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La France recule

Martin Bilodeau   10 janvier 2004  Cinéma
Le cinéma québécois a atteint, en 2003, 12,89 % des parts de marché, pour un bond de 54,95 % par rapport à l'année 2002. La statistique continue d'étonner même si, depuis quelques semaines, on en connaît la valeur approximative.

Mais ce qui étonne vraiment, à la vue des chiffres définitifs publiés cette semaine par Alex Films (entreprise qui depuis 1993 enregistre les recettes au guichet des 750 écrans du Québec), c'est que cette victoire du cinéma québécois s'est faite, non pas au détriment du cinéma américain, qui a cédé à peine 2 % de ses parts de marché, mais au détriment du cinéma français, dont les parts ont chuté de 40,39 %. Voilà qui fait mal dans un marché francophone et francophile comme celui du Québec, où il sort, bon an mal an, une cinquantaine de films français.

Cela dit, les autres cinématographies, entre le marteau (Québec) et l'enclume (États-Unis), ont elles aussi perdu des plumes sur notre territoire. Ainsi, bien qu'on ait présenté 93 films venus de l'étranger (soit six films de plus qu'en 2002), les parts de marché globales de ces cinémas ont fondu de 9 % par rapport à l'année 2002.

Chez Alex Films, on ne s'étonne pas outre mesure de ces résultats, considérant que la loi du nombre (227 films américains sont sortis ici en 2003, contre 230 en 2002) permet au cinéma de nos voisins du Sud de maintenir le cap. Mais à son tour, le succès de notre cinéma étonne les Américains. Ainsi, Simon Beaudry, d'Alex Films, reçoit parfois des appels de clients américains lorsque, dans les statistiques publiées chaque semaine par les magazines professionnels tels Hollywood Reporter et Variety (qui reçoivent par abonnement les statistiques hebdomadaires publiées par Alex Films), apparaît dans le top-20 nord-américain un titre comme Les Boys ou La Grande

Séduction.

***

Cela dit, dans un marché nord-américain que les États-Unis croient dominer sur toute la ligne, la présence de ces films étonne plus qu'elle n'inquiète. Mais la répétition de succès du genre pourrait, à moyen terme, faire du Québec un laboratoire, au même titre que les pays européens où Hollywood a ses antennes et déniche les films qui feront l'objet de ses prochains remakes.

Ainsi, on peut se demander si Sur le seuil, vendu à Miramax, donnera le ton ou sera un cas isolé comme le fut Louis 19, adapté par Ron Howard. Le scénario des Invasions barbares sera-t-il lui aussi vendu aux Américains, comme l'avait été celui du Déclin de l'empire américain? L'avenir nous le dira et personne ne possède de boule de cristal.

«Le succès des films québécois en 2003 est une chose formidable, mais il ne faut pas oublier que, dans cette industrie, tout est tributaire de la création et de la rencontre entre une offre et une demande que personne ne peut prévoir», rappelle Simon Beaudry. Celui-ci attribue la remontée du cinéma québécois à plusieurs facteurs, parmi lesquels le dialogue qui s'est établi depuis quelques années entre les différents acteurs de l'industrie, notamment entre les distributeurs et les exploitants.

«En 2004, on ne peut plus dire que les exploitants n'aident pas le cinéma québécois, car rien n'est plus faux.» En effet, les exploitants, même en région, ont l'an dernier sacrifié quelques gros titres américains pour programmer des films québécois tels Les Invasions barbares, La Grande Séduction et Nez rouge. Mais pour qu'une véritable résistance s'installe, il leur faudrait découvrir les cinémas français et international.

***

Au concert de statistiques d'Alex Films suivait la publication cette semaine de celles de Médiafilm, agence de presse qui publie des fiches d'appréciation surmontées d'une cote sur tous les longs métrages qui prennent l'affiche sur les écrans du Québec.

Il en est sorti 342 pendant l'année. De ce nombre, près de la moitié (174) étaient américains et 32 étaient québécois. Un nombre record, que Martin Girard, rédacteur en chef de Médiafilm, explique par la prolifération des films tournés en numérique, qui parfois prennent l'affiche pour une seule semaine à l'ONF ou à Ex-Centris: «Ce nouveau phénomène bouleverse les statistiques», dit-il.

Au chapitre des cotes attribuées aux films québécois sortis en 2003, une dizaine ont obtenu la cote 4 (dont 20h17 rue Darling, qui à mon humble avis méritait mieux) et quatre ont reçu la cote 3 (très bon), soit Les Invasions barbares, Mambo Italiano, La Grande Séduction et Roger Toupin, épicier variétés. Belle récolte!

Hélas, l'année 2004 commence par un couac: Vendus, d'Éric Tessier (Sur le seuil), qui prend l'affiche la semaine prochaine, s'est vu attribuer par Médiafilm la cote 6 (pauvre). Ajoutez à ça qu'y fait pas chaud dehors...

Pour plus d'information sur Médiafilm:

www.officecom.qc.ca/media-film

Pour plus d'information sur Alex Films:

www.alexfilms.com

***

Vous pouvez entendre Martin Bilodeau trois fois par semaine dans le cadre du magazine quotidien Aux arts, etc. (midi dix) de la Chaîne culturelle de Radio-Canada, animé par Johanne Despins.
 
 
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