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    Fantasia

    Quand une amitié devient film

    «Mon ami Dino», fiction biographique signée Jimmy Larouche, est présenté en clôture du festival cinématographique

    2 août 2016 |François Lévesque | Cinéma
    Dino Tavarone, rendu célèbre par son interprétation du mafieux Scarfo dans la série <em>Omertà</em>, en compagnie de Jimmy Larouche. 
    Photo: David Afriat Le Devoir Dino Tavarone, rendu célèbre par son interprétation du mafieux Scarfo dans la série Omertà, en compagnie de Jimmy Larouche. 

    La 20e édition du festival Fantasia se terminera mercredi avec la première de Mon ami Dino, un faux documentaire, mais un vrai hommage au comédien Dino Tavarone, lui-même un personnage haut en couleur. À l’affiche ce vendredi, ce long métrage fauché mais ardent a été conçu, réalisé, et tout le reste ou presque, par Jimmy Larouche, un cinéaste-guerrier qui refuse de ne pas tourner. On a rencontré l’homme et son improbable « muse », histoire d’en apprendre davantage sur ce film qui ment pour mieux dire la vérité.

     

    « Ç’a commencé autour d’une bière ; de plusieurs, en fait, confesse Jimmy Larouche. Dino et moi, on jasait dans un bar, tranquilles. Mais on sait ce que c’est : alcool aidant, vient un moment dans la soirée où une idée folle te paraît complètement réaliste. “Heille, Dino ! Qu’est-ce que tu dirais qu’on fasse un film ensemble ?” Là, Dino m’a regardé, et il m’a juste dit “OK”. Dès que je suis rentré chez moi, je me suis dépêché d’écrire sur Facebook pour faire part du projet à mes contacts et savoir qui voulait embarquer. C’était une manière aussi de ne pas me défiler le lendemain matin, une fois dégrisé », précise le réalisateur en rigolant.

     

    Les réponses n’ont pas tardé. La nuit n’était pas terminée qu’une équipe s’était déjà formée.

     

    Une vie comme un film

     

    C’est dire que Dino Tavarone a compris très vite que son comparse ne plaisantait pas. « J’avais à peine mis le pied dans la maison que ça faisait “ding-ding” dans le Facebook », raconte le comédien rendu célèbre par son interprétation du mafieux Scarfo dans la série Omertà.

     

    « Jimmy m’avait déjà dit qu’il aimerait faire un documentaire sur ma vie, mais je ne la trouvais pas assez intéressante pour ça. Mais là, avec ce film, on fait comme si on racontait ma vie, et il y a beaucoup de vrai à l’écran, mais ça reste une fiction. C’est moi, complètement moi, mais en même temps, c’est un jeu. »

     

    Quelques séances de remue-méninges plus tard, l’idée de raconter la fin de vie de Dino Tavarone s’est imposée : un scénario en forme de « qu’arriverait-il si… ? ».

     

    « Je suis terrifié par la mort, avoue Jimmy Larouche. Ça m’angoisse en permanence. À ce moment-là en plus, je venais de perdre une tante et je la trouvais beaucoup trop jeune pour partir… »

     

    Entre ludisme et gravité, l’intrigue a pris forme.

     

    Parmi les éléments biographiques, Dino Tavarone revient sur ses années en prison, non sans humour (« Ils m’ont arrêté pour trafic de drogue, mais j’étais innocent : j’étais coupable de plein d’autres choses, mais pas de ça »), puis sur ses débuts fulgurants à la télévision. Acteur amateur, il n’en dégageait pas moins une vérité et un charisme qui ont d’office conquis le public.

     

    Improvisation mixte

     

    Des qualités que Jimmy Larouche entendait bien mettre en valeur.

     

    « J’ai écrit un canevas narratif, mais tous les dialogues ont été improvisés. Pendant le tournage, Dino a inspiré autant les acteurs que les non-acteurs. C’est un improvisateur formidable. »

     

    C’est que, de son propre aveu, Dino Tavarone déteste apprendre ses textes. Il faut entendre à cet égard son agente, Ginette Achim, qui joue son propre rôle — de manière fort émouvante — parler de son client chouchou. Fameux.

     

    « Moi, j’aime quand ça sort naturellement, explique le principal intéressé. Et de pouvoir improviser tous les échanges comme ça, c’était merveilleux. J’ai eu un très beau moment avec Sasha Migliarese, qui joue ma fille. Elle m’a dit qu’elle avait appris le jeu à l’école de théâtre, mais que moi je lui avais appris à pleurer, parce que, pendant notre scène, elle avait vu dans mes yeux les yeux de son papa. Ça, c’est la magie. »

     

    Il n’y a pas que la jeune comédienne qui s’est laissé prendre au jeu. De confier Jimmy Larouche :

     

    « La ligne entre la réalité et la fiction est devenue tellement floue que son agente m’a appelé trois fois pour être certaine qu’il n’était pas réellement malade ! »

     

    Fiction authentique

     

    Après une succession de productions financées à la fortune du pot, soit La cicatrice, Antoine et Marie et maintenant Mon ami Dino, Jimmy Larouche s’apprête à goûter à un tournage doté d’un budget digne de ce nom pour son adaptation du roman Mãn, de Kim Thuy. Pour autant, il n’est pas peu fier de ce film-ci.

     

    « Dino est mon ami depuis douze ans. Il a été l’un des premiers à me donner ma chance comme réalisateur. Quand j’ai monté ma maison de production, il a accepté d’investir ; il a toujours cru en moi. Avec ce film, je voulais le remercier, mais aussi permettre aux gens de le connaître mieux, même par le biais de la fiction. Dino joue, mais il est là pour vrai : c’est son humour, sa sensibilité, sa générosité. Je voulais que le monde voie ce que je vois et sente ce que je sens quand je suis avec lui. »

     

    Amoureusement bricolé, le film transforme ses limites en atouts, chaque imperfection venant accroître l’impression d’authenticité qui se dégage de l’exercice.

     

    Oui, Dino Tavarone a raison de croire en son ami Jimmy.













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