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    Fantasia

    Dee Wallace, maman d'E.T. et reine du hurlement

    L’actrice sur son statut d’icône de l’horreur et de «maman d’E.T.»

    26 juillet 2016 |François Lévesque | Cinéma
    Figure fétiche du cinéma d’horreur, Dee Wallace a été accueillie en vraie «rock star» par le public du festival Fantasia.
    Photo: Fantasia Figure fétiche du cinéma d’horreur, Dee Wallace a été accueillie en vraie «rock star» par le public du festival Fantasia.

    Le public de Fantasia a fait un triomphe à Dee Wallace, samedi à minuit, lors de la présentation du film Red Christmas. Les amateurs d’horreur l’attendaient depuis longtemps, la visite de cette actrice culte, vedette de succès horrifiques des années 1980 comme Hurlements, Cujo, Critters, mais aussi du classique familial E.T.


    Dee Wallace est une icône de l’horreur. Les jeunes cinéastes ayant grandi avec ses films la sollicitent à présent non seulement pour son talent, mais pour ce qu’elle représente. Elle est pourtant tout le contraire d’une diva. Vive et affable, la comédienne se confie en toute simplicité. Drôle d’ironie qu’une personnalité aussi solaire se soit distinguée dans ce type d’oeuvres.

     

    « Le cinéma d’horreur m’est arrivé par hasard. Je suis devenue une “scream queen” malgré moi, mais j’y ai rapidement pris goût », explique Dee Wallace, qui, quelques rides — assumées — plus tard, a étonnamment peu changé.

     

    Dans le jargon du métier, une « scream queen », jeu de mots inventé à partir de l’expression « screen queen », ou reine de l’écran, et que l’on pourrait traduire ici par reine du hurlement, désigne ces actrices s’étant illustrées dans suffisamment de films d’horreur pour en devenir des figures fétiches.

     

    La fille du Midwest

     

    Or, rien ne prédisposait cette native du Midwest à cette carrière. « Au début des années 1970, j’enseignais le théâtre à Kansas City. Et puis un jour, j’ai décidé de tout plaquer pour tenter ma chance à New York. C’est tout moi, ça : j’ai toujours eu cette insouciance, cette naïveté[prononcé en français avec un fort bel accent]. »

     

    Là-bas, elle fut admise dans la classe d’Uta Hagen, figure mythique du jeu, par laquelle sont passés Al Pacino, Liza Minnelli, Sigourney Weaver, etc.

     

    « Uta Hagen acceptait rarement un élève avant trois auditions. Un ami m’a accompagné à la mienne en essayant de me dissuader de jouer la scène que j’avais choisie : une pièce comique très légère que j’avais déjà interprétée en amateur. Il m’a promis qu’elle allait me jeter dehors au bout de cinq minutes, si j’avais de la chance. Et de fait, au bout de cinq minutes, Uta Hagen m’a arrêtée. Pendant que mon ami détournait le regard, elle m’a demandé : “Qui vous a enseigné le jeu ?” Avec toute la candeur du monde, j’ai répondu : “Ma mère.” Après un silence, elle m’a dit : “Votre mère vous a bien appris.” J’ai débuté dans son cours dès le lendemain. Il faut suivre son instinct. »

     

    Peu après, le cinéaste Bryan Forbes croisa la blonde inconnue dans un couloir d’agence. C’est ainsi qu’en 1975 elle se retrouva dans l’inquiétant Les femmes de Stepford, d’après le roman d’Ira Levin (Le bébé de Rosemary), où les maris d’une banlieue cossue « remplacent » leurs épouses libérées par des clones obéissants.

     

    « C’était juste une apparition, mais c’était une première mention dans un générique de film. »

     

    Elle l’ignorait alors, mais le ton de sa carrière était donné.

