Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Ces films de vos vies

    «Julia», de Fred Zinnemann

    Une série où les lecteurs partagent un coup de coeur cinématographique

    30 janvier 2017 |François Lévesque | Cinéma
    L’affiche originale du film «Julia», de Fred Zinneman, créée par l’artiste Amsel
    Photo: 20th Century Fox L’affiche originale du film «Julia», de Fred Zinneman, créée par l’artiste Amsel

    Vous êtes tombé dessus par hasard à la télévision. Surpris par la pluie, vous l’avez choisi par dépit au cinéma ou au club vidéo. À l’inverse, vous avez ardemment attendu sa sortie. Vous savez, ce film qui vous a marqué.


    La Marche des femmes du 21 janvier 2017 aura débouché sur un constat doux-amer. D’une part, ce mouvement mondial est venu rappeler la capacité de solidarité dont les femmes sont capables. Voilà pour la « douceur ». D’autre part, la nécessité de se rassembler découlait du fait que, hélas, non seulement la lutte pour l’égalité n’est pas terminée, mais il appert au surplus qu’aucune avancée n’est acquise. Voilà pour l’amertume. Dans ce contexte de mobilisation qui se poursuit, il fait bon revisiter le film Julia, une histoire d’amitié au long cours entre deux femmes de convictions. C’est le coup de coeur de Monick Coupal.

     

    Sorti en 1977 et basé sur un chapitre des Mémoires de la dramaturge américaine Lillian Hellman intitulés Pentimento, Julia conte, avec force ellipses, les grandes étapes de l’amitié qui l’unit des années 1910 aux années 1940 à « Julia », pseudonyme d’une riche héritière en porte-à-faux avec les valeurs de son temps.

     

    Partie étudier la médecine en Europe, Julia (Vanessa Redgrave) intègre un mouvement clandestin antinazi. Pendant ce temps, aux États-Unis, Lilly (Jane Fonda) tente de percer au théâtre et entretient une liaison explosive avec Dashiell Hammett (Jason Robards), auteur du roman Le faucon maltais.

     

    Courage et révolte

     

    « Je devais avoir 20 ans lorsque j’ai vu Julia. Wow ! Pour la première fois, je voyais au cinéma une histoire d’amitié entre deux femmes engagées, intelligentes et belles ! Deux féministes avant l’heure.

     

    Vanessa Redgrave est lumineuse dans la peau de Julia, une militante de gauche issue d’une richissime famille juive de New York. Lilly, sa meilleure amie, juive elle aussi, révoltée mais plus fragile, est magnifiquement interprétée par Jane Fonda.

     

    De savoureux flash-back nous ramènent à l’adolescence des deux personnages à différents moments forts du film. Julia va étudier la médecine à Oxford puis à l’Université de Vienne, où elle s’engage dans la résistance… Lilly devient une dramaturge américaine riche et célèbre.

     

    Le nazisme gagne du terrain en Europe, ce qui amène Lilly, en visite, à relever le défi de sa vie : transporter en secret, à la demande de son amie, 50 000 dollars afin d’aider la résistance.

     

    La tension est à son comble dans les scènes se déroulant dans le train Paris-Berlin, puis dans la séquence du café Albert, à Berlin, où Julia et Lilly se retrouvent enfin. Elles se prennent la main, échangent regards et confidences, mais doivent se quitter abruptement, car elles sont surveillées.

     

    Cette scène est bouleversante, et c’est toujours là que je me mets à pleurer…

     

    J’ai vu Julia à maintes reprises. Chaque fois, ce film de courage, de révolte et de peine, me chavire.

     

    Et chaque fois, il me rappelle à quel point mes amies sont importantes dans ma vie. »

     

    De la dynamite

     

    Malgré un accueil critique mitigé, Julia reçut pas moins de 11 nominations aux Oscar, remportant celui du meilleur scénario adapté, ainsi que ceux des meilleures interprétations de soutien féminine (Vanessa Redgrave) et masculine (Jason Robards). Parmi les recensions positives, on trouve celle de Variety :

     

    « La chaleur et l’innocente intimité de la relation entre les deux femmes durant l’enfance offrent une fondation solide pour la tragédie subséquente, lorsque leurs existences divergent. L’environnement d’époque, brillamment recréé par la direction artistique, les costumes et le travail de coloration, complètent les performances de haut vol et la réalisation. Jane Fonda et Vanessa Redgrave, ni l’une ni l’autre fleur bleue dans la vraie vie, sont de la dynamite ensemble. »

     

    Cette dernière image est en effet très juste : on n’a qu’à penser au militantisme de Fonda contre la guerre du Viêt Nam, ou encore au fameux discours de Vanessa Redgrave aux Oscar de 1978 au sujet des « voyous sionistes ».

     

    Une controverse

     

    Ironie du sort, en marge de cette inspirante histoire d’amitié entre deux femmes, on en trouve une d’inimitié entre deux autres : Lillian Hellman et Mary McCarthy, elle aussi féministe de gauche et auteure à succès (Le groupe).

     

    Notoire, leur haine mutuelle se trouva exacerbée par le succès du film. En entrevue au Dick Cavett Show en 1980, McCarthy accusa Hellman de mensonge compulsif dans sa vie en général et dans ses Mémoires en particulier. De fait, plusieurs voix se sont élevées au fil du temps pour contester la véracité des faits relatés dans Pentimento et Julia.

     

    S’ensuivit un procès en diffamation qui avait toujours cours lorsque Lillian Hellman mourut en 1984.

     

    À noter que cet antagonisme forcené inspira une pièce à Nora Ephron, Imaginary Friends, dans laquelle McCarthy accuse Hellman de présenter la fiction comme des faits, face à une Hellman qui lui reproche de dépeindre les faits comme de la fiction.

     

    Vérité émotionnelle

     

    Dans son ouvrage Hellman in Hollywood, Bernard F. Dick résume ainsi la situation : « Tout ce que nous savons de Julia est ce que Hellman nous en a dit. Julia était son amie d’enfance et elle ne révélerait jamais son nom. Son père était un millionnaire de Detroit, son oncle, un gouverneur. Julia a été élevée par ses grands-parents, qui étaient plus intéressés par sa fortune que par elle. Elle a eu une enfance fabuleuse : étés dans les Adirondacks, voyages à Rome et au Caire. Sa vie a été courte ; elle devait être au début de la trentaine lorsqu’elle a été tuée par les nazis. Le reste n’est que conjecture. »

     

    À cet égard, on peut se demander s’il est judicieux d’espérer une leçon d’histoire de la part d’une oeuvre artistique. En cela, le film de Zinnemann vaut d’abord pour son récit, qui oppose la nature épique du combat de Julia à celle, intimiste, de sa relation avec Lilly.

     

    Il s’agit d’une ode à l’amitié, et non d’un drame historique.

     

    Au fond, c’est sans doute Jane Fonda qui avait raison tout du long. En entrevue avec Rolling Stone, en 1978, elle confia à propos de Julia que ce film « emmène les gens en voyage » et qu’il convie les gens à « une expérience émotionnelle profonde. »

     

    Pour l’anecdote, Jane Fonda était de celles qui ont marché le 21 janvier.

     

     

    Manifestez-vous

     

    Quel est votre film coup de coeur ? Dans quel contexte l’avez-vous vu ? Pourquoi vous a-t-il plu à ce point ? La série durera tant qu’il y aura des films. En 250 mots environ, la parole est à vous à l’adresse cesfilms@ledevoir.com.

     

    Manifestez-vous












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.