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    De boîte à lunch à boîte aux lettres

    Ritesh Batra raconte comment il a mitonné ses Saveurs indiennes

    15 mars 2014 |André Lavoie | Cinéma
    Ritesh Batra
    Photo: Sony Pictures Classics Ritesh Batra

    En cette ère électronique et dématérialisée, l’idée de s’envoyer des mots doux griffonnés à la main sur du papier semble totalement anachronique. C’est pourtant le moyen privilégié par les deux personnages principaux du premier long métrage de fiction du cinéaste indien Ritesh Batra, Saveurs indiennes. Par contre, nul besoin de timbre ou d’enveloppe pour faire voyager ces messages : des coursiers chargés de livrer des repas chauds aux quatre coins de Mumbai vont s’acquitter de cette tâche.

     

    Ce système n’est pas une fantaisie cinématographique ; ils sont plus de 5000 coursiers à ratisser, à vélo, en auto et en train, cette ville bruyante et agitée, apportant aux travailleurs leur repas du midi préparé le matin par leur épouse ou leur restaurant préféré, système géré de façon minimale et à la précision digne d’une horloge suisse. Ritesh Batra n’avait pas d’opinion particulière sur ce phénomène, reconnu pour son faible taux d’erreur, mais un séjour prolongé à New York a développé chez lui une certaine nostalgie des origines.

     

    C’est justement de Mumbai qu’il évoque son contact privilégié avec cet univers, lui qui, après plusieurs courts métrages, voulait tourner un documentaire sur le sujet. « Ce n’était pas tant le fonctionnement qui m’intéressait que de dénicher de bonnes histoires plus personnelles, raconte Ritesh Batra lors de notre entretien téléphonique. J’ai fréquenté ces coursiers pendant plusieurs semaines, certains sont devenus des amis — on les voit d’ailleurs dans le film ! — et ils m’ont raconté beaucoup d’anecdotes concernant des épouses insatisfaites. »

     

    Dans Saveurs indiennes, l’une d’elles tente de reconquérir son mari indifférent en lui préparant des repas succulents, mais ses efforts vont aboutir sur le bureau d’un autre homme, un fonctionnaire solitaire au seuil de la retraite, d’abord séduit par cette cuisine exceptionnelle, vite intrigué par les messages que cette inconnue glisse dans la boîte. Ce grincheux déstabilisé dans sa routine n’est pas sorti de l’imagination de son auteur. « Je me suis un peu inspiré de mon grand-père, un veuf qui supportait mal la solitude. On retrouve aussi dans le film une certaine nostalgie pour le quartier de mon enfance. Il y a toujours beaucoup de choses personnelles quand on réalise un premier long métrage… »

     

    Par contre, oubliez le clinquant de la manière Bollywood, un genre musical et flamboyant que le cinéaste sait apprécier mais qui ne l’inspire pas comme créateur. « C’est sans doute pour cette raison que plus de la moitié du financement provient de l’extérieur de l’Inde, dit-il sans amertume. J’ai monté le film à New York, fait le son et la musique à Berlin, et la colorisation en France… et il a plutôt bien marché en Inde ! » Avec ce financement international, avait-il le sentiment d’être sous haute surveillance et de multiplier les compromis ? « Un budget de moins de 2 millions d’euros, c’est peu. Les pressions auraient été plus fortes si le film avait été plus coûteux. »

     

    À un journaliste, Ritesh Batra soulignait son grand intérêt pour la cuisine, fascination réelle et sincère, mais jamais ostentatoire dans Saveurs indiennes. Il précisait toutefois ne pas voyager dans les pays où la bouffe n’est guère recommandable. Que pense-t-il alors de ce que l’on peut manger ici ? « Je n’ai visité qu’une seule fois le Canada, affirme le réalisateur en riant. J’ai été invité au Festival de Toronto et, à cette occasion, j’ai mangé de délicieux sushis et surtout dîné en compagnie de l’écrivain Michael Ondaatje, qui est venu voir mon film. » Manger avec le célèbre auteur du Patient anglais, ça ne manque pas de piquant, même pour un cinéaste indien.

     

    Saveurs indiennes prendra l’affiche le vendredi 21 mars en version française et en version originale avec sous-titres anglais dans plusieurs villes du Québec.

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