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    Le Miron de Simon Beaulieu

    6 mars 2014 |Odile Tremblay | Cinéma
    Dans le film de Simon Beaulieu, seule la voix de Miron y est entendue, lisant des poèmes, chantant des chansons de folklore, parlant de son rêve nationaliste.
    Photo: Archives ONF Dans le film de Simon Beaulieu, seule la voix de Miron y est entendue, lisant des poèmes, chantant des chansons de folklore, parlant de son rêve nationaliste.

    On devait déjà à Simon Beaulieu deux portraits documentaires : sur le peintre Serge Lemoyne et sur le poète politicien Gérald Godin. « Avec ce film sur Gaston Miron, je clos un triptyque », dit-il, en se dirigeant vers de nouvelles avenues. Le jeune cinéaste, qui s’intéresse à l’identité québécoise et à la poésie, à l’art sous toutes ses formes, trouvait son film sur Godin plutôt classique et eut envie de donner au Miron une forme plus artistique, sans anecdotes. Miron : un homme revenu d’en dehors du monde est un collage de scènes ou de chutes inédites tirées de 81 oeuvres québécoises, documentaires et fictions, non seulement sur Miron lui-même, mais sur le Québec à travers les ans. « Car Miron portait sur son dos les générations qui l’avaient précédé. » Il a cherché à montrer la symbolique intérieure du poète, à « entrer dans sa tête ». « Je voulais ici surtout entendre Miron. Et Simon Bélair a composé une musique pour accompagner le souffle de ses poèmes. »

     

    Simon Beaulieu n’a pas connu Miron, plus joyeux, plus vivant que la vision pessimiste portée par le film. Le cinéaste avoue avoir plutôt filmé l’esprit de son long poème L’homme rapaillé : « Nous les raqués de l’histoire batèche ». Seule la voix de Miron y est entendue, lisant des poèmes, chantant des chansons de folklore, parlant de son rêve nationaliste. « Mon amour pour L’homme rapaillé fut à l’origine du film. Dans cette oeuvre, je vois le désespoir absolu d’un homme qui sait qu’il ne peut connaître l’amour. » On lui objecte qu’il connut des passions amoureuses profondes, même s’il mit souvent l’accent à l’écrit sur ses déchirures. « Certains reprochent à mon film de ne pas avoir montré le côté cabotin de Miron. »

     

    Avec des documents d’archives de l’ONF et d’ailleurs, son documentaire évoque par sa forme La mémoire des anges de Luc Bourdon, sorti en 2008 après trois ans de visionnement de kilomètres de pellicule. Simon Beaulieu précise avoir bénéficié pour sa part de l’évolution de la technologie. « L’ONF possède aujourd’hui un site images, où tu peux consulter en ligne les chutes archivées à l’Office. J’ai pu visionner au-dessus de 50 000 plans, sans sortir de chez moi, en gagnant beaucoup de temps de recherche. Mon tournage, c’est mon montage, effectué avec René Roberge. » Après avoir eu accès à la pellicule, Karl Lemieux la transférait ensuite sur support numérique. Il transformait ensuite ou pas l’image, pour la rendre floue ou la brûler au besoin avec l’aide de Daichi Saïto. « On s’est demandé : comment réussir à apporter des éléments du cinéma expérimental dans un documentaire ? »

     

    Dans le film, Miron cite Jean Bouthillette à travers un extrait de son ouvrage Le Canadien français et son double (L’Hexagone, 1972) : « D’abord, ce que doit vaincre notre peuple, c’est sa grande fatigue, cette sournoise tentation de la mort. » Pour Simon Beaulieu, Miron a fait une oeuvre à partir de ces constats de dépossession, après avoir eu le choc aussi d’apprendre que son grand-père était analphabète. « Et à la fin de L’homme rapaillé, il dit cette belle phrase, qui clôt le film : Emmanuelle, ma fille, je te donne ce que je réapprends.  »

     

    Simon Beaulieu a beaucoup axé ses images et son ton sur le problème identitaire québécois et les luttes des soixante dernières années. « La défaite du référendum de 1995 fut un crève-coeur. Gaston Miron est mort un an après. Il avait parlé de la vie agonique de l’homme qui ne vit pas et ne meurt pas non plus. Mais quinze ans après le dernier référendum, où en sommes-nous ? Le cinéma québécois n’en finit plus de montrer l’aliénation collective. Les personnages y retrouvent leurs racines, mais elles mènent à la mort. »

     

    Avec Gérald Godin, puis Gaston Miron, Simon Beaulieu affirme avoir voulu se donner des héros à couvrir, en montrant des vies pleines d’aventures d’hommes engagés politiquement, mais amoureux de la vie aussi.

     

    Le film lance un message extrêmement nationaliste, qui pourrait servir à la campagne électorale du PQ, s’il n’était si éclaté dans sa forme, le rendant impropre à tout usage promotionnel. Simon Beaulieu affirme qu’il n’aimerait pas qu’il soit récupéré de toute façon, « pas plus que Gaston Miron ne l’aurait apprécié. Je suis indépendantisme, professe le cinéaste, mais pour moi l’indépendance constitue un projet collectif assis sur une mémoire ».

     

    Miron : un homme revenu d’en dehors du monde, après avoir assuré la clôture des Rendez-vous du cinéma québécois dimanche dernier, prendra l’affiche le 14 mars, à Excentris, au Clap de Québec et à La Maison du cinéma à Sherbrooke.

    Dans le film de Simon Beaulieu, seule la voix de Miron y est entendue, lisant des poèmes, chantant des chansons de folklore, parlant de son rêve nationaliste. Pour le cinéaste Simon Beaulieu, « l’indépendance constitue un projet collectif assis sur une mémoire ».












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