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    Paul au cinéma

    Le réalisateur François Bouvier sur les défis d’adapter la bien-aimée bande dessinée

    12 septembre 2015 |François Lévesque | Cinéma
    Pour François Bouvier, un film possède ses propres codes, sa propre structure dramatique, et « tout ça est différent dans la bande dessinée ».
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Pour François Bouvier, un film possède ses propres codes, sa propre structure dramatique, et « tout ça est différent dans la bande dessinée ».

    Il est des personnages de fiction qui ont l’heur de toucher une corde sensible auprès du public. Imaginé par le bédéiste Michel Rabagliati, « Paul » s’est rapidement imposé comme l’une de ces figures iconiques. Sa nature discrète, jumelée à une empathie sincère, lui confère un côté « Monsieur Tout-le-Monde » qui a le coeur à la bonne place. On ne peut s’empêcher de trouver Paul attachant. C’est dire qu’à l’annonce de son passage du 9e art au 7e, pour reprendre la formule du collègue Fabien Deglise, de nombreux lecteurs étaient partagés entre joie et circonspection. Cette pression de ne pas trahir le personnage, le réalisateur François Bouvier en avait une conscience aiguë au moment de tourner le film Paul à Québec, à l’affiche le 18 septembre.

     

    Pour les néophytes, Paul à Québec, librement inspiré de l’ouvrage du même nom, relate comment Paul (François Létourneau), la fin de la trentaine, devient le confident de son beau-père (Gilbert Sicotte), qui se meurt en secret d’un cancer du pancréas. Autour d’eux, un clan tricoté serré (Julie LeBreton, Louise Portal, Myriam LeBlanc, Brigitte Lafleur, Patrice Robitaille, Mathieu Quesnel, Julien Poulin) dont les rires et les larmes tissent l’essentiel d’une trame à la fois simple et complexe, comme la vraie vie.

      
    Vous partiez avec un avantage, en cela que vous étiez le choix de Michel Rabagliati.​
     

    C’est vrai. Michel m’a fait parvenir deux bandes dessinées de Paul en m’expliquant qu’il souhaiterait porter le personnage à l’écran, et il se demandait si réaliser le film m’intéresserait. Un de mes longs métrages précédents, Histoires d’hiver, lui avait beaucoup plu. Bref, six ans plus tard… Car c’est un projet qu’on a porté longtemps, et qui a nécessité cinq versions de scénario.

     

    Qui plus est, vous deviez impérativement trouver le bon Paul.

     

    Pour moi, c’était évident que ce devait être François Létourneau. J’avais déjà collaboré avec lui ; j’étais confiant. Julie et lui, ç’a fonctionné tout de suite. Je suis très fier de la distribution. On croit à cette famille-là. Louise, qui est merveilleuse, merveilleuse, et Gilbert… J’ai vu le film quarante fois et il me fait encore brailler. Ç’a été un beau tournage. Tourner un film, c’est comme faire un grand voyage. Ça implique un dépaysement. En se frottant à l’univers de quelqu’un d’autre, on apprend plein de choses. Ça engendre toutes sortes de rencontres mémorables, mais aussi des imprévus qu’il faut surmonter, et ce, même si on parle d’un voyage « organisé », pardonnez le jeu de mots. Oui, j’ai eu des compagnons de voyage fabuleux… Et du plaisir, tellement de plaisir !

     

    Le cinéma est l’art de l’image en mouvement, or, avec Paul à Québec, vous vous retrouviez à travailler à partir d’une source dotée d’une signature visuelle très forte. Était-ce, d’une certaine manière, limitatif ?

     

    Ça m’a fourni un surcroît d’inspiration plus que ça m’a limité. Dans le film, il y a quelques scènes lors desquelles j’ai repris presque à l’intégrale les cadrages de la bande dessinée. Évidemment, je partais en sachant que les gens aiment la bande dessinée — moi-même, je l’adore. C’est couru d’avance, il y en aura qui se borneront à dire « la bande dessinée est meilleure ». Il fallait d’entrée de jeu faire fi de ça. Un film possède ses propres codes, sa propre structure dramatique, et tout ça est différent dans la bande dessinée. Dans le travail avec Michel Rabagliati [qui cosigne le scénario], on avait toujours ce souci-là à l’esprit, de telle sorte qu’au final, il y a dans la bande dessinée beaucoup de choses qui ne sont pas dans le film, et il y a dans le film beaucoup de choses qui ne sont pas dans la bande dessinée.

     

    Par quoi se sont traduits ces impératifs narratifs distincts, concrètement ?

     

    Un exemple majeur : dans cette bande dessinée là en particulier, Paul est plus effacé. Il est le témoin privilégié de ce qui arrive à son beau-père, puis des conséquences sur la famille de sa conjointe. Dans le film, on a doté le personnage de Paul de sa propre trame. C’est comme ça qu’on a décidé qu’il allait créer une bande dessinée basée sur les événements qui se produisent dans le film. À mesure que l’histoire avance, Paul se réalise de plus en plus. Le défi, après ça, c’était de parvenir à relier les destins des deux personnages, ceux de Paul et de son beau-père. Je pense qu’on y est arrivé : le beau-père est le moteur du film, mais Paul en est l’âme.

     

    Paul à Québec ouvrira la 5e édition du Festival de cinéma de la ville de Québec, le 17 septembre. Pour l’occasion, l’événement, en collaboration avec les éditions de la Pastèque, s’est associé avec le Musée national des beaux-arts du Québec, qui sera l’hôte de l’exposition Paul au musée. Le public pourra alors découvrir environ cent planches et dessins prêtés par Michel Rabagliati, ainsi que des dessins réalisés pendant le tournage du film par l’illustrateur Cyril Doisneau.













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