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    Cinéma

    La quête du père selon Dominic Goyer

    16 avril 2016 |Odile Tremblay | Cinéma
    Formé à Concordia et à l’INIS, Dominic Goyer précise faire le choix de l’ellipse, avec des scénarios qui n’expliquent pas tout.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Formé à Concordia et à l’INIS, Dominic Goyer précise faire le choix de l’ellipse, avec des scénarios qui n’expliquent pas tout.

    L’origine des espèces a tout du film québécois classique. Sur fond de quête identitaire et des traces du père, un citadin, à la suite d’un deuil, part retrouver ses racines à la campagne. Ce synopsis pourrait s’appliquer à une kyrielle de longs métrages d’ici. Mais Dominic Goyer, stoppant toute velléité de psychanalyse collective, précise que son film, qui comporte beaucoup de fiction, se réfère avant tout à son expérience personnelle. Les êtres chers d’Anne Émond possède des lignes thématiques parallèles. Mais toute ressemblance avec des films québécois déjà livrés serait vraiment fortuite.

     

    « Je ne connaissais pas mon père et je me suis demandé ce que je léguerais à mes enfants, dit-il. Ma mère en parlait peu. On reprochait à mon scénario de ne pas avoir de scène de confrontation père-fils. Peut-être suis-je incapable de l’écrire pour ne l’avoir jamais vécue. » Il a retrouvé son géniteur à la campagne… Sans confrontation, plutôt des silences polis.

     

    L’origine des espèces suit le personnage de David (Marc Paquet), heureux en ménage, nouveau père, qui, après le suicide de sa mère (Élise Guilbault), apprend de son père (Marc Béland) qu’il n’est pas son fils biologique. Et le voici parti sur les chemins de campagne à la découverte de sa vérité, entre les lièvres d’un élevage et les fantômes du passé.

     

    Dominic Goyer signe ce premier long métrage après avoir tâté des courts (Une robe blanche, Le monstre, Notre nature). L’accouchement fut long, le montage aussi. L’origine des espèces, qui porta longtemps le titre de travail Lièvres, fut tourné en 2014. « Une courte scène avec une voisine a sauté, ainsi qu’une autre à caractère onirique », explique le cinéaste.

     

    Formé à Concordia et à l’INIS, il précise faire le choix de l’ellipse, avec des scénarios qui n’expliquent pas tout, sans se piquer toujours de vraisemblance, et laisser le spectateur faire son chemin. Il livre ses clés à la toute fin, laissant le film baigner longtemps dans ses énigmes. Mais ça déroute trop de monde, et il entend renoncer à cette structure dramatique.

     

    La part du monstre en nous

     

    Il avait lu plusieurs témoignages de femmes qui le fascinaient. Certaines avaient vécu des histoires d’inceste et le lien parent-enfant était resté bloqué, entraînant une sexualité pathologique, dont il témoigne ici. « Un fait divers m’avait frappé aussi, celui d’une fille dans l’Estrie qui avait été violée par son père et ses frères toute son enfance. Ce sont des humains comme nous, me suis-je dit. Qu’est-ce qui les pousse à avoir un comportement pareil ? Quelle est la part du monstre en nous ? Ai-je ces gènes-là en moi ? »

     

    Dominic Goyer, qui vécut un an en France, avait rencontré dans un petit village un transgenre accepté de tous qu’il a transposé dans un personnage incarné par David La Haye.

     

    Paternité, transmission, différence, deuil, il a voulu jouer avec tous ces thèmes, avant tout celui de la maternité protectrice. « Le personnage d’Élise Guilbault a tout fait pour javelliser son fils. David, je le voyais comme le Candide de Molière qui se rouille à force d’aller regarder du côté de la vraie vie et de remonter à son clapier originel. J’avais besoin d’un acteur qui puisse jouer la neutralité, de couleur beige, même s’il n’est pas comme ça dans la vie. Dans ma première version de scénario, David ne parvenait pas à gérer la réalité qu’il découvrait et allait dans l’eau noire. Mais je l’ai fait opter pour la lumière. »

     

    Avec à sa distribution Élise Guilbault, Marc Béland, Germain Houde, Gilles Pelletier, Dominic Goyer a travaillé avec des interprètes éprouvés, après avoir jonglé avec l’idée de présenter plutôt un bataillon d’inconnus. « Élise Guilbault était quand même mon choix de départ. »

     

    Le film est traversé de séquences d’animation, car la mère est une artiste qui a laissé une oeuvre d’animation derrière elle. « J’ai demandé à Éléonore Goldberg de faire ces scènes, en désirant qu’elles aient l’air crédibles, issues apparemment d’un vrai film. »

     

    Dominic Goyer dit s’intéresser aux personnages avec un grand P. « Le réalisme issu dans notre tradition cinématographique du direct n’est pas mon affaire. J’ai mis de l’eau dans mon vin pour L’origine des espèces. » Les trois projets à son chantier jongleront avec des dimensions métaphysiques. « Après mes courts métrages, L’origine des espèces signe la fin de la trilogie de l’enfance, dit-il. Je pars ailleurs. »













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