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    Autour de «L’empreinte»

    Et si les Québécois tenaient plusieurs de leurs différences des premiers liens avec les autochtones…

    7 mars 2015 |Odile Tremblay | Cinéma
    Le comédien Roy Dupuis entouré de Carole Poliquin et Yvan Dubuc
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Le comédien Roy Dupuis entouré de Carole Poliquin et Yvan Dubuc

    Vendredi prochain sort dans nos salles un important documentaire, L’empreinte, réalisé par Carole Poliquin et Yvan Dubuc. Roy Dupuis y rencontre des anthropologues, des historiens, une poétesse innue, etc., et pose des questions inédites. On savait le métissage des Québécois francophones avec les autochtones en grande partie évacué de la mémoire collective. L’anthropologue Serge Bouchard répétait de son côté à pleines émissions et ouvrages que les liens entre les Amérindiens et les habitants de la Nouvelle-France étaient tissés très serré. Mais on n’avait guère lié jusqu’ici les spécificités de la société québécoise aux effets de ce métissage. La quête du consensus, le collectivisme et l’égalitarisme, quoique malmenés par le vent du jour qui prime l’individu, seraient empruntés aux cultures des premiers peuples.

     

    Tout a commencé quand Yvan Dubuc, coauteur avec Pierre Perrault de La bête lumineuse, en 1982, est parti travailler en France, où il a constaté : « On n’est pas des Français. Mon « savoir être au monde » est différent du leur. » Ces questions l’habitaient depuis 40 ans. « Un travail sur la littérature québécoise m’avait intéressé aux personnages de nomades : Le Survenant, Alexis dans Un homme et son péché, François Paradis de Maria Chapdelaine : tous des ensauvagés non identifiés comme tels. Mon amitié avec les Amérindiens de Maniwaki, qui s’est développée au cours du tournage de La bête lumineuse, m’a ancré dans cette impression que nos liens étaient sous-estimés. »

     

    À Montréal, il a abordé la question avec la documentariste Carole Poliquin (L’emploi du temps, L’âge de la performance), qui l’a convaincu de coréaliser un film avec lui. Roy Dupuis se posait des questions identitaires aussi après un séjour de travail en France également. « Tous leurs rapports hiérarchiques nous sont étrangers, dit-il. Nous ne fonctionnons pas selon un système pyramidal, mais de façon circulaire, comme les Amérindiens. »

     

    « En Nouvelle-France, où l’immigration était d’abord masculine, les premières mères étaient des Amérindiennes, poursuit Carole Poliquin. J’ai moi-même des ancêtres autochtones. Il y a eu du métissage, des adoptions et des modèles de transmission de savoir. Beaucoup de Français qui arrivaient ici, devant la liberté, sexuelle entre autres, des Amérindiens, empruntaient leur mode de vie. Sans eux, nous ne serions pas ce que nous sommes. »

     

    Les cinéastes ne voulaient pas faire un film sur le passé, mais sur nos valeurs contemporaines. Des témoignages de l’historien Denys Delâge, de l’anthropologue Serge Bouchard, de l’anthropologue abénakise Nicole O’Bomsawin, mais aussi de la juge Louise Otis, instigatrice de la médiation judiciaire au Québec, de la psychanalyste Jacqueline Lanouette, etc., étayent ces théories. Ils démontrent que, si le modèle québécois est plus communautariste que celui des Canadiens anglais ou des Européens, c’est à cause des liens étroits entre les Amérindiens et les francophones. Ces derniers avaient au départ instauré une politique d’alliance davantage que de colonisation, ce qui resserrait ces liens.

     

    Comme l’explique Roy Dupuis, la très traumatisante Conquête de 1759 a brisé des liens, non seulement avec la France mais avec les nations autochtones. « Pour ne pas être déportés comme les Acadiens, pour ménager les Anglais au pouvoir, à cause des thèses racistes européennes au XIXe, les francophones du Québec ont renié leurs rapports fraternels avec les Amérindiens qui duraient depuis 150 ans. Le film m’a permis de comprendre à quel point cet héritage est important pour nous. Le reconnaître nous aiderait à guérir nos blessures identitaires. Et en redonnant leur importance aux Amérindiens, qui avaient une connaissance de la nature et sans qui la colonie n’aurait pas survécu, on peut recréer des liens avec eux, pour les causes écologiques entre autres. Nos livres d’histoire nous ont enseigné ça tout croche. On s’est fait niaiser. On doit réagir. » Le projet d’indépendance a trop misé sur les seules racines françaises aussi, contribuant à occulter les autres legs.

     

    Carole Poliquin estime que ce même message est demeuré lettre morte au cours des années 70, quand des historiens comme Denis Vaugeois le mettaient de l’avant, mais qu’aujourd’hui les jeunes en particulier sont curieux de leurs racines, à l’heure aussi où les Amérindiens prennent la parole. « On y voit comme une proposition de redéfinir l’identité québécoise actuelle, conclut-elle. Elle est passée par la religion, puis la langue, mais on peut se retrouver autour d’un ensemble de valeurs de tolérance. »













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