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    D'un film (et d’épinettes) noir

    «Ceci n’est pas un polar» ouvre le FCIAT en s’appliquant à détourner les poncifs du genre

    25 octobre 2014 |François Lévesque | Cinéma
    Le réalisateur du film Ceci n’est pas un polar, Patrick Gazé, entouré des comédiens Roy Dupuis et Christine Beaulieu
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le réalisateur du film Ceci n’est pas un polar, Patrick Gazé, entouré des comédiens Roy Dupuis et Christine Beaulieu







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    sur le Festival du cinéma
    en Abitibi-Témiscamingue
    Le 33e Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue (FCIAT) débute ce samedi. On connaît le décor régional, on l’aime : des conifères, surtout, avec une dominance d’épinettes noires. Un arrière-plan approprié pour un film… noir. Quoique.​
     

    Avec Ceci n’est pas un polar, Patrick Gazé signe un premier long métrage qui, quoi qu’en dise son titre, s’amuse à détourner les poncifs du genre en empruntant des avenues imprévues, à l’instar du chauffeur de taxi montréalais qu’y interprète Roy Dupuis. La femme mystère campée par Christine Beaulieu est largement responsable des sinuosités narratives en question.

     

    « J’adore ce genre, le polar, précise le cinéaste Patrick Gazé, qui signe là un premier long métrage aussi surprenant qu’attachant. J’en lis beaucoup et, au départ, c’est ce que je pensais écrire. Mais comme je me suis donné une liberté complète, c’est devenu… autre chose. »

     

    De quoi s’agit-il ? D’une histoire simple compliquée par les secrets des uns et des autres, ceux d’André, un chauffeur de taxi bougonneux et misanthrope, et ceux de Marianne, une jeune passagère avec qui il entame une liaison amoureuse spontanée, Marianne qui a peut-être envoyé un homme dans le coma.

     

    D’emblée, on reconnaît le pigeon et la femme fatale, archétypes connus du film noir. Mais voilà, à mesure qu’André tente de découvrir la vérité, son statut d’antihéros glisse subtilement vers celui de héros. Quant à Marianne, ses dehors opaques ne cachent pas ce que l’on croit. Le ton est à l’avenant, passant lentement du sombre au « feel-good ». Et ça fonctionne.

     

    « J’aimerais pouvoir dire que c’était voulu et réfléchi, mais j’y suis vraiment allé à l’instinct, avoue Patrick Gazé. Je ne me suis pas dit : “Je vais écrire un anti-polar.” En même temps, c’est un fait que je ne désirais pas écrire un truc classique. Ça, c’était très conscient. »

     

    Le romantique malgré lui

     

    « Ceci n’est pas un polar mais une histoire d’amour » aurait pu être un titre alternatif, longuet, certes, mais pertinent. Intrigant, le volet romantique est traité de la même manière que le volet policier, c’est-à-dire sur le mode de l’inversion.

     

    Ainsi, comme le fait remarquer André, Marianne et lui ont « commencé par baiser » pour ensuite apprendre à se connaître, et non le contraire. Une approche qui a plu à Roy Dupuis.

     

    « C’est ironique parce qu’avant de lire ce scénario-là, j’avais refusé plusieurs films romantiques ; je n’avais pas envie de ça », explique l’acteur qui, des Filles de Caleb à Un homme et son péché, a donné dans cette veine-là.

     

    « Mais ce projet-là, il m’a immédiatement plu. Il y a le côté inopiné de l’histoire d’amour, peut-être… On s’attend à une enquête, et c’est bel et bien présent, mais on a surtout ces deux êtres-là qui se trouvent par hasard… Ce qui est vraiment venu me chercher, c’est la possibilité de faire surgir de l’ordinaire une grande passion. C’est ça, oui. C’est ça que j’aime : cette capacité de reconnaître la poésie dans le banal. »

     

    Dans Ceci n’est pas un polar, Roy Dupuis offre l’une de ses meilleures interprétations. Derrière le charisme rehaussé par le temps, derrière le regard bleu magnétique, il y a le jeu, senti et nuancé : André existe, point. Or il s’en est fallu de peu que l’acteur n’apparaisse pas au générique. En effet, Patrick Gazé n’imaginait pas du tout son protagoniste avec les traits de Roy Dupuis. Ce dernier rit encore au souvenir de leur première rencontre.

     

    « Quand on s’est vus pour parler du projet, Patrick m’a dit : “Écoute, je ne pensais pas pantoute à toi pour le rôle : t’es trop beau.” Y’a pas grand monde qui aurait osé me dire ça ! Je l’ai trouvé correct ; je l’ai tout de suite aimé », confie Roy Dupuis.

     

    Cherchez la femme

     

    Il fallait une comédienne possédant beaucoup de présence afin que Marianne, personnage pivot, ne soit pas éclipsée par le charisme de la vedette. Christine Beaulieu (Camion) dégage une telle assurance, un tel aplomb, qu’elle s’avérait la partenaire idéale.

     

    « Y’a plein de surprises dans ce film-là, note-t-elle. Y’a plein de détours imprévisibles. Y’a surtout une vérité, et une humanité aussi. Patrick réussit quelque chose de rare : il fait exister l’amour, un amour réel, crédible, entre deux personnes qui ont des vies difficiles et qui évoluent dans un contexte où on n’imagine pas l’amour possible, justement. Les gestes d’amour que pose le personnage de Roy en font en outre un personnage actif. Je suis sensible à ça : on voit trop souvent des personnages qui subissent dans notre cinéma. »

     

    Celui qu’interprète Christine Beaulieu n’est pas davantage passif, même si l’énigme qu’elle représente repose essentiellement sur ses silences. « C’est tellement le fun à jouer, le mystère. T’as l’impression de tenir le spectateur dans le creux de ta main. Tu te demandes où elle va t’amener, cette Marianne. » On se pose la même question pendant le film et, sans trop en dire, disons simplement que l’on a un large sourire aux lèvres en arrivant à destination. Une destination, à l’instar des événements qui l’ont précédée, inattendue.

     

    Ceci n’est pas un polar prendra l’affiche le 31 octobre. Toute l’équipe du film sera présente au Théâtre du Cuivre en soirée afin d’en réserver la primeur aux cinéphiles de Rouyn-Noranda.













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