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    Point chaud

    Éclairs autochtones au Wapikoni

    Une centaine d’événements viennent souligner les dix ans du studio mobile consacré aux Premières Nations

    24 février 2014 |Odile Tremblay | Cinéma
    La cinéaste Manon Barbeau, fondatrice et directrice du Wapikoni
    Photo: Michaël Monnier - Le Devoir La cinéaste Manon Barbeau, fondatrice et directrice du Wapikoni

    Elle a toujours été solaire, Manon Barbeau, avec un besoin de semer des graines à faire germer, de créer des ponts, d’allumer des tisons créatifs, afin d’entraîner les gens du côté de la communication. La documentariste des Enfants de Refus global, celle qui réalisa longtemps ses propres images pour colmater ses brèches et celles des autres, ou pour faire pousser la beauté sur des terrains dits infertiles, est devenue pour plusieurs la dame du Wapikoni.

     

    Ce studio mobile de production vidéo qu’elle a fondé en 2004, avec l’aide de l’ONF et des Premières Nations, était un voeu en marche. En réponse à l’énorme taux de suicide des jeunes des communautés amérindiennes, à leur No future, elle apportait des outils pour la réalisation de courts métrages, de vidéos musicales. Dix ans, déjà !

     

    Ce lundi, à 19 h, les festivités de l’anniversaire (une centaine d’événements prévus en 2014) seront lancées aux Rendez-vous du cinéma québécois. Au Bistro SAQ de la Cimémathèque québécoise, cinq ou six cinéastes de la relève emblématique du Wapikoni, témoins d’hier, prophètes de l’avenir, prendront la parole. Manon Barbeau aussi.

     

    Les jours précédents, elle a fait le tour des cinq communautés de la tournée d’origine pour remettre un boîtier anniversaire aux Conseils de bande. À eux, la primeur des célébrations.

     

    Au départ, une seule roulotte avait fait cinq escales. « Aujourd’hui, on en a quatre, dit-elle : deux neuves, deux vieilles, pour 25 escales au Québec, mais aussi au Manitoba, en Saskatchewan, en Alberta. Une équipe au Chili est dirigée par Élisa Moar, une autre au Panama par Marie-Pier Ottawa. » Elle rêve aux horizons déployés.

     

    Trois mille jeunes issus de neuf nations et de 25 communautés ont enfanté plus de 600 courts métrages, récolté 80 prix sur la route des festivals avec ce projet-là. L’ONU a reconnu l’organisme il y a deux ans. Qui dit mieux ?

     

    Sa vraie fierté est ailleurs. En 2004, le rappeur Samian a fait ses débuts au Wapikoni, quand le studio mobile s’arrêta dans sa communauté algonquine de Pikogan. Manon Barbeau me parle aussi de Raymond Caplin, un jeune Micmac de Listuguj. « Son père trouvait qu’il ne faisait rien de sa vie… sauf dessiner. Il avait un talent fou. Aujourd’hui, Raymond étudie à Concordia en dessins animés. L’école des Gobelins, à Paris, lui a offert un séjour dans sa classe d’été, tous frais payés. On était si heureux… »

     

    Création collective

     

    Quand des voix lui reprochent d’avoir mis en veilleuse sa propre carrière de cinéaste au profit d’un projet collectif, elle reste sidérée, dit trouver sa griffe dans tant de films où elle conseilla ceci, arrangea cela, estime que l’oeuvre commune l’englobe et la dépasse. Sa fille, la cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette, est une des aidantes formatrices de Wapikoni. Au bureau central, à Montréal, ils sont une quinzaine d’employés à temps plein ou partiel. Une ruche.

     

    « Il y a deux ans, on a failli mourir, rappelle la fondatrice. Services Canada nous avait amputés de la moitié de notre budget. On pensait que c’était fini. » Comme une vague, son organisme a reçu de plein fouet le soutien massif des Premières Nations, de la population, d’autres ministères canadiens, de celui de la Culture au Québec.

     

    Le Wapikoni est soutenu de l’intérieur : des Conseils de bande aux radios communautaires, en passant par les écoles, les services de prévention du suicide et de la toxicomanie.

     

    Manon Barbeau rêve que les événements entourant l’anniversaire puissent propulser le Wapikoni pour les dix années à venir.

     

    À Paris, du 7 au 21 mars, l’UNESCO lui a donné carte blanche à son siège social. Elle présentera une douzaine de films de femmes du Wapikoni, également certains de ses propres documentaires, dont Les enfants de Refus global et De mémoire de chats — les ruelles. Sa hâte : participer au 1er Colloque international pour la création du regroupement des communicateurs des peuples premiers, les 31 juillet et 1er août, à la Grande Bibliothèque. « Avec le festival Présence autochtone, on veut créer ce regroupement pour faciliter les échanges entre créateurs partenaires d’Amazonie, d’ici ou d’ailleurs, développer des vidéo-conférences, aller chez les Kanaks de Nouvelle-Calédonie, ou en Finlande chez les Samis. »

     

    Du cinq mars au 24 avril, La Cinémathèque québécoise, en coup de chapeau, projettera un florilège des courts métrages du Wapikoni, avant chaque film de sa rétrospective Orson Welles. Ça la grise aussi.

     

    En dix ans, les choses ont changé chez les Premières Nations, constate-t-elle. « Avec Idle No More, la jeune génération est entrée dans la rencontre, l’ouverture, l’affirmation. Aux débuts de Wapikoni, les aînés se montraient méfiants envers la caméra. Désormais, ils l’utilisent pour transmettre leur savoir. À la Romaine, Kevin Bellefleur a filmé ses grands-parents, chasseurs d’eiders. Ça ne se serait pas produit au début. Mais il y a encore des sujets délicats, l’usage des plantes médicinales, par exemple. Trop de monde a voulu exploiter leurs connaissances à des fins commerciales. »

     

    Elle pense à tout ce qui reste à faire, espère laisser une trace chez les communautés autochtones. Mais des empreintes solides sont coulées dans son sillage depuis bien longtemps. Une décennie, c’est un éclair et une éternité.

    ***

    Manon Barbeau en cinq dates

    1991:
    Publication de son roman Merlyne, aux éditions du Boréal.
    1998: Lancement choc de son documentaire Les enfants de Refus global. Fille du peintre Marcel Barbeau, elle avait souffert, comme plusieurs enfants des signataires du Manifeste Refus global, de s’être sentie négligée par des parents artistes en quête de liberté. Le film, primé à Toronto, à Yorkton et à Paris, fit scan- dale dans l’entourage des automatistes.
    1999: Lancement de son documentaire L’armée de l’ombre, réalisé avec de jeunes itinérants de Québec. Prix Gémeaux du meilleur documentaire.
    2004: Elle fonde le Wapikoni mobile : roulotte studio qui prend la direction de réserves autochtones, afin d’encourager les jeunes à faire des vidéos et des vidéoclips. Dans une même foulée, elle fonde aussi Vidéo Paradiso, autre studio ambulant pour les jeunes marginaux et itinérants du centre-ville de Montréal.
    2006: Elle fonde la Maison des cultures nomades, consacrée aux spectacles multimédias avec des artistes des Premières Nations et de différentes communautés culturelles.













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