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    Un résistant nommé Spike Lee

    Invité du Festival international du film black, le créateur a reçu un prix hommage comme cinéaste précurseur

    25 septembre 2014 |Odile Tremblay | Cinéma
    Le cinéaste dit ne pas croire au Hollywood noir. « Les gens aux commandes des studios ne sont pas des gens de couleur. »
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le cinéaste dit ne pas croire au Hollywood noir. « Les gens aux commandes des studios ne sont pas des gens de couleur. »

    Il était en forme, Spike Lee, et généreux. Bien luné, on ne lui fera pas le coup de l’icône. Quand il revoit sa carrière aux 23 films, il dit : «C’est une business merveilleuse, mais très dure.»

     

    Invité du Festival international du film black de Montréal, celui qui grandit à Brooklyn et en livra des images multiculturelles inoubliables (son film Crooklyn est autobiographique) recevait mercredi un prix hommage comme cinéaste précurseur. Il a toujours ses lunettes rondes, sa casquette, un petit sourire, la dégaine du type qui s’est battu et triompha souvent. Le réalisateur de Mo’Better Blues et de Malcolm X, également acteur, créateur aux propos incendiaires, qui tonna entre autres contre la National Rifle Association et les autorités américaines qui laissent les Noirs crever dans des inondations, des prisons, sur la rue, n’a pas peur des controverses : « Ce qui m’inspire encore, dit-il, le concept du racisme à travers un lot d’histoires inédites. Les États-Unis se sont érigés sur le génocide des Amérindiens et sur l’esclavage des Africains. »

     

    Spike Lee accompagne son dernier film Da Sweet Blood of Jesus, lancé en première internationale au Cinéma Impérial. « Un film sur la dépendance au sexe avec plein de sang. »

     

    Son remarquable Do the Right Thing (1989), qui a été en nomination pour l’Oscar du meilleur scénario, mais qui aurait mérité tous les honneurs, célèbre ses 25 ans. Il brossait des portraits de plusieurs communautés à Brooklyn, en hypertension. « J’y abordais le profilage ethnique et l’été dernier, Michael Brown s’est fait enterrer pour des raisons identiques au Missouri. »

     

    Il paraît loin, le temps où son film de fin d’études Joe’s Bed-Stuy Barbershop : We Cut Heads (son confrère Ang Lee y était assistant-réalisateur et son père, le jazzman Bill Lee, composait la musique) fut le premier film étudiant projeté au New Directors/New Film Festival du Lincoln Center. La gloire, ensuite ? Hum ! « En 1985, personne ne voulait investir dans mon long métrageShe’s Gotta Have It. » Un budget de 175 000 $, deux semaines de tournage. Mais cette fable sur la condition féminine allait engranger plus de 7 millions au box-office. Depuis, Spike Lee enchaîna les succès et les échecs.

     

    Sa maison de production 40 Acres and a Mule, fondée à ses débuts en 1983, fait référence à la promesse d’indemnisation faite aux esclaves afro-américains, libérés après la guerre de Sécession, avec promesse d’immunisation de 40 acres (16 hectares) et une mule pour atteler à leur charrue. « La première promesse brisée », ironise-t-il.

     

    Violence et rêves

     

    « Il y a 25 ans, je n’aurais jamais cru voir élire un président noir, lance-t-il. Il y a eu beaucoup de changements, mais davantage d’Afro-Américains vivent dans la pauvreté qu’à l’époque. La police continue à les tuer et, pour une histoire qui fait les manchettes, comme celle de Michael Brown, des centaines d’autres restent à l’ombre. La police américaine est hors de contrôle. Les États-Unis sont violents, avec l’immense problème de la libre circulation des armes à feu, mais c’est aussi le pays où tu peux le mieux réaliser tes rêves. »

     

    Alors que des jeunes Afro-Américains se grisent de voir leurs aînés devenir stars de cinéma, même oscarisées — et Dieu sait que Spike Lee aura fait jouer des acteurs comme Samuel L. Jackson, Denzel Washington, etc. ; même Halle Berry lui doit sa première apparition au cinéma dans Jungle Fever en 1991 —, le cinéaste déclare ne pas croire au Hollywood noir. « Il y a plus de stars noires qu’avant, et ça bloque la vue, dit-il. Car leur proportion est très basse et beaucoup reste à faire pour apporter la diversité à Hollywood, autant pour les femmes que pour les Hispaniques et pour les Noirs. Se hisser là demande beaucoup d’efforts et plusieurs sont tombés en route. Les gens aux commandes des studios ne sont pas des gens de couleur. »

     

    Spike Lee, qui a fait des fictions, mais aussi plusieurs documentaires — son 4 Little Girls, sur des enfants tuées en 1963 par une bombe en Alabama, avait été en nomination pour l’Oscar du meilleur documentaire —, en prépare un sur le basketball : Go Brasil Go, mais se tourne aussi vers le petit écran, pour lequel il adapte son film She’s Gotta Have It. « Aux États-Unis, la télé câblée est meilleure que le cinéma, plus adulte. »

     

    Spike Lee, dont la mère et la grand-mère enseignaient, suit leurs traces depuis 25 ans et enseigne le cinéma à l’Université de New York. « Trop de jeunes afro-américains n’atteignent pas le collège. Or, il y a un lien direct entre le décrochage et la population carcérale. Je dis à mes élèves de croire en eux. »













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