Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?
    Abonnez-vous!

    Quand l’art sert le pouvoir

    Théodore Ushev présente une installation vidéo aux Sommets du cinéma d’animation

    27 novembre 2013 |Odile Tremblay | Cinéma
    Gloria Victoria aborde la guerre à travers des toiles d’artistes en mouvement, sur la Symphonie no 7 (Leningrad) de Chostakovitch.
    Photo: Office national du film du canada Gloria Victoria aborde la guerre à travers des toiles d’artistes en mouvement, sur la Symphonie no 7 (Leningrad) de Chostakovitch.

    C’est ce mercredi que s’ouvrent à la Cinémathèque les 12es Sommets du cinéma d’animation, avec le très attendu The Congress de l’Israélien Ari Folman.

     

    L’installation vidéo de Théodore Ushev, intitulée 3e page après le soleil, sera également un des points forts de ces Sommets, à la salle McLaren. Le cinéaste d’animation a posé sur des lutrins trois livres, aux pages recouvertes de peinture, de motifs et de tout ce qu’on voudra : un catalogue de festival, un dictionnaire français-anglais et une Bible.

     

    Durant notre entrevue, il en sort un de sa besace : le catalogue de cinéma, sciemment scribouillé, recolorisé. « Pour la Bible, j’ai conservé davantage de caractères originaux », avoue-t-il, n’ayant pas osé recouvrir tout à fait ni l’Ecclésiaste, ni les Épîtres aux Corinthiens.

     

    Ce sont des palimpsestes. « J’ai choisi des livres que plus personne n’achète, car les gens vont chercher leurs infos sur Internet. Qu’allons-nous garder dans les valises de nos mémoires ? C’est la question que pose mon installation. Je trouve qu’on se débarrasse de tout sans temps de réflexion. Ces objets sont les derniers objets avant la dématérialisation du numérique. »

     

    Gloria Victoria aux Oscar ?

     

    Autant le préciser : Théodore Ushev est l’un des cinéastes d’animation les plus doués et les plus brillants du Québec, par-delà nos frontières aussi. D’origine bulgare, autrefois affichiste, il jure n’avoir rêvé ni au cinéma, ni à Sofia, ni à son arrivée ici en 1999, où il fut embauché comme directeur artistique dans des boîtes multimédias. De fil en aiguille, il s’est fait la main.

     

    Aujourd’hui, son nom figure sur la courte liste des dix prénominations aux Oscar pour le meilleur court métrage d’animation, avec son éblouissant Gloria Victoria, (en compétition aux 12es Sommets). Il saura le 16 janvier s’il fait partie des cinq concurrents en nomination, n’ose y rêver. On devait aussi à Théodore le fameux Lipsett Diaries (2010), portrait-hommage du cinéaste Arthur Lipsett, qui s’est suicidé en 1986. « Et vivre trois ans avec un suicidé n’était pas facile. »

     

    Il coproduit souvent avec l’Office national du film, primé un peu partout. Après Tower Bawher et Drux Flux, Gloria Victoria — chef-d’oeuvre du trio — constitue le dernier volet d’un triptyque sur les avant-gardes artistiques et les dérives idéologiques. Il aborde la guerre à travers des toiles d’artistes en mouvement, sur la Symphonie no 7 (Leningrad) de Chostakovitch. Des oeuvres du constructivisme russe, surréalistes, cubistes, Guernica de Picasso, etc., se succèdent en un montage très fluide.

     

    Oeuvre d’art dans tous les sens du terme, Gloria Victoria embrasse chaque type de guerre. « Les artistes sont toujours manipulés pour le meilleur et pour le pire ; ils sont là sans que ce soit vraiment leur fonction d’y être. Ce n’est pas juste un film contre la guerre, mais sur la bipolarité de l’humanité, contre la haine et la compétition. Parfois des causes ridicules conduisent à des massacres. C’est le cerveau des humains qui engendre à la fois la création et la destruction. Les visages de mon film sont expressifs, mais la réalité est pire. Bien des expressionnistes allemands ont fait la guerre, leurs oeuvres le reflètent. J’aime montrer la relation entre l’art et le pouvoir. » Gloria Victoria est un film-sculpture en stéréoscopie 3D.

     

    Il a pris deux ans pour le mettre au monde, dessinant au crayon ou à l’ordinateur. « Mais j’y ai mis aussi toute ma vie. Quand je travaillais sur Gloria Victoria, je sortais dehors et c’était le printemps québécois. Je sentais la violence avec l’odeur du gaz, des cocktails Molotov. » Des images de la guerre des Balkans et des réfugiés syriens l’ont inspiré aussi.

     

    Il dit : « Tout’ est dans tout’ », dans le sillage de Raôul Duguay.

     

    Théodore Ushev caresse plein de projets. L’un d’eux surtout lui tient à coeur : un film de 25 minutes — en animation, c’est énorme — avec un scénario sur l’immigration, la sienne, et sur le sens de la vie. Ce serait son premier film à caractère autobiographique.

     

    Il prévoit d’orchestrer des projections de films de Norman McLaren sur la façade de la Grande Bibliothèque en février. Quoi qu’il fasse, sa passion demeure intacte : « Je me sens l’artiste le plus libre au monde », conclut-il.

    Gloria Victoria aborde la guerre à travers des toiles d’artistes en mouvement, sur la Symphonie no 7 (Leningrad) de Chostakovitch. Théodore Ushev est l’un des cinéastes d’animation les plus doués et les plus brillants du Québec, par-delà nos frontières aussi.
     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel