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De belles vues au sommet

André Lavoie   6 décembre 2003  Cinéma
Source Cinémathèque québécoise - Harvie Krumpet, de l’Australien Adam Elliot, a été couvert de prix au dernier festival d’Annecy.
Source Cinémathèque québécoise - Harvie Krumpet, de l’Australien Adam Elliot, a été couvert de prix au dernier festival d’Annecy.
Le cinéma d'animation n'échappe pas aux splendeurs et misères des autres genres cinématographiques: production abondante, multiplication des festivals, omniprésence de la télévision et espace souvent restreint sur grand écran. De par la diversité des techniques, ses durées variables et des préjugés tenaces sur son caractère supposément consensuel, donc à la portée de tous, l'animation ne cesse de brouiller les pistes et de tromper les attentes de ceux qui ne la cantonnent qu'aux cartoons.

Le paysage s'est tellement transformé que le festival d'Annecy en France en représente parfois sa version glamour, là où tous les bonzes de l'industrie se donnent rendez-vous, reléguant à la marge, ou préférant exclure parfois, les productions plus audacieuses. Depuis l'an dernier, la tradition de présenter les grands films de l'année tirés de la programmation d'Annecy à la Cinémathèque québécoise s'est ouverte aux autres festivals, question d'offrir des choix d'un plus grand éclectisme.

Marco de Blois, conservateur à la Cinémathèque et programmateur des Sommets de l'animation 2003, d'abord proposé à Québec ce week-end et à Montréal à partir du 11 décembre, reconnaît qu'il est impossible pour Annecy de présenter toute la production mondiale. D'où l'importance de fréquenter les festivals d'Ottawa et de Zagreb en Croatie afin de débusquer les petites perles échappées par Annecy.

Certaines d'entre elles se retrouveront sur les écrans du Musée de la civilisation et de la Cinémathèque. Elles vont se glisser dans des programmes aux ambitions multiples. «Ce ne sont pas nécessairement mes coups de coeur, précise Marco de Blois. Il s'agissait surtout d'établir un panorama international assez large et de présenter un grand éventail de styles, de techniques et de discours.» Cette diversité secoue de nouveau le préjugé voulant que l'animation soit entièrement soumise à la tyrannie informatique. «À une certaine époque, souligne-t-il, le discours sur l'informatique était apocalyptique: l'animation, voire les acteurs, tout allait disparaître! Dans cette rétrospective, au moins douze films sur quinze ont bénéficié de l'informatique, mais c'est davantage un soutien pour la réalisation. On a réussi à dompter la bête.»

Parmi les courts métrages à l'affiche, il faut bien sûr attraper quelques réussites québécoises, comme Îlot de Nicolas Brault, puisant son inspiration dans la culture inuite, et Oïo de Simon Goulet, une ciné-peinture sur une musique envoûtante de René Dupéré qui accumule les honneurs partout où le film est présenté. Les cinéphiles maniaques s'amuseront à repérer les innombrables références cinématographiques dans Fast Film de Virgil Widrich, reproduites sur papier imprimé et plié dans une formidable course contre la montre. Et sur un ton nettement plus grave, dans une parfaite adéquation entre la forme (une peinture aux couleurs sombres) et le fond (l'enfer des camps de concentration), Ligne de vie de Serge Avédikian rend hommage à la ténacité des créateurs, à la pérennité de l'art sur la bêtise humaine.

Même si Marco de Blois n'a pas cherché qu'à se faire plaisir, il porte une affection particulière à quelques films, dont certains annoncent une oeuvre à venir. «The Son of Satan de Jean-Jacques Villard est un film étudiant... mais le film d'un étudiant très prometteur! Il réussit à créer un incroyable sentiment de violence dans cette adaptation d'un texte de Charles Bukowski. En travaillant avec du papier recyclé, du papier sale, il augmente cette sensation de peur. Et j'ai aussi beaucoup d'admiration pour l'Australien Adam Elliot avec Harvie Krumpet. L'image est souvent statique mais il y a beaucoup d'ironie, d'humour et de tristesse.» Et signalons que le film fut couvert de prix au dernier festival d'Annecy. L'événement demeure, malgré tout, incontournable et continue de donner le ton à ces glorieux Sommets de l'animation.

***

Les Sommets de l'animation

Les 6 et 7 décembre à 14h et à 19h30 au Musée de la civilisation à Québec en collaboration

avec Antitude. (Renseignements: (418) 524-2113 ou www.antitube.org)

Les 11 et 14 décembre à 18h30, le 12 à 21h et le 13 à 20h30 à la Cinémathèque québécoise à Montréal.

(Renseignements: (514) 842-9768 ou www.cinematheque.qc.ca)






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