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    Deux regards sur le film «Paul à Québec»

    Si loin, si proche

    18 septembre 2015 |Fabien Deglise | Cinéma
    Photo: Source Remstar

    Voici un second regard croisé sur un film québécois particulièrement attendu, de notre critique cinéma et notre critique bande dessinée.


    Qui a dit que les acteurs ne savaient pas mourir ? Dans Paul à Québec, adaptation cinématographique de la bande dessinée de Michel Rabagliati, Gilbert Sicotte le fait avec un réalisme terriblement émouvant. Beau-père du héros sympathiquement ordinaire, il y expose la banalité des derniers miles d’un homme sans histoire dans l’esprit, plus que dans les formes, de l’oeuvre qui en 2009 a mis en cases ce récit sensible, humain et vibrant qui célèbre la vie en tutoyant la mort.
     

    La transposition pourrait être qualifiée de réussite. Mais non, car de transposition, finalement, il n’y a pas vraiment et c’est là tout le brio du réalisateur François Bouvier qui, sur la base d’une bande dessinée, pose sur sa pellicule un drame familial en deux actes — la réunion de famille suivie de l’accompagnement d’un homme dans sa mort — évoquant, citant, s’inspirant de l’oeuvre de Rabagliati, oui, mais surtout pour en faire émerger quelque chose de différent. Entre liberté avec le texte original et réécriture forcée par le changement de cadre.

     

    C’est un peu normal. Dans la bande dessinée, Paul était finalement accessoire, laissant toute la place aux filles de Roland — ici Julie LeBreton, Myriam Leblanc et Brigitte Lafleur —, confrontées au départ de leur géniteur. La relecture de Bouvier se devait de rééquilibrer la dynamique pour l’inscrire dans une trame narrative où Paul n’est plus seulement le spectateur passif, mais bien le témoin central d’une phase terminale qui, en conduisant quelqu’un dans la mort, va l’amener, lui, petit graphiste, dans une nouvelle vie, celle d’un dessinateur de bande dessinée.

     

    Caractère universel

     

    Le clin d’oeil à Rabagliati, dont Paul est l’alter ego et qui, dans Paul à Québec, romançait la véritable fin de son beau-père vécue en famille, est amusant. Il en accompagne plusieurs autres pas toujours dessinés par le bédéiste (la présence de Red Ketchup et de son auteur, Réal Godbout, à titre d’exemple) qui affirment subtilement ces points de contact qui rappellent, au cas où l’on en douterait, la véritable origine du film. Des citations qui vont d’une minuscule poignée de scènes reproduisant de manière anecdotique l’exactitude d’une case, jusqu’à la présence du bédéiste lui-même à l’écran, discrètement placé dans une chorale, activité que Rabagliati pratique dans sa vraie vie, quand il n’est pas devant sa table à dessin.

     

    Ici, Bouvier réduit les excès de détails qui pourtant donnaient plaisir à lire dans la bande dessinée pour ne garder qu’une phrase, par souci d’efficacité. Là, il exagère le drame et l’enfance misérable du beau-père pour plus de mélo, par souci de racolage et violons, mais au final, il conserve surtout de Paul, qui trouve en François Létourneau l’incarnation cinématographique juste, ce même caractère universel, ce canal improbable dont le simplisme, la distance qu’il tient sur sa propre existence et l’absence de toutes aspérités facilitent la projection du spectateur à l’intérieur des sentiments explorés par le personnage. Avec à clef ce constat : tout comme aurait pu le faire la bande dessinée, cette mise en film de Paul, à la fin de l’envoi, touche !













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