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    Ces films de vos vies

    «Apocalypse Now», de Francis Ford Coppola

    Une série où les lecteurs partagent un coup de coeur cinématographique

    23 janvier 2017 |François Lévesque | Cinéma
    L’affiche originale du film «Apocalypse Now», sorti en 1979
    Photo: United Artists / American Zoetrope L’affiche originale du film «Apocalypse Now», sorti en 1979

    Vous êtes tombé dessus par hasard à la télévision. Surpris par la pluie, vous l’avez choisi par dépit au cinéma ou au club vidéo. À l’inverse, vous avez ardemment attendu sa sortie. Vous savez, ce film qui vous a marqué.


    Au cinéma, il arrive qu’un cinéaste en vienne à se substituer à son sujet, inconsciemment. Le phénomène n’est jamais aussi manifeste que lorsqu’un projet éléphantesque échappe à son créateur qui, invariablement, se met à capter sur la pellicule sa propre mégalomanie. L’exemple le plus probant demeure sans doute Apocalypse Now, dont Francis Ford Coppola faillit ne pas se remettre — physiquement et psychologiquement. Il s’agit du coup de coeur du chroniqueur automobile Philippe Laguë.

     

    Sorti en 1979 mais campé quelques années plus tôt durant la guerre du Vietnam, Apocalypse Now (ayant pour titre C’est l’apocalypse au Québec seulement) conte l’odyssée hallucinée du capitaine Willard (Martin Sheen), que les services secrets américains ont chargé de localiser et d’exécuter le colonel Kurtz (Marlon Brando), dieu autoproclamé d’un groupe d’indigènes sanguinaires.

     

    Remontant la rivière qui le mènera jusqu’à l’antre de la bête, Willard succombe lui-même à une forme de complexe messianique.

     

    Expérience multisensorielle

     

    « C’est un professeur du Collège de Montréal, aussi responsable de la radio étudiante, qui nous avait mis sur la piste en nous parlant d’un film sur la guerre du Viet Nâm qui s’ouvrait avec une pièce des Doors et dans lequel on voyait un G.I. faisant du ski nautique sur l’air de Satisfaction

     

    Du rock dans un film, ce n’était pas très courant à l’époque, encore moins dans un film de guerre, genre qui était moins mon truc. Ce sont les Doors et les Stones qui m’ont convaincu d’y aller.

     

    Je ne le savais pas encore, mais en m’installant dans la salle du défunt cinéma York, rue Sainte-Catherine, pour aller voir Apocalypse Now, j’allais vivre un des moments marquants de ma vie. Une expérience multisensorielle, avec une trame sonore inoubliable, bien sûr, mais aussi une réalisation et une photographie exceptionnelles. Et une atmosphère dé-men-tielle !

    Photo: United Artists / American Zoetrope Parfois proche du délire, Francis Ford Coppola perdit de son côté près de 90 livres et engloutit toute sa fortune dans le film.
     

    Parce que c’est bien de ça qu’il s’agit : Apocalypse Now n’est pas un film de guerre, mais un film sur la folie. Celle de la guerre et de ceux qui la font. Celle de Kurtz, mais aussi celle de Willard et de ceux qui l’accompagnent. Car personne ne reviendra indemne de cette mission. D’autres films montrent l’absurdité de cette guerre pas comme les autres, sur fond de drogues et de rock’n’roll. Mais aucun ne montre autant la folie — ou ne s’y étend — que cette oeuvre titanesque. Pas étonnant quand on sait que le tournage fut, lui aussi, dantesque, et que Coppola flirta, lui aussi, avec la folie.

     

    C’est le film que j’ai revu le plus souvent. Et toujours au cinéma. Parce qu’il n’y a qu’un écran géant qui peut rendre justice à ce film géant. »

     

    Influences multiples

     

    À la base du scénario de John Milius, auquel collabora Francis Ford Coppola, se trouve la nouvelle de Joseph Conrad Au coeur des ténèbres, publiée en 1899, et qui relate le périple fluvial d’un officier britannique chargé de retrouver un collecteur d’ivoire mystérieux. Les coscénaristes se sont aussi inspirés du film Aguirre, la colère de Dieu, de Werner Herzog (autre maestro aux tendances mégalomanes), sur une quête d’Eldorado désastreuse. Le personnage de Kurtz a en outre été nourri par des recherches sur le leader mongol Gengis Khan.

     

    Longtemps en gestation, le scénario comptait à un moment plus de 1000 pages. De son propre aveu, Coppola désirait tourner davantage qu’un film de guerre.

     

    Il voulait tourner LE film de guerre.

     

    C’est dire qu’avant même le début du tournage, il était déjà déterminé à mener un combat cinématographique. Il ignorait alors qu’il devrait aussi se battre contre les éléments, contre les limitations techniques…

     

    Et contre le sort.

     

    Au bord du gouffre

     

    Après avoir reçu l’accord du dictateur Ferdinand Marcos, la production commença à envoyer, dès 1975, du matériel aux Philippines, pays sur lequel Coppola avait jeté son dévolu pour doubler le Vietnam, jugeant sa jungle similaire et photogénique. En mars 1976, le cinéaste et sa famille s’y installèrent.

     

    D’entrée de jeu, Coppola prit plusieurs semaines de retard par rapport à ses échéanciers, engendrant des frais de dépassement de deux millions de dollars. En mai 1976, un typhon détruisit l’équipement et les décors créés par Dean Tavoularis (Bonnie and Clyde).

     

    Le tournage reprit en juin, ce qui coïncida avec l’arrivée sur le plateau d’un Marlon Brando caractériel… et obèse. Pour y remédier, Coppola et son directeur photo, Vittorio Storaro (Le conformiste), l’habillèrent en noir, le filmèrent dans la pénombre et isolèrent son visage en multipliant les gros plans. Une doublure plus athlétique maintint l’illusion pour le reste.

     

    De la même manière, lorsque Martin Sheen (qui avait remplacé au pied levé Harvey Keitel qui avait en retour succédé au premier choix Steve McQueen) fut foudroyé par une crise cardiaque en mars 1977, le réalisateur utilisa le frère de l’acteur pour tricher dans différentes scènes.

     

    Parfois proche du délire, Francis Ford Coppola perdit de son côté près de 90 livres et engloutit toute sa fortune dans le film.

     

    Comme un miracle

     

    Après quelques projections privées désastreuses au cours de l’année 1978, le cinéaste continua de travailler avec le monteur Walter Murch, également un concepteur sonore de génie. Au printemps 1979, contre l’avis du studio United Artists, Coppola accepta de présenter une version « non définitive » au Festival de Cannes (en 2001, il proposa une version plus longue : Apocalypse Now Redux).

     

    Précédé d’échos défavorables en provenance des États-Unis, Apocalypse Now repartit de Cannes avec la Palme d’or, gagnée ex aequo avec Le tambour, de Volker Schlöndorff. Ce, cinq ans après que Francis Ford Coppola en eut reçu une première pour Conversation secrète.

     

    À la presse, il déclara, lucide :

     

    « La façon dont nous avons réalisé Apocalypse Now ressemble à ce qu’étaient les Américains au Vietnam. Nous étions dans la jungle, nous étions trop nombreux, nous avions trop d’argent, trop de matériel et, petit à petit, nous sommes devenus fous. »

     

     

    Manifestez-vous

     

    Quel est votre film coup de coeur ? Dans quel contexte l’avez-vous vu ? Pourquoi vous a-t-il plu à ce point ? La série durera tant qu’il y aura des films. En 250 mots environ, la parole est à vous à l’adresse cesfilms@ledevoir.com.

     













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