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    Taxer les billets pour financer les films?

    Le rapport sur le cinéma québécois propose de nombreuses pistes pour soutenir l’industrie

    18 octobre 2013 | Odile Tremblay | Cinéma
    La fréquentation des salles de cinéma a chuté au Québec de 29,2 millions de spectateurs en 2002 à 21,1 millions dix ans plus tard.
    Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir La fréquentation des salles de cinéma a chuté au Québec de 29,2 millions de spectateurs en 2002 à 21,1 millions dix ans plus tard.

    Pour aider le cinéma québécois à atteindre ses plus hauts sommets, il faudrait injecter davantage d’argent et de ressources, à l’étape du scénario comme de la production, mieux s’adapter au type de projets soumis, diversifier les types de financement, même imposer une taxe sur les billets : telles sont quelques-unes des pistes proposées dans le rapport sur les enjeux du cinéma québécois, qui sera rendu public le 29 octobre prochain.

     

    Des membres du groupe de travail sur ces enjeux craignent, après le départ annoncé du président de la SODEC, François Macerola, le 29 novembre, que leur travail de recherche et d’analyse ne soit discrédité, voire tabletté. Les deux sections finalisées du rapport, côté développement et production et côté financement, ont donc été coulées au Devoir. Le segment sur la distribution serait en réécriture.

     

    Le 22 février 2013, le ministre de la Culture et des Communications, Maka Kotto, avait chargé conjointement François Macerola, le président de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), et Rachel Laperrière, sous-ministre à la Culture et aux Communications, de constituer un groupe de travail sur les enjeux du cinéma québécois. Il était alors question de « crise du cinéma québécois », après une année particulièrement faible au box-office pour les films du cru. Une vingtaine de personnalités du milieu avaient été chargées à la mi-avril de rencontrer organismes et associations afin de mieux saisir le fort et le faible de l’industrie du septième art.

     

    Les recommandations du groupe qui nous sont parvenues ne seront sans doute contestées que pour leur exploration de nouvelles sources de financement privées.

     

    S’adapter aux besoins de chaque projet

     

    Le scénario est le maillon faible de notre cinématographie. Les ressources qu’y alloue la SODEC étaient de 3,5 millions en 2004, mais tombaient à 2,6 millions l’année suivante, et à 2 millions depuis. Le groupe suggère de rajuster le tir, mais aussi de soutenir les scénaristes du grand écran, moins reconnus qu’à la télé. Plusieurs cinéastes tiennent à scénariser leurs propres films. Mieux vaudrait, lit-on, avoir plus souvent recours à des équipes de création pour dénouer des impasses. Le groupe suggère aussi de favoriser un processus de création continu, tout au long de la production.

     

    Entre 2003 et 2013, il s’est produit au Québec environ 32 longs métrages par année, avec un budget stationnaire de 3,7 millions. Le plafond d’investissement de la SODEC pour chaque film est de 2 millions. Le groupe recommande de le hausser, tout en conservant la masse critique de 25 longs métrages soutenus par elle. La diversité de genres, des cadres budgétaires et des approches cinématographiques est encouragée. L’investissement devrait tenir compte des nouvelles réalités, avec recours aux effets numériques et au 3D, le cas échéant. Le rapport propose d’inciter les producteurs à investir davantage dans leurs productions, en échange possible d’un droit de récupération sur l’investissement.

     

    Pour l’heure, tous les films de plus de 1,5 million de dollars atterrissent dans le programme du secteur privé. Hot Dog, Gabrielle, Louis Cyr et Le démantèlement : même combat. Le groupe de travail suggère de moduler critères de sélection et plans de mise en marché pour s’adapter aux besoins particuliers des projets soumis.

     

    Ce rapport soulève la déficience des oeuvres financées en matière de continuité. Peu de cinéastes ont l’occasion de s’investir sur la durée. Les 172 longs métrages de fiction soutenus par la SODEC entre 2005 et 2012 étaient réalisés par 123 cinéastes différents. 83 d’entre eux n’ont livré qu’un film en sept ans. Il est suggéré de tenir compte davantage de l’expérience du cinéaste.

     

    Diversifier les sources de financement est une nécessité qui fait consensus. Oui, mais comment ? Parmi les pistes suggérées : la taxe sur les billets de cinéma. Cette solution est impopulaire auprès des exploitants de salles, dont la fréquentation a chuté de 29,2 millions de spectateurs en 2002 à 21,1 millions dix ans plus tard. Autre option : une taxe sur les revenus bruts de distribution, sur tous les supports, ce qui devrait faire hurler les distributeurs. Troisième suggestion : taxer les fournisseurs d’accès Internet, ce qui réclamerait la modification de lois fédérales.

     

    Sur la table aussi : taxer les services de programmation par contournement du type Netflix ou Illico à volonté, ou imposer une taxe sur la vente des téléviseurs, ordinateurs, tablettes, téléphones intelligents, etc. Les marchands pousseraient les hauts cris, car leurs clients seraient tentés d’acheter hors Québec. Verser une partie des profits de Loto-Québec à un fonds de soutien au cinéma, ou créer une loterie cinéma sont d’autres options avancées. La création d’un fonds de dons privés reconnu par le CRTC et l’instauration d’incitatifs fiscaux aux investissements privés en audiovisuel sont proposées.

     

    Au final, la façon de trouver les sous sera sans doute la pomme de discorde pour la production d’un cinéma québécois, que tous souhaitent évidemment de la plus haute qualité.

     
     
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