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    Fondu au noir

    Sept ans après «Tout est parfait», un nouveau film d’Yves Christian Fournier

    4 avril 2015 |Odile Tremblay | Cinéma
    L’équipe du film «NOIR», un film d’auteur plutôt qu’un film d’action
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir L’équipe du film «NOIR», un film d’auteur plutôt qu’un film d’action

    Ça faisait longtemps qu’on attendait un film d’Yves Christian Fournier. Son premier long métrage Tout est parfait, constellation de désespoirs en implosion sur la détresse et le suicide chez les jeunes, avait ému en 2008 par sa finesse de ton et la sensibilité du jeu des acteurs. Mais pour la suite de sa carrière, le diable s’en est mêlé.

     

    Comme le rappelle la productrice de Go Films, Nicole Robert, son projet Le temps n’existe plus, conte existentiel, n’a pas trouvé son financement auprès des organismes, malgré l’intérêt qu’avait manifesté Roy Dupuis. Des années d’efforts réduites à rien, quoique Nicole Robert n’exclue pas la possibilité de ramener un jour cette histoire qui lui tient à coeur sur ses rails. Quant à NOIR, son nouveau film en salle vendredi, il tenait au parcours du combattant, le projet, refusé à plusieurs reprises, ayant été accepté par les organismes à minuit moins une. « J’ai pu vivre en faisant de la pub », dit Yves Christian Fournier, estimant aujourd’hui que mieux vaut garder plusieurs fers au feu.

     

    Scénarisé par Jean-Hervé Désiré, avec ses histoires de gangs de rue dans la communauté noire de Montréal-Nord, le concept de NOIR effrayait. Jean-Hervé Désiré précise en avoir écrit maintes versions. Quant au budget escompté, il s’est rétréci comme peau de chagrin : 2,4 millions, c’est peu pour une histoire à plusieurs personnages.

     

    « J’aurais aimé montrer la ville de Montréal en feu, créer une émeute à l’écran, mais l’argent a manqué pour nourrir ces ambitions-là », explique Yves Christian Fournier. « On n’a pas été accueillis en triomphe. Encore aujourd’hui, il y a des préjugés au Québec voulant qu’un film avec beaucoup de Noirs puisse éloigner le public blanc. Quelqu’un a même mis en doute la réalité du profilage racial par les policiers. Pourtant, les gens ont en mémoire les événements de Ferguson, de Madison, de New York, avec des Noirs tués par les policiers. Ça n’arrive pas qu’aux États-Unis. On connaît mal ce qui se passe dans les quartiers défavorisés de Montréal. Je trouvais dans le racisme, l’exclusion, le profilage racial une dynamique immense, plus vaste encore que celle du suicide, le thème de Tout est parfait. J’aimerais que les Blancs se remettent en question par rapport au film. En ignorant les problèmes, on y participe. Comme pour Tout est parfait, mon intérêt est plus social que cinématographique.»

     

    Le réalisateur, autrefois de la Course Destination monde (grand lauréat de l’édition 1997-1998), avait fait deux séjours en Haïti, vécu aussi dans le ghetto noir de La Nouvelle-Orléans avant le passage de Katrina. « La vie veut que les choses arrivent. J’ai rencontré là-bas des gens merveilleux et j’aimais la qualité photographique des visages noirs, mais c’était un milieu rough et je sentais un malaise. Puis je me suis dit : “Jamais je n’ai fait une marche dans Montréal-Nord.” » Il y est allé et, par effet de synchronicité, Nicole Robert lui faisait parvenir à peu près en même temps le scénario de Jean-Hervé Désiré. « C’était inachevé, mais j’y retrouvais quelque chose de l’écriture de Davis Simmon [qui a fait The Wire, The Corner, Treme] et j’ai senti que je pourrais poser sur ce projet-là un regard de documentariste, sans jugement, en assistant à quelque chose. Je n’aime pas le cinéma à message, moralisateur. »

     

    Au départ, il voulait en faire davantage un film d’action. « Mais après ce qui est arrivé à Fredy Villanueva [jeune homme de 18 ans tué par un policier dans Montréal-Nord en 2008], j’ai décidé que ça valait un film d’auteur. »

     

    Le scénariste Jean-Hervé Désiré est d’origine haïtienne : « Mon cousin s’est fait poignarder à mort par un membre d’un gang de rue, dit-il. Il était innocent, hors du milieu. J’ai basé aussi mon histoire sur des faits divers qu’on retrouve dans Le Journal de Montréal ou ailleurs en me posant cette question : “Pourquoi au Québec ?” J’ai essayé de faire un truc venu de l’intérieur. »

     

    Criminalité, violence, drogue, prostitution sont au menu de cette oeuvre chorale. « Noiroffre une possibilité aux acteurs noirs, qui ont peu l’occasion de jouer, précise le cinéaste. Mais j’avais vu un film sur le milieu [Sortie 67] et je n’étais pas sûr de pouvoir trouver les niveaux de jeu que je recherchais. Plusieurs acteurs sont des non-professionnels. Il y a eu plus d’effets théâtraux que désiré. On a tourné des scènes difficiles aussi : pousser un acteur débutant sur une voie ferrée à l’approche du train, c’est dur. Il ne s’agit que de mon deuxième long métrage. Je suis encore en apprentissage. Je ne pense pas qu’on arrive quelque part avant un troisième ou un quatrième film. »

     

    Jean-Hervé Désiré garde dans sa manche un scénario en anglais dont l’histoire se déroule à New York, avec une structure fragmentée à la Gomorra. Yves Christian Fournier a des visées sur un roman français à adapter. NOIR ne prend l’affiche à Montréal et à Laval que sur cinq écrans. « On me dit que ce n’est pas un film pour la ville de Québec, soupire la productrice. Pourtant, ce sont des sujets d’actualité. Le racisme est de plus en plus fort chez nous. »













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