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    Festival Fantasia

    Les bêtes fabuleuses de Guillermo del Toro

    15 juillet 2016 |François Lévesque | Cinéma
    Un des fantômes croisés dans Crimson Peak
    Photo: Warner Bros Un des fantômes croisés dans Crimson Peak

    Afin de célébrer dignement ses 20 ans, le festival Fantasia a décidé d’honorer l’un des plus illustres chantres du cinéma de l’imaginaire : le réalisateur mexicain Guillermo del Toro, auteur entre autres du film Le labyrinthe de Pan. Le Devoir s’est entretenu avec lui dans le cadre de sa visite à Montréal.


    Guillermo del Toro est un homme occupé. Il tourne en ce moment son dixième long métrage. Il est associé, à titre de réalisateur ou de producteur, à près d’une vingtaine d’autres projets, dont une adaptation de Pinocchio. La série vampirique The Strain, qu’il produit et qui est tirée de ses propres romans, vient de clore sa deuxième saison alors que se prépare la troisième. Le voilà pourtant dans la métropole afin de recevoir, ce vendredi, le prix Cheval noir pour l’ensemble de son oeuvre. Une oeuvre peuplée de monstres et de merveilles dont il a lui-même dessiné les formes inquiétantes mais belles. On a eu l’occasion d’en discuter avec lui avant sa venue.

     

    « Dessiner et peindre a toujours été pour moi la même chose que de filmer, à la différence que j’utilise un crayon ou un pinceau pour l’un et une équipe d’une centaine de personnes pour l’autre, rigole-t-il au téléphone. Les images viennent d’abord, puis, des bouts d’histoire apparaissent. Je jongle, je joue, jusqu’à ce que graduellement, tout ça se mette en place, un peu comme avec un cube Rubik. J’ai toujours dessiné, mais je n’ai pas reçu de formation classique en la matière. C’est une pulsion qui est venue très tôt. C’était une manière de donner forme à mon imaginaire. »

     

    Au cinéma, ensuite, de lui donner vie.

     

    La substance des rêves

    Photo: Picturehouse Le réalisateur Guillermo del Toro, accompagné de l’un des vampires de son «Blade II», sorti en 2002.
     

    La présence à Fantasia de Guillermo del Toro est doublement justifiée puisque le festival présentera ce vendredi à 18 h Creature Designers : The Frankenstein Complex, un documentaire consacré aux « bibittes » mémorables du cinéma auquel le cinéaste a participé, et à l’issue duquel il offrira une leçon de maître.

     

    Il faut savoir que ce natif de Guadalajara débuta dans le métier en tant que concepteur d’effets spéciaux, la substance de ses rêves et de ses cauchemars constituant sa matière première. C’est encore le cas. Sujet à des frayeurs nocturnes durant l’enfance, celles-ci alimentées par les accents macabres de l’iconographie catholique mexicaine, il admet volontiers, depuis qu’il écrit et réalise, se mettre lui-même en scène à travers les personnages d’enfants qui traversent son cinéma. Des enfants qui affrontent différents dangers, qui font face à différents périls…

     

    Adulte, Guillermo del Toro connut lui-même son lot d’épreuves, dont l’enlèvement de son père, au Mexique, alors qu’il tournait à Toronto Mimic, son deuxième film, et son premier pour Hollywood. Une sombre histoire de rançon plus tard, le captif fut libéré au bout de 72 jours, indemne, ce qui n’empêcha pas le cinéaste de quitter définitivement le Mexique en emmenant sa famille avec lui. Depuis, il se considère comme un exilé.

     

    Pas étonnant que ses jeunes protagonistes doivent si souvent s’acclimater à un nouvel environnement, qu’il s’agisse d’une nouvelle maison, voire d’un nouveau monde.

