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    Critique

    Partir, revenir, rebondir

    Dans «Retour à Cuba» de David Fabrega, la nostalgie ne résiste pas à la complexité du retour

    14 mai 2016 | André Lavoie - Collaborateur | Cinéma
    Barbara Ramos se bute aux réalités économiques d’un pays à la croisée des chemins.
    Photo: Cinéma du Parc Barbara Ramos se bute aux réalités économiques d’un pays à la croisée des chemins.

    Dans Where to Invade Next, Michael Moore débute son périple international en Italie, cherchant les meilleures pratiques sociales à exporter vers les États-Unis pour lui donner un visage plus humain. Le cinéaste s’extasie devant l’abondance de congés payés et l’harmonie des relations patronales-syndicales ; ses interlocuteurs italiens n’ont nullement l’intention de s’expatrier pour vivre le rêve américain…

     

    Il aurait été amusant que Moore croise la route de la Cubaine Barbara Ramos, car cette femme pétillante portant des talons hauts comme d’autres des pantoufles en connaît long sur l’Italie. Et ce qu’elle en dit dans Retour à Cuba, du documentariste David Fabrega, tranche avec la jovialité des personnages recrutés par le réalisateur de Roger Me. Son pays d’accueil, là où elle a vécu pendant 18 ans, a comblé tous ses besoins matériels, ainsi qu’une frénésie insatiable pour les fringues. Or, malgré un ex-conjoint italien (dont elle ne dit rien, elle pourtant si bavarde) et une fille déchirée entre sa culture européenne et ses racines cubaines, Barbara parle surtout d’isolement, de solitude et d’un manque flagrant de solidarité.

     

    C’est tout le contraire qu’elle veut retrouver en revenant s’installer dans sa ville natale, Santa Clara, située à 260 km au sud-est de La Havane, là où il est possible de se recueillir devant le mausolée d’Ernesto Che Guevara. Pour cette disciple de Fidel Castro, et farouche partisane de la libre entreprise (cherchez l’erreur !), le salut se trouve dans la vieille maison familiale qu’elle décide de remettre à neuf, rêvant d’y recevoir des touristes tout en vendant des vêtements importés.

     

    Une fois passée l’euphorie des retrouvailles familiales et amicales (dont avec Juana, une transsexuelle à l’âge vénérable, débordante d’énergie, et qui par sa seule présence témoigne de l’ampleur des transformations sociales à Cuba), Barbara se bute aux réalités économiques d’un pays à la croisée des chemins. Les embûches apparaissent si nombreuses qu’elles viendront temporairement à bout de son enthousiasme, s’installant un certain temps aux États-Unis.

     

    Toutes ses pérégrinations sont observées par un cinéaste qui a pris le temps nécessaire pour la suivre pas à pas, trois ans en tout, scrutant ses sentiments parfois partagés quant à une société dont l’évolution n’est pas assez rapide à son goût, craignant toutefois que le progrès lui fasse perdre sa singularité : joie de vivre, insouciance, esprit d’entraide. Dans cette oasis du socialisme, là où le marché noir se pratique au grand jour, Barbara réussit tout de même à tirer son épingle du jeu. Il faut admirer avec quelle détermination elle restaure cette demeure qui assurera son ancrage sur sa terre natale, dictant ses ordres avec une poigne de fer, ou ne laissant pas le choix au cinéaste d’ouvrir son porte-monnaie pour payer la tournée…

     

    Cuba, qu’elle a quitté autrefois, ne l’a jamais vraiment quittée : au-delà de sa personnalité flamboyante, et de son allure volontairement provocante, l’héroïne de David Fabrega s’affiche comme la soeur de tous ces exilés qui partent dans l’espoir secret de revenir, et de rebondir.

    Retour à Cuba
    ★★★
    Documentaire de David Fabrega. Canada, 2016, 79 minutes.












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