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    RIDM

    L’inconfort de la différence

    Le cinéaste John Walker se penche avec émotion sur la fracture linguistique au Québec

    16 novembre 2016 |Jean Dion | Cinéma
    John Walker se déclare « coincé dans une histoire d’amour, écrivant au Québec des lettres qui ne peuvent jamais être postées ».
    Photo: RIDM 2016 John Walker se déclare « coincé dans une histoire d’amour, écrivant au Québec des lettres qui ne peuvent jamais être postées ».

    Des années 1960 à la décennie 1990, depuis les premiers actes de violence perpétrés par le Front de libération du Québec jusqu’au deuxième référendum sur la souveraineté, plusieurs centaines de milliers d’anglophones ont plié bagage. John Walker fait partie de ceux-là. Mais si on peut avancer sans trop de craintes de se tromper que la plupart n’ont jamais regretté d’avoir quitté — fui — un environnement dont ils se sentaient exclus, le cinéaste né à Montréal, lui, s’est toujours demandé et se demande encore, en proie à un déchirement profond, voire existentiel, s’il aurait dû rester. Son coeur, dit-il, est ici.

     

    C’est à la mort de son père, installé à Toronto depuis 1980, que Walker, aujourd’hui âgé de 64 ans, a eu l’idée de « lancer une conversation » sur la condition anglophone au Québec. En 2008, la famille se demandait où enterrer le paternel, un photographe qui avait déménagé en Ontario parce qu’il craignait que les siens ne perdent la citoyenneté canadienne et que ses affaires déclinaient, ses clients s’exilant les uns après les autres. Tout naturellement, il a été décidé que la dépouille devait « rentrer à la maison », selon les mots du cinéaste. C’est donc dans un cimetière de Lachute qu’elle a été inhumée, juste à côté de l’endroit où reposent ses propres parents. Les racines irlandaises et écossaises de John Walker au Québec remontent à 250 ans.

     

    Le film Quebec My Country Mon pays, en anglais, n’est pas un réquisitoire : il pose beaucoup plus de questions, parfois douloureuses certes, qu’il n’offre de réponses. Et John Walker n’est pas un angryphone : « la colère ne sert à rien », dit-il, et son approche relève davantage d’une certaine nostalgie, d’une mélancolie tenace. Tout ce qui aurait pu être et n’a jamais été. « Il était hors de question pour moi de jeter de l’huile sur le feu », précise-t-il en entrevue, parlant plutôt de son documentaire comme d’une sorte de « complainte ».

     

    S’il n’est pas trop tard

     

    Le cheminement de l’artiste, tient-il à prévenir, est résolument personnel, car la généralisation se révèle toujours mauvaise conseillère. L’oeuvre est celle d’un seul homme, qui n’en espère pas moins trouver un écho chez la jeune génération et peut-être, s’il n’est pas trop tard, contribuer à bâtir des ponts qui enjamberaient le fossé historique séparant deux solitudes qui seraient pourtant idéalement placées pour se comprendre, elles qui sont toutes deux des minorités.

     

    Historique ? John Walker évoque ses ancêtres, et il a recours aux archives pour tenter d’expliquer ce qui a bien pu se passer à partir des années 1960, qui dépendent elles-mêmes de ce qui est arrivé avant. Il furète des deux côtés de la clôture, interviewant tant des francos que des anglos. Il raconte même qu’en 1976, il a voté pour le Parti québécois parce qu’il voyait en celui-ci un vent de renouveau rafraîchissant.

     

    Au bout du compte, Walker se déclare « coincé dans une histoire d’amour, écrivant au Québec des lettres qui ne peuvent jamais être postées », et il se demande si d’autres parviendront à faire parvenir le message à destination. Son récit à la fois torturé et émouvant témoigne d’une réalité : si Denys Arcand, qui apparaît dans le film, a résumé sa vision du référendum de 1980 en évoquant le confort et l’indifférence, on a ici affaire, par-delà des années et des années de ce qui pourrait au fond être un vaste malentendu, à l’inconfort que provoque trop souvent la différence.

    Quebec My Country Mon Pays
    Dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal, projection suivie d’un débat le 16 novembre à 20 h à la salle J. A. de Sève de l’Université Concordia.












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