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    Cinéma

    Portrait d’une salle de quartier, Station Vu

    6 janvier 2016 |Odile Tremblay | Cinéma
    Des cinéastes viennent, une fois par semaine, présenter leurs œuvres et parler avec le public.
    Photo: Station Vu Des cinéastes viennent, une fois par semaine, présenter leurs œuvres et parler avec le public.

    Même si les cinémas indépendants en arrachent, certains tentent de résister au vent d’uniformisation qui souffle sur le 7e art. En témoigne cette petite salle incrustée dans une ancienne école de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), en orbite depuis mars 2014 en plein Mercier-Est. Elle se nomme Station Vu, a pignon sur rue Hochelaga, et se voit opérée surtout par des bénévoles, signe des temps.

     

    Station Vu est né d’un rêve, celui de Stéphane Hardy, cinéphile, aussi géographe et bientôt directeur de l’entreprise de haute technologie Dromadaire Géo-Innovation, installée dans des locaux adjacents. « Au départ, on voulait trois salles, dit-il, mais pour les financer, c’était trop dur. » Station Vu se résume donc à sa petite salle d’une quarantaine de sièges. Stéphane Hardy rêve encore de lui en adjoindre une autre, peut-être aussi un café-bistro, en acquérant, avec des partenaires, le stationnement ou d’autres locaux de la CSDM.

     

    Entreprise d’économie sociale, surtout établissement de quartier pour la clientèle de Mercier mal desservie côté culture, avec espoir de rayonner plus large ; la Ville de Montréal, Jeun’Est, des contributions citoyennes aident entre autres à tenir le fort. « Mais on ne s’en tirerait jamais sans les bénévoles. Seuls deux employés ont de petits salaires. »

     

    Présentés par leurs créateurs

     

    Pierre Pageau, actuel directeur de la programmation, emploie le mot ciné-club, collé à l’atmosphère de cette petite salle conviviale et chaleureuse. Surtout quand des cinéastes viennent, une fois par semaine, présenter leurs oeuvres et parler avec le public, une pratique moins courante qu’autrefois à Montréal.

     

    Peu de primeurs au menu, surtout des films en seconde course, quoique souvent présentés par leurs créateurs. Denys Arcand, Jean-Claude Labrecque, Bernard Émond, Micheline Lanctôt, Carole Laure et Lewis Furey, Rafaël Ouellet, Stéphane Lafleur, etc., ont accompagné les leurs. Après clôture durant le temps des Fêtes, Anne Émond viendra le 14 janvier montrer Les êtres chers.

     

    Station Vu propose des projections les jeudis, vendredis et samedis soir. Celles du mercredi, une journée creuse, sont abolies pour 2016, mais dès février, il est question de séances dominicales jeune public. La salle vient de s’offrir un rutilant projecteur DCP. Ils en sont tous fiers.

     

    Un public qui prend de l’âge

     

    Là-bas, c’est comme partout. Le public vieillit devant les films d’auteur. « Ma clientèle a entre 55 et 75 ans, précise Stéphane Hardy. À 50 ans, je suis le plus jeune de la salle. Les gens viennent au cinéma par nostalgie. Moi-même, j’en ai ouvert un pour retrouver mes plaisirs de jeunesse. On aimerait accueillir une relève de spectateurs de moins de 50 ans. Mais nous vivons à l’ère du fast food, pour les films comme pour la nourriture : aussitôt consommés, aussitôt digérés. Ce n’est pas ce qu’on propose. »

     

    Pierre Pageau le trouve curieux, présent et renseigné, son public de boomers, noyau dur de Station Vu : « On a affaire au même groupe d’âge qui fréquente le théâtre. Quant aux cinéastes qui viennent rencontrer les spectateurs, ils sont ultra généreux et les échanges avec la salle, passionnants. Les gens aiment ça, discuter des films après la séance. Pour rejoindre les plus jeunes, il faudrait peut-être mieux cibler nos campagnes promotionnelles, en fonction des films qui leur sont destinés, mais on ne leur présente pas Star Wars, c’est sûr. »

     

    Enseignant de cinéma à la retraite, Pierre Pageau s’implique à fond, de façon totalement bénévole à Station Vu.

     

    De l’avis de Stéphane Hardy, qui lui a laissé les rênes de la programmation ces derniers temps, il est trop tôt pour savoir si la chute d’Excentris va changer quelque chose pour la petite salle dans Mercier. « À Montréal, chez les indépendants, il n’y a plus que Marion Fortin, à la tête du Beaubien comme du Cinéma du Parc, et puis nous. Les distributeurs ajusteront peut-être leurs stratégies en nous donnant plus de primeurs. Ça devrait bouger », estime-t-il.

     

    La clientèle augmente. Ça donne espoir. « On compte désormais entre 800 et 900 membres, sans compter les autres spectateurs », poursuit Pierre Pageau. La salle n’a besoin en moyenne que de 12 à 13 spectateurs par séance. Mais l’avenir ? « Ça peut tenir comme ça un an, deux ans. Après, on verra. Mais on a une équipe formidable, et on y croit », répond Pierre Pageau.













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