Sus à la cigarette au cinéma!

«Coco avant Chanel», dans lequel le personnage principal interprété par Audrey Tautou a presque toujours une cigarette à la main, est un film dont l’affiche a été jugée litigieuse par le service de transport de la RATP en France, en 2009.
Photo: Alliance Vivafilm «Coco avant Chanel», dans lequel le personnage principal interprété par Audrey Tautou a presque toujours une cigarette à la main, est un film dont l’affiche a été jugée litigieuse par le service de transport de la RATP en France, en 2009.

Les cigarettes, si longtemps pendues aux lèvres des femmes fatales, des hommes du monde et des gangsters dans les classiques du cinéma, voient sans doute leurs jours comptés au grand écran. Jean Gabin, Humphrey Bogart, James Dean, Audrey Hepburn, Marlene Dietrich, Glenn Close et autres Uma Thurman ou Anne Dorval seraient désormais sommés d’éteindre. Déjà suspects au cinéma nord-américain — avec au Québec le prix Cendrier remis aux cinéastes qui enfument leurs images —, voici pipes, cigares et cigarettes dans la mire de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Cette dernière appelle les gouvernements à appliquer une classification aux films comportant des scènes répétées de consommation de tabac, afin de prévenir enfants et adolescents des dangers de la nicotine. Le cinéma les inciterait à fumer. Des études américaines montrent que tel est le cas pour 37 % des nouveaux fumeurs. En 2014, plus de six millions d’entre eux y auraient trouvé un incitatif. Cette année-là, 44 % des productions hollywoodiennes comprenaient la consommation de tabac.

Selon le docteur Douglas Bettcher, de l’OMS, le cinéma serait un des derniers bastions d’images de consommation de tabac sans restriction alors que la publicité pour le tabac se voit de plus en plus strictement réglementée ailleurs. L’OMS suggère donc un système de classification des films enfumés ainsi que la diffusion de messages antitabac.

Des pays ont pris les devants. Ainsi, la Chine a fait bannir de ses productions cinématographiques les scènes où l’on fumait trop. L’Inde a réglementé l’affichage des marques de cigarettes au cinéma comme à la télévision. En France, en avril 2015, l’idée d’interdire leur usage au septième art national a fait l’objet d’un débat parlementaire. Selon une étude datant de 2012, 80 % des films français contiennent des scènes de tabagisme, alors que la loi Évin interdit la publicité directe ou indirecte de ces produits.

En 2009, Métrobus, régie publicitaire du groupe de transport RATP, avait refusé sur cette base des affiches litigieuses. Audrey Tautou avait dû remiser sa cigarette dans la promotion du film Coco avant Chanel. Jacques Tati avait perdu sa célèbre pipe sur une affiche de son chef-d’oeuvre Mon oncle annonçant sa rétrospective à la Cinémathèque française. Ce qui, pour les films historiques, tient du révisionnisme, et avait fait hurler dans l’Hexagone bien des cinéphiles. Dans l’ouvrage Tabac et cinéma, histoire d’un mythe, publié chez Scope Édition en 2008, Adrien Gombeaud offre aux nostalgiques un périple au pays de la fumée au cinéma, longtemps signe d’affranchissement et qui constituait, en outre, le lien parfait au fondu enchaîné à l’époque du noir et blanc.

4 commentaires
  • Maxime - Abonné 2 février 2016 08 h 32

    Pour le renforcement des personnages

    C'est du cinéma et comparativement au personnage fumeur des années 50 à 90 (pour faire large), le personnage fumeur d'aujourd'hui ne se voit pas gagner en prestance ou en statut social. Aujourd'hui, c'est tout le contraire.

    La cigarette met l'accent sur certaines faiblesses d'un personnage. Pour appuyer le fait qu'il soit stressé, en panique ou pour suggérer un état d'auto-destruction (comme la personne qui ne tiendrait pas à sa vie particulièrement). Entre autres choses.

    Film enfumé? Film... alcoolisé?. L'OMS devrait s'attaquer au vif du sujet et faire de la cigarette un produit meutrier et illégale. Je dis ça, j'y connais rien, mais ça me semblerait la chose à faire.

  • Marc Leclair - Inscrit 2 février 2016 09 h 28

    Y a pas de fumée sans film

    Je comprend que l'OMS souhaite rendre la cigarette moins sexy, mais de là à la proscrire au cinéma, c'est carrément loufoque!

    On peut ainsi dire adieu aux drames historiques et biographiques, pour ne nommer que ces deux genres.

    Tant qu'à y être on devrait aussi y prohiber la consommation de "junk food" et d'alcool. Et ainsi nous aurions, la vie de Charles Bukowski par Walt Disney, en IMAX!

    Que l'OMS s'attaque donc plutôt à la source du problème. Stigmatiser les addictions ne règlera en rien la question, c'est comme déménager la prostitution de quartier pour ne plus la voir. Les gens continueront de fumer, et le 7ème art deviendra édulcoré et dénaturé.

    Ce qui m'irrite, c'est qu'on ne s'en prend jamais à la violence gratuite à outrance du cinéma américain servie à de [trop] jeunes auditoires. Les boucheries commises par des commandos de super-zéro gonflés au stéroïdes, sur fond de musique wagnérienne, ça ne semble jamais poser trop de problème.......

    mais la pipe de monsieur Hulot, alors là! quel mauvais exemple pour notre belle jeunesse!

    • Michel Thériault - Abonné 2 février 2016 12 h 32

      "Ce qui m'irrite, c'est qu'on ne s'en prend jamais à la violence gratuite à outrance du cinéma américain servie à de [trop] jeunes auditoires. Les boucheries commises par des commandos de super-zéro gonflés au stéroïdes, sur fond de musique wagnérienne, ça ne semble jamais poser trop de problème.......".

      Monsieur Leclair, j'approuve entièrement. Et nous ne sommes pas sortis du bois. La preuve ? La majorité des fims états-uniens comporte des scènes de violence et des tueries à répétition et le peuple en redemande...

      Quant à moi, je fais ma part en refusant depuis longtemps à regarder ce genre de films et je boycotte les chaînes télévisuelles "du peuple" que sont TVA et TQS...

  • Lucien Cimon - Abonné 2 février 2016 11 h 18

    Enlevons le tabac, la drogue, l'alcool, les couteaux, les fusils, les produits pétroliers, la malbouffe, les costumes indécents, les personnages au sexe définis, les signes religieux, les gros mots, les amalgames, les critiques de la richesse, les scènes de misère troublante, etc, etc, etc de nos écrans.
    Et là, ça va être beau, et là ça va être bon. Et les bonnes âmes vont pouvoir faire leur yoga chamanique en toute paix de leur esprit.