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    Cinéma

    Une femme sous influence(s)

    Anne Émond explore quatre facettes de Nelly Arcan dans le prometteur «Nelly»

    29 septembre 2015 |François Lévesque | Cinéma
    Le film «Nelly» est mené par la réalisatrice Anne Émond, dont le premier long métrage «Nuit #1» lui valut de nombreux prix.
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Le film «Nelly» est mené par la réalisatrice Anne Émond, dont le premier long métrage «Nuit #1» lui valut de nombreux prix.

    On arrive à l’angle des rues Saint-Zotique et Marquette en même temps que Sylvie Drapeau, qui tourne ces jours-ci dans le nouveau long métrage d’Anne Émond. Intitulé simplement Nelly, le film s’inspire des écrits et de la vie, intimement liés, de Nelly Arcan. Audacieuse, l’approche de la jeune cinéaste consiste à faire jouer à la même comédienne, Mylène Mackay, quatre variations distinctes de la défunte auteure : Nelly l’écrivaine, Amy l’amoureuse, Cynthia la prostituée et Marilyn la star. Sylvie Drapeau interprète l’agent de cette « facette ».

     

    « C’est tellement un beau rôle pour Mylène, confie Sylvie Drapeau qui, en la matière, en connaît un rayon. C’est par contre extrêmement exigeant. Elle porte le film ; elle est pratiquement dans chaque plan. En plus, elle doit décliner quatre personnalités, quatre réalités physiques. Je vois mal ce qui pourrait surpasser ce défi-là, pour une actrice. C’est magnifique de la voir aller là-dedans. Moi, j’ai un petit rôle. J’ai accepté parce que c’est Anne, et parce que son scénario est superbe. »

     

    Un scénario, justement, qui connut maintes métamorphoses, à l’image de son sujet.

     

    « J’ai toujours été fascinée autant par l’oeuvre que par le personnage de Nelly Arcan », explique Anne Émond, dont le premier long métrage Nuit #1 lui valut de nombreux prix et dont le second, Les êtres chers, prendra l’affiche en novembre après une première remarquée au Festival de Locarno.

     

    « Dans les semaines qui ont suivi sa mort, j’ai créé un dossier "Nelly" dans mon ordinateur. L’idée d’un film était là. J’étais très influencée par Last Days [de Gus Van Sant, sur le décès de Kurt Cobain]. Le premier scénario que j’ai écrit, c’était une biographie plutôt classique. Le problème, c’est que c’était plate. Et même si c’était fidèle au parcours de Nelly, curieusement, ça ne la représentait pas. »

     

    Il y a presque de la poésie dans cette absence initiale de la protagoniste du film de sa vie : n’était-ce pas là le drame de Nelly Arcan ?

     

    Image démultipliée

     

    Afin de mieux cerner l’auteure de Folle et de Paradis clef en main, Anne Émond s’entretint avec famille, proches et accointances de la disparue. Graduellement, non pas un, mais plusieurs portraits commencèrent à émerger.

     

    « Beaucoup de témoignages se contredisaient, ou alors, certaines anecdotes ne cadraient pas avec la personne que m’avait décrite une amie, par exemple, relate la cinéaste. Tout le monde, cela dit, convenait que Nelly avait l’habitude non pas de mentir, mais d’enjoliver, d’inventer et d’y croire… »

     

    Une part de rêve, une part de déni, une part de fantasme, et le réel auquel on ne peut éternellement se soustraire… Et voilà que prit forme une structure narrative davantage à l’image, démultipliée, de Nelly Arcan.

     

    « Anne plonge au coeur de l’angoisse existentielle de Nelly grâce à cette approche-là », estime la productrice Nicole Robert qui, en 2004, avait acquis les droits d’adaptation de Putain, côtoyant alors Nelly pour un temps avant que le projet tombe à l’eau.

      

    « Nelly portait plusieurs visages sans parvenir à affirmer son identité profonde. Elle était écartelée entre l’être et le paraître. C’est là un des dilemmes fondamentaux de la femme », rappelle Nicole Robert.

     

    Corps transformé

     

    Exister dans le regard d’autrui, s’y définir pour mieux se remodeler d’un personnage à l’autre, c’est aussi le lot des comédiens. Or ici, le principe de l’incarnation subordonnée à la perception s’applique à la protagoniste elle-même. L’identité évanescente de Nelly Arcan fait écho au processus de l’acteur. Vertigineux exercice, pour Mylène Mackay ?

     

    « L’oeuvre de Nelly Arcan m’a marquée. Sa réflexion a nourri la mienne, notamment sur un spectacle féministe comme Elles XXx. Pour le film, on a fait des tests caméra avec des coiffures, du maquillage, des prothèses et, tout de suite, je découvrais des personnages, juste en étudiant mon reflet dans le miroir. J’ai pris du poids pour Marilyn afin d’être plus plantureuse, j’ai maigri pour jouer Cynthia ces jours-ci. J’aurai une autre allure pour Amy, puis pour Nelly. Le plus beau compliment qu’on pourrait me faire en voyant le film, c’est de penser que les quatre facettes sont jouées par des actrices différentes. »

     

    Voilà qui serait en parfaite adéquation avec le propos.

    Le film «Nelly» est mené par la réalisatrice Anne Émond, dont le premier long métrage «Nuit #1» lui valut de nombreux prix. Au centre de la photo, la comédienne Mylène Mackay qui interprète à elle seule quatre personnalités de Nelly Arcan dans le film «Nelly». «Le plus beau compliment qu’on pourrait me faire en voyant le film, c’est de penser que les quatre facettes sont jouées par des actrices différentes. »












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