     

    De sommets et d’irritants

     

    Ainsi, après ses débuts au Mexique avec le primé Cronos, Guillermo del Toro amorça une carrière hollywoodienne à laquelle il ne sacrifia jamais sa vision, au contraire, chaque film devenant l’occasion d’étoffer son univers (lieux sous-terrains, contes), d’explorer plus avant ses thèmes de prédilection (résilience enfantine, parcours initiatiques), mais aussi, d’affiner sa technique.

     

    Laquelle atteignit un premier sommet de virtuosité en 2001, avec L’échine du Diable, sur un gamin qui élucide le mystère entourant un enfant-fantôme dans un orphelinat en pleine guerre civile espagnole, puis en 2015, avec Crimson Peak, une romance gothique située dans la lande anglaise du XIXe siècle et dotée d’une facture splendide.

     

    « À ce stade-ci, le film que je préfère reste L’échine du Diable, vient ensuite Le labyrinthe de Pan. Crimson Peak est mon film de langue anglaise dont je suis le plus fier. J’ai pu composer chaque plan à mon goût ; j’ai pu insuffler dans chacun d’eux une somme de détails inouïe. Ça me désole que le studio [Warner Bros] ait cherché à le vendre comme un film d’horreur alors que ce n’est pas ça du tout. Ça a engendré des attentes que le film ne pouvait pas combler. »

     

    Les tracasseries de studios, Del Toro connaît : Mimic fut fameusement remonté, et transformé, par Miramax, contre son gré. C’est entre autres pour cette raison que, malgré le fait qu’il ait depuis acquis davantage de pouvoir décisionnel, le cinéaste-producteur continue d’alterner superproductions et films indépendants.

     

    « Le film sur lequel je planche présentement, The Shape of Water [un drame d’espionnage mâtiné de fantastique campé durant la guerre froide], dispose d’un plus petit budget, mais je peux courir plus de risques et me montrer plus audacieux par rapport à certains thèmes. Après Mimic pour Hollywood, j’ai réalisé L’échine du Diable en Espagne, puis Hellboy à Hollywood encore, puis Le labyrinthe de Pan en Espagne, et ainsi de suite. Mes films américains sont cela dit tout aussi personnels que mes films en espagnol ; j’y développe les mêmes obsessions, mais sur des canevas différents. »

     

    De douleur en émerveillement

     

    Pour mémoire, L’échine du Diable et Le labyrinthe de Pan, ce dernier relatant les tribulations fantasmagoriques d’une fillette en proie aux aléas de la guerre civile espagnole, devaient être les deux premiers volets d’un triptyque ayant pour toile de fond ledit conflit. Le troisième volet fut abandonné un temps, puis repris…

     

    « Je souhaite toujours le réaliser. Reste à déterminer quand ce sera possible. Ça reste très important pour moi de clore ce cycle-là. Mais il y a tellement de projets passionnants qui se présentent. On travaille intensément sur quelque chose, puis ça tombe à l’eau, et on s’aperçoit que deux années ont filé. Chaque film comporte ses défis, ses difficultés, parfois immenses, décourageantes. Mais je continue car je ne peux pas faire autrement. J’aime trop ça. Mon épouse dit que c’est comme un accouchement : on souffre le martyre, on jure qu’on ne repassera plus par-là, puis on oublie la douleur et on recommence. Mes films sont mes bébés. »

     

    Une progéniture fabuleuse appelée à devenir encore plus nombreuse. C’est dire que le bestiaire de Guillermo del Toro n’a pas fini d’accueillir de nouveaux pensionnaires.

    Un des fantômes croisés dans Crimson Peak Le jeune fantôme de «L'échine du Diable»  Le faune du «Labyrinthe de Pan» L'Ange de la mort dans «Hellboy II: L'armée d'or» Carcasse d'un insecte mutant repêché dans «Mimic» L’univers fantastique du «Labyrinthe de Pan» a marqué les esprits. Le réalisateur Guillermo del Toro, accompagné de l’un des vampires de son «Blade II», sorti en 2002.












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