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    Fantasia

    «King Dave»: le roi est nu

    Brio technique et émotions à fleur de peau pour une odyssée intérieure

    15 juillet 2016 |François Lévesque | Cinéma
    Dans «King Dave», le réalisateur Daniel Grou et le comédien Alexandre Goyette (sur la photo) proposent une vraie réflexion, un vrai voyage.
    Photo: Les films Séville Dans «King Dave», le réalisateur Daniel Grou et le comédien Alexandre Goyette (sur la photo) proposent une vraie réflexion, un vrai voyage.

    Un homme attend le métro. Non loin de lui, un gamin se fait intimider par deux connards. L’homme est manifestement troublé par la scène, mais il entre néanmoins dans le wagon dès que les portes s’ouvrent. Puis, faisant face à la caméra, il se ravise. Réveillés par cet incident, des souvenirs refont surface, bouillants. S’engage alors une longue réminiscence relatée au spectateur par l’homme — David, King Davedans le titre — que la caméra suivra sans coupe ni interruption au gré d’une odyssée intérieure bouleversante. Ainsi s’est ouverte jeudi, veille de la sortie du film, la 20e édition de Fantasia.

     

    On a fait grand cas de ce que Daniel Grou (Podz) ait transposé au cinéma la pièce d’Alexandre Goyette au moyen d’un unique plan-séquence. C’était un pari technique périlleux. Le réalisateur de 10 1/2 et des Sept jours du Talion l’a relevé avec brio.

     

    Des émois justifiés, donc.

     

    La décision de Grou s’avère d’autant plus avisée que l’oeuvre scénique originale invitait, de par sa nature même, à un tel procédé. En effet, la pièce d’Alexandre Goyette, encensée dès sa création en 2005, repose sur la seule parole de son unique protagoniste qui raconte au public une période trouble de sa vie en imitant/rapportant les voix des uns et des autres à mesure que progresse son monologue.

     

    Dans le film, ces tiers — meilleur ami, mère, amoureuse, accointances diverses — s’incarnent à travers différents acteurs qui restent en périphérie, presque comme des spectres, vestiges lointains d’un passé remémoré.

     

    Deux niveaux de jeu

     

    Tour à tour en aparté avec le spectateur puis plongé dans l’action qu’il revit, désormais fin trentenaire mais encore étrangement adulescent, Dave révèle comment il en est venu à toucher le fond 10, 15 ans plus tôt. C’est un parcours étourdissant. Chaque lieu ouvre sur un autre : un couloir débouche sur un placard, les ellipses fleurissent alors que se succèdent les trajets en autobus, en voiture, à pied…

     

    L’enchaînement, réglé comme du papier à musique, est sans faille.

     

    Cela, c’est la technique, et elle tient pour moitié dans la réussite de King Dave. L’autre moitié réside dans l’interprétation hallucinante d’Alexandre Goyette. Il est Dave, mais Dave étant en perpétuelle représentation, le comédien-dramaturge doit maintenir simultanément deux niveaux de jeu. Sauf au tout début et à la toute fin lorsque, incapable de donner le change, Dave laisse tomber son masque de « faux bum ».

     

    On entrevoit alors la tragédie ordinaire de cet homme qui n’a jamais rien voulu d’autre que d’être accepté.

     

    Eh non, King Dave n’est pas « un autre film québécois avec des personnages dépressifs », pour reprendre l’aphorisme à la mode. Grou et Goyette partagent quelque chose ; ils proposent une vraie réflexion, un vrai voyage.

     

    Du talent à revendre

     

    Tourner un film en un seul plan-séquence, c’est s’exposer à la méfiance de certains cinéphiles qui craindront — c’eût pu être le cas — un vulgaire coup d’esbroufe. À cet égard, on ne saurait trop insister sur ce point : adapter cette pièce-là autrement aurait été un exercice futile. Le plan-séquence s’imposait, ce dont a su convenir Daniel Grou.

     

    Or c’est une chose de « convenir », encore faut-il avoir le talent « d’accomplir ». Et du talent, Daniel Grou en a à revendre, comme il le démontre une fois de plus. En cela, King Dave constitue un cas de figure parfait où le désir de démonstration de virtuosité qui anime un artiste rencontre un objet narratif n’exigeant rien de moins que cela.

     

    C’est indéniablement l’un de nos meilleurs cinéastes.

    King Dave (V.O.F.)
    ★★★★
    Québec, 2016, 99 minutes. Chronique de Daniel Grou (Podz). Avec Alexandre Goyette, Karelle Tremblay, Kémy St-Éloi, Mylène St-Sauveur.












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