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    L’amour jusqu’au dernier souffle

    Le cinéaste Fernand Dansereau s’intéresse à l’érotisme et au passage du temps

    4 février 2017 |Caroline Montpetit | Cinéma
    Le couple de soixantenaires formé de la comédienne Louise Portal et de Jacques Hébert raconte notamment comment Portal apprivoise les transformations de son corps de femme.
    Photo: L'atelier distribution films Le couple de soixantenaires formé de la comédienne Louise Portal et de Jacques Hébert raconte notamment comment Portal apprivoise les transformations de son corps de femme.

    Le vieil âge nous attend tous, patient, au coin des décennies. À défaut d’y posséder la jeunesse, on peut rêver d’y égrener les moments de félicité, voire d’extase, qui font que la vie vaut la peine d’être vécue. L’érotisme en fait partie.

     

    Depuis des années, le cinéaste Fernand Dansereau s’intéresse à la nécessité de bien vieillir. Son dernier film, L’érotisme et le vieil âge, pousse encore plus loin sa recherche et entame l’un de nos derniers tabous. On y rencontre des couples et des célibataires de différents âges qui acceptent généreusement de s’ouvrir à la caméra sur leur vie érotique.

     

    En entrevue, Fernand Dansereau dit avoir d’abord et avant tout voulu répondre à la question « Est-il possible d’avoir une vie érotique à un âge avancé ? ».

     

    La réponse est claire : oui, cela est possible. « Ça ne veut pas dire que tout le monde en a une, ni que tout le monde doit en avoir une », précise-t-il en entrevue.

     

    Les chiffres présentés dans le film à ce sujet sont d’ailleurs éloquents. On y apprend par exemple que 17 % des personnes âgées de 94 ans et plus ont des rapports sexuels une fois par semaine. Rien de moins !

     

    Entre 60 et 69 ans, 79 % des hommes et 65 % des femmes maintiennent un intérêt pour la sexualité. Entre 70 et 79 ans, cette proportion est de 64 % pour les hommes et de 37 % pour les femmes. 85 % des couples âgés ont une vie sexuelle. Entre 60 et 69 ans, 42 % des hommes et 23 % des femmes ont une relation sexuelle hebdomadaire. De 70 à 80 ans, cette proportion descend à 26 % pour les hommes et à 24 % pour les femmes.

     

    Rituels

    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le cinéaste Fernand Dansereau
     

    On rencontre donc dans le film des gens de situations différentes : le couple de soixantenaires formé de la comédienne Louise Portal et de Jacques Hébert raconte notamment comment Portal apprivoise les transformations de son corps de femme. On rencontre également le couple des Senecal, dont la femme, lourdement malade, vit dans un établissement spécialisé, et que son mari protège et accompagne du mieux qu’il peut. Pas d’érotisme entre eux, ont-ils conclu d’un commun accord, mais quelques baisers tendres dans le cou, au coucher.

     

    On rencontre aussi le cinéaste Jean Beaudin, qui raconte les derniers jours de sa défunte conjointe, la comédienne Domini Blythe. À cette époque, raconte-t-il, la sensualité s’exprimait entre autres par les massages quotidiens, le rituel de la douche prise à deux parce que l’un est trop faible pour se supporter lui-même, jusqu’au souffle ultime. Selon Jean Beaudin, Domini Blythe aurait alors dit qu’elle vivait les plus beaux moments de sa vie.

    « Ma plus grande peur, c’est de me faire dire que j’ai fait un film qui voit l’érotisme et le vieil âge avec des lunettes roses », dit Fernand Dansereau.

     

    À 88 ans, le cinéaste raconte avoir d’abord eu l’intention de tourner un film sur la vie citoyenne des personnes âgées. Devant l’indifférence du milieu envers son projet, il s’est dit : « OK, d’abord, je vais les prendre par le sexe. » Il dit notamment craindre que des gens du public, qui sont dans l’impossibilité de vivre l’érotisme soit à cause de graves problèmes physiques, soit à cause de graves problèmes de couple, se sentent anormaux.

     

    Libertés

     

    L’une des participantes du film aborde le sujet directement et dit être frustrée par le discours ambiant de pseudo-experts qui prétendent que la vie sexuelle se poursuit plus ou moins sans changement toute la vie.

     

    Ce sont des mensonges, dit-elle. Les performances érotiques se modifient avec l’âge et, par chance, l’appétit change en conséquence. Elle est elle-même en couple avec un grand pneumonique qui ne peut pas, physiquement, atteindre l’orgasme par la pénétration. Le couple pratique donc la masturbation, comme d’autres célibataires qui disent d’ailleurs avoir apprivoisé cette pratique sur le tard.

    Photo: L'atelier distribution films Jean Beaudin témoigne dans le documentaire de Fernand Dansereau.
     

    Fernand Dansereau a été impressionné par la liberté avec laquelle les participants à son film ont accepté de parler de sexe devant la caméra, eux qui font partie d’une génération qui a grandi à l’ombre du clocher des églises.

     

    À cet égard, Janette Bertrand ajoute un éclairage intéressant sur l’érotisme. Autrefois, raconte-t-elle, la peur de la grossesse prématurée faisait en sorte que les jeunes couples se caressaient pendant des heures, partout sur le corps, mais sans pénétration. Avec comme conséquence que toutes les parties du corps devenaient potentiellement très érogènes.

     

    Pour réinventer l’érotisme, il faut donc oublier les formules toutes faites et, rappelons-le, factices, suggérées entre autres par la pornographie. Les participants déplorent aussi que les seuls modèles de sexualité valides soient ceux véhiculés par les jeunes.

     

    Dans le film, on parle de volupté, d’éloge de la lenteur, voire de spiritualité. Les êtres humains naissent par la sexualité et meurent avec elle aussi. Pour peu que l’on s’y attarde, elle nous accompagne jusqu’au bout.













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