     

    Émotions fortes

     

    En effet, de son premier rôle majeur dans La colline a des yeux (Wes Craven, 1977), sur une famille de campeurs attaquée par des montagnards mutants, à sa performance délirante de psychopathe hantée par feu son fiancé tueur dans Chasseurs de fantômes (Peter Jackson, 1996), Dee Wallace a toujours démontré une affinité particulière avec l’épouvante.

     

    « J’aime les personnages dotés d’un arc dramatique extrême ; j’aime être terrifiée et pleurer et crier et me démener. Ni la comédie ni même le drame ne permettent de couvrir un tel éventail. Après toutes ces années, j’éprouve encore le même frisson, le même vertige avant de me lancer. »

     

    Intense, elle donne tout. Le film Cujo, d’après le roman de Stephen King, marqua en cela un tournant. Pour mémoire, on y suit le calvaire d’une mère et de son jeune fils prisonniers d’une voiture en panne alors que rôde un saint-bernard enragé.

     

    « C’est l’interprétation dont je suis le plus fière, mais ç’a été la plus difficile. Je devais jouer l’épuisement et l’angoisse de perdre mon enfant jour après jour. Sauf que moi, je ne “joue” pas, je “deviens”, et mon corps ne fait pas la différence. Je l’ignorais à l’époque, mais à cause de ça, je libère une quantité énorme d’adrénaline. Si bien qu’en cette occasion-là, j’ai trop sollicité mes glandes surrénales et il a fallu m’hospitaliser après le tournage. Je prends depuis des suppléments. »

     

    Red Christmas, où elle campe une matriarche devant protéger sa famille contre un assaillant mystérieux, elle l’a en partie accepté afin de voir si elle était encore capable de livrer une performance du calibre de celle de Cujo.

     

    « Je le suis ! »

     

    Capter la magie

     

    Hormis le rush de la performance, Dee Wallace apprécie par-dessus tout la nature collaborative du cinéma.

     

    « J’aime qu’un réalisateur soit assez sûr de ses moyens pour recevoir des idées sans se sentir menacé. »

     

    Steven Spielberg figure parmi ces metteurs en scène suffisamment en contrôle pour ne pas être contrôlant.

     

    « Dans E.T., pendant qu’on tournait la scène du repas où Elliott dit à sa mère que leur père est en voyage au Mexique avec sa nouvelle conjointe, je me suis soudain levée de table et je suis allée pleurer dans la cuisine adjacente plutôt que devant les enfants. Ce n’était pas dans le scénario, mais c’était ce que le personnage devait faire. C’était comme une évidence. Steven a compris la vérité de ce petit moment et il a tout arrêté pour faire les ajustements. Ça, c’est faire preuve d’assurance. C’est avoir l’ouverture nécessaire pour capter la magie qui se manifeste parfois sur un plateau. »

     

    Seule figure adulte étoffée du film, on la surnomme depuis affectueusement « la maman d’E.T. ».

     

    Encore une fois

     

    En vedette dans la populaire série Just Add Magic sur Netflix, et très sollicitée par le cinéma indépendant, Dee Wallace avoue rêver d’un autre gros film hollywoodien. Son statut d’icône de l’horreur, elle l’apprécie, tout en le prenant avec un grain de sel.

     

    « Le cachet n’est pas plus élevé ! Mais sentir l’amour des fans, ça nourrit. »

     

    Ce qui n’a pas empêché Dee Wallace, après l’entretien, d’être prise de court par l’accueil de rock star que lui a réservé le public de Fantasia.

     

    Il y avait quelque chose de poétique dans le fait qu’une « reine du hurlement » se retrouve ainsi sans voix.

    Figure fétiche du cinéma d’horreur, Dee Wallace a été accueillie en vraie «rock star» par le public du festival Fantasia. 
Dee Wallace, pour la promotion du film «E.T»., sorti en 1982 Dee Wallace à l'issue du film «Hurlements» Dee Wallace pose pour la promotion de la comédie d'horreur «Critters» Délirante en psychopathe amoureuse dans «Chasseurs de fantômes» En panne et à la merci du saint-bernard enragé dans «Cujo»












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