956.

     

    Il ignorait alors qu’en 1967, son éditeur préparerait une version expurgée de son roman pour les écoles. Laquelle y circula jusqu’en 1980, année où l’écrivain obtint qu’on s’en tienne à l’oeuvre originale.

     

    Enfin, pas plus tard qu’en 2006, des parents du Texas ont exigé que l’on retire Fahrenheit 451 de l’école de leur fille. Trop choquant.

     

    Ironique, quand on pense que Ray Bradbury n’a toujours eu qu’un seul but : « prévenir l’avenir, et non le prédire ». Des paroles qui résonnent tristement dans le contexte politique actuel.

     

    Manifestez-vous

     

    Quel est votre film coup de coeur ? Dans quel contexte l’avez-vous vu ? Pourquoi vous a-t-il plu à ce point ? La série durera tant qu’il y aura des films. En 250 mots environ, la parole est à vous à l’adresse cesfilms@ledevoir.com.

     